Parlons économie et crise financière avec Le Capital de Costa-Gavras, réalisateur qui a levé le pied depuis sa nomination à la tête de la Cinémathèque Française.

Il revient donc aux affaires en offrant à Gad Elmaleh un rôle à contre-emploi après qu’on ait vu le comédien tout au long de l’année aussi bien dans Les Seigneurs que dans Un Bonheur n’arrive Jamais Seul et en attendant de le découvrir devant la caméra de Michel Gondry dans l’Ecume des Jours.

Reste maintenant à savoir si le réalisateur de Z, doublement récompensé aux Oscars en 1969, est toujours en forme…

 

En 2005 Costa-Gavras, réalisateur franco-grec, nous proposait déjà un film ayant pour thème les difficultés économiques et surtout leurs répercutions sociales sur les individus lambda, avec Le Couperet. Mené par un exceptionnel José Garcia, Le Couperet, par son originalité (un père de famille est au chômage depuis trois ans après une délocalisation ; il décide d’éliminer tous les concurrents au poste qu’il vise), et son ton acerbe avait séduit la critique et les spectateurs… Le Capital, en ces temps de crise économique, s’inscrit pleinement dans un contexte de détestation d’un monde de la finance mis au banc de la société.

Le Capital souffre, principalement, d’un double problème : d’une part, il enfonce des portes ouvertes à une époque où tout le monde tire, parfois à l’aveugle, sur le système bancaire : hommes politiques arrivistes, économistes de tous poils, philosophes de petit écran, ONG hystériques, etc… Vous ne sortirez pas du Capital avec le choc d’une révélation sur un monde dont vous ignoriez tout. D’autre part, l’aspect corrosif et caustique du Couperet a disparu : le film se prend terriblement au sérieux avec du premier degré qui tire vers la platitude. On se croirait, au mieux, dans un docu-fiction sur le système bancaire d’aujourd’hui.

Un jeune requin de la finance, un vieux chef d’entreprise qui prône la Capitalisme de papa, des actionnaires conservateurs, des investisseurs américains avides de pouvoir et d’argent, un mannequin-pute à la recherche d’un riche gigolo, un tonton ex-soixante-huitard déçu par la politique de RH de son neveu, etc… STOP ! Assez de personnages archétypaux, caricaturaux ! Des rôles conçus de cette manière ne peuvent qu’engendrer des situations et des dialogues grotesques (le discours du protagoniste devant ses salariés et son actionnariat), dans une œuvre qui surjoue la carte de l’immersion au cœur du monde de la finance : cette ambiance sclérosée, coupée du reste du monde, ces murmures de couloirs, ces déchirements internes… Tout ceci manque de crédibilité : une absence évidente d’expertise qui se traduit par un évitement manifeste de toutes les problématiques liées aux véritables agissements de la banque, ses investissements, sa politique de spéculation, et ses éventuelles répercussions sur le commun des mortels. Ce ne sont pas les yeux plissés de Gad Elmaleh ou la voix caverneuse de Bernard Le Coq qui viendront donner plus de crédibilité aux dialogues des personnages, cantonnés à La Finance pour les Nuls.

Le mieux reste encore la métaphore filée du personnage de Gad, Marc Tourneuil, à la toute fin du film, qui assimile le système économique actuel à un vaste Monopoly. Si vous trouvez une comparaison plus resucée que ça, faites nous signe.

Le Capital tombe aussi dans le travers insupportable du gadgétisme : des IPhone, partout (pour une fois que ce n’est pas des BlackBerry), et de la webcam dans plus de 50% des séquences (sans exagérer). On se croirait presque dans le dernier Paranormal Activity. Ce qui n’aurait dû être qu’une métonymie d’un capitalisme crâneur et connecté au monde entier devient ici un procédé de mise en scène ronflant et pompeux : la moitié des séquences en question aurait pu être supprimée sans que cela gêne la compréhension de l’histoire. Cela aurait permis en outre de raccourcir un film d’1h58 qu’on voit bien passer.

Arrêtons-nous enfin sur le personnage de Gad Elmaleh, Marc Tourneuil, qui remporte la palme du personnage cliché, avec pourtant une sacrée concurrence. C’est un jeune homme attiré par l’argent (donc un de ces nouveaux requins de la finance), qui pense que sa femme est trop nase pour lui maintenant qu’il est président de banque et c’est pour ça qu’il baise un mannequin dans une limousine (il est goujat et bling-bling, comme tous les banquiers). C’est le mec que tu crois que tu peux manipuler mais à la fin il te nique graaaaave (une sorte de Louis-Napoléon Bonaparte du Crédit Lyonnais), mais qui est suffisamment parano pour engager un détective privé (il est méfiant et versatile)… Comme vous le voyez, Gad Elmaleh n’est pas aidé par l’écriture désastreuse de son personnage, mais on peut dire tout de même qu’il manque d’épaisseur, d’atouts dans sa manche et ses mimiques, ses airs mystérieux et inspirés ne changeront rien… Je ne m’attendais pas à voir une épisode de Coco chez les banquiers…

Ainsi, Le Capital n’est pas à la hauteur de la prétention de son titre : ici, nulle lutte des classes, juste la lutte d’un homme qui tente de survivre dans un monde d’argent. A cause d’une réalisation très en retrait, d’un récit qui se perd dans des histoires parallèles qui ne font qu’alimenter encore un peu plus le cliché ou enfoncer des portes ouvertes, Le Capital perd l’essence de qu’est un vrai film engagé, politique et polémique. Son obsession à vouloir rallier le spectateur à sa vision du monde en utilisant les moyens les plus démagogues et retors est inféconde, puisque, mise à part la frange de la société en question, nous sommes déjà convaincus en entrant dans la salle.

 

Le Capital – Sortie le 14 novembre
Réalisé par Costa-Gavras
Avec Gad Elmaleh, Gabriel Byrne, Natacha Régnier
La résistible ascension d’un valet de banque dans le monde féroce du Capital.

2 commentaires

  • Olivier lundi 12 novembre 2012 18 h 28 min

    L’écume DES jours

  • Marc lundi 12 novembre 2012 19 h 06 min

    Oula… C’est corrigé

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