Comme annoncé dimanche dernier, on continue dans les critiques évoquant des films d’aventure, de grande et belle aventure mais incorporant des éléments steampunks.

Un peu plus connu que K-20, ce deuxième film du cycle a été boudé en salles lors de sa sortie en 2005. Et pourtant quel film ! Quel bel hommage à tous ces vieux films d’aventures, à cette culture pop et à plusieurs génies comme Conan Doyle (pour son Monde Perdu) ou à Max Fleischer (pour les robots, très inspirés par ceux de l’épisode sa série animée Superman “Les Monstres Mécaniques”).

Ce 2e numéro de Un Dimanche, Une Critique spécial Aventure Steampunk est consacré à l’excellent Capitaine Sky et le Monde de Demain.

 

Capitaine Sky et le Monde de Demain (Sky Captain and the World of Tomorrow) – sorti le 16 mars 2005
Écrit et réalisé par Kerry Conran
Avec Jude Law, Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie
Polly Perkins, une journaliste qui n’a pas froid aux yeux, enquête sur la disparition mystérieuse d’un groupe de scientifiques. Lorsque l’un d’eux la contacte, une escouade de machines de guerre à la technologie avancée attaque New-York, ne laissant d’autre choix à l’intrépide Capitaine Sky d’intervenir et de prêter main forte à son ancienne amante…

 

Ces quelques dernières années ont vu la confection d’œuvres cinématographiques qui opèrent des retours en arrière à 180°, et ce dans tous les genres possibles. Ces films-là rendent plus que des hommages dans le sens où ils entrent eux-mêmes dans le sous-genre vers lequel ils retournent. Ils abandonnent leurs impératifs modernes, et se donnent de tout cœur dans cette entreprise de résurrection. Les plus médiatisés sont de qualité variable, entre un nouveau mouvement grindhouse à l’absence de considération technique qui n’a rien à envier aux années 1970, ou de grandes réussites telles que Super 8.

L’un des plus boudés, hélas, par le grand public est Capitaine Sky et le Monde de Demain. Kerry Conran, à l’origine du projet, avait à cœur de réaliser un film de grande aventure qui s’inscrirait dans une tradition presque séculaire. C’est chez lui, dans son salon, qu’il passa quatre ans à confectionner un teaser sur ordinateur, afin de vendre son idée aux producteurs. C’est au final grâce à Jon Avnet et Aurelio de Laurentis que Conran et son frère (responsable des costumes et du production design) ont pu mettre sur pied leur entreprise de retour dans le temps.

Découvrir Sky Captain fut pour moi un choc de tous les instants. La première fois, je fus irrité et désemparé face à une tension continue entre la technologie employée, couplée à un premier degré constant, et à une utilisation débridée de codes narratifs d’une autre époque. N’ayant pas compris, j’avais laissé de côté ce souvenir d’un film sans pareil, aux images inoubliables mais dont je n’avais pas compris la finalité. Et puis je l’ai vu une deuxième fois, et je me suis laissé emporter corps, cœur et âme dans une épopée se réclamant des plus grandes histoires de l’humanité. Des mythes immémoriaux tels que Shangri-La, à la culture comics de l’âge d’or, en passant par les monuments du cinéma tels que Star Wars ou Indiana Jones, Sky Captain se révèle être une synthèse d’un pan entier de l’imaginaire collectif capable d’happer n’importe quel spectateur dans son sillage.

Pour ce faire, Kerry Conran a choisi d’embrasser sans limite les histoires qui ont fait l’enfance de plusieurs générations. Construit comme une course folle contre la montre, où chaque nouvelle étape explore des contrées différentes (science-fiction, dieselpunk, enquêtes surnaturelles, voyages fantastiques), et amène les personnages du fond des océans au sommet des montagnes enneigées, en passant par le domaine des airs, Sky Captain ne laisse aucun répit à son public.

Cependant, il est légitime de se demander de quel public il s’agit. Échec cuisant au box-office, Sky Captain est un film qui attend une seule et unique chose de son spectateur : qu’il y croit. Qu’il laisse derrière lui, au moins un moment, les exigences du présent. Un présent qui abhorre les archétypes et pense que l’absence d’innovation est synonyme de régression. Mais quand le présent rencontre tant de difficultés à ouvrir l’esprit vers d’autres horizons, alors toute tentative honnête et qui puisse s’assumer comme telle, de recréer un univers entier, foyer de l’imagination, résonne d’autant plus fort dans le monde de la fiction.

Qu’est-ce qui caractérise en premier lieu ce Sky Captain ? Et bien, ce ne sont pas ses personnages archétypaux, ce n’est pas son intrigue vieille comme les romans, mais c’est son enthousiasme illimité et sa foi inébranlable dans les valeurs de la fiction d’antan.

Au-delà d’un voyage de plusieurs dizaines d’années en arrière, Conran a écrit son récit en suivant le schéma du parcours itinérant et initiatique. C’est grâce à ses deux protagonistes, Joe Sulivan (un aviateur, explorateur et aventurier) et Polly Perkins (une journaliste et photographe, une écrivain et conteur d’histoires), qu’il permet au spectateur de passer par toutes les étapes de la découverte : de l’éveil de la curiosité (mais d’où viennent ces robots géants ?), à la recherche d’indices (qui veut tuer ces scientifiques ?), au revers de médaille (pourquoi ont-ils attaqué notre base ?), à l’émerveillement de l’aventure (Shangri-La), jusqu’au climax évident d’une confrontation entre les rêves d’un pessimiste et ceux qui croient au futur. Si vous aviez oublié ce qu’étaient l’aventure, la raison et l’origine des histoires, Capitain Sky vous le rappelle brillamment et simplement.

Une autre raison de cette réussite artistique est la dévotion de toute l’équipe à créer un film de qualité. L’alliance du nouveau (le rendu des décors est magnifique) à l’ancien (musique extravagante, acteurs à la joie communicative), permet un résultat à la fois inédit et familier.

Sky Captain and the World of Tomorrow est une perle d’aventure et de cinéma qui joue sa carte jusqu’au bout, sans reculer, sans hésiter. Qu’une telle œuvre ait vu le jour à la lisière du système hollywoodien et du cinéma indépendant n’est qu’à moitié surprenant. À ranger au rayon des films qui osent les risques, qui osent explorer les genres d’une culture à la richesse sans borne. À ranger à côté d’Hellboy II les Légions d’Or Maudites…

Ajoutez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués * sont obligatoires.