Sur CloneWeb, on aime beaucoup Saoirse -prononcez à peu près “Sir-Cha”- Ronan.

Propulsée tout là-haut par Peter Jackson, confirmée par Joe Wright, vampirisée par Neil Jordan, la comédienne est désormais à l’affiche du nouveau de Greta Gerwig, Laby Bird, pour lequel elle a remporté le Golden Globe de la Meilleur Actrice et pour lequel elle est nommée -enfin- à l’Oscar. Laby Bird sort ce 28 février face à Call Me By Your Name

 

LA CRITIQUE

Révélée dans le Greenberg de Noah Baumbach, Greta Gerwig semblait vouée à être la nouvelle représentante d’une certaine jeunesse américaine, dont les problèmes du monde passent complètement au-dessus face aux soucis du quotidien. Une sorte de rôle type qui reviendra sous plusieurs variantes et sera cristallisé dans Frances Ha du même réalisateur, au point de cacher les autres talents de la demoiselle qui est également cinéaste. 9 ans après son premier essai Nights and Weekends qu’elle avait coréalisé avec Joe Swanberg, la revoilà donc derrière la caméra pour Lady Bird, l’histoire d’une adolescente qui va subir de plein fouet les affres de l’âge ingrat.

Situé dans les années 90, Lady Bird voit son héroïne en proie au doute quant à son futur puisqu’elle s’apprête à rentrer à l’université en fin d’année, et que son seul désir est de quitter sa ville natale de Sacramento pour voguer vers New York, ce qui n’est pas du goût de sa mère qui fait la loi dans sa famille modeste. On pourrait très bien résumer tout ça à une crise d’adolescence car c’est précisément ce que raconte le film, l’héroïne tentant de trouver sa voie face à sa famille, ses amis et les institutions scolaires, au moment même où ses hormones lui jouent des tours pour le plaisir de ces jeunes gens. Un schéma ultra classique en somme, que Greta Gerwig transcende à l’écriture tant tout tombe juste. Des problèmes simples auxquelles Lady Bird fait face, ces derniers prenant une importance considérable de son point de vue, aux relations avec chacun des personnages, chaque situation sent suffisamment le vécu pour sembler naturel et qu’on puisse s’y identifier sans problème. Si Greta Gerwig a pioché abondement dans sa propre expérience, en situant notamment le film dans les années 90 à l’époque où elle était elle-même adolescente, c’est évidemment pour recréer le trouble de la jeunesse de la façon la plus précise possible. De la musique de l’époque, en prenant aussi en compte l’absence des réseaux sociaux pour confronter plus directement ses personnages, Lady Bird voit cette jeune femme se triturer les méninges à tout va et dans chaque domaine pour savoir qui elle est, et qui elle veut être.

C’est ce qui permet au film de dépasser son époque et de trouver un écho universel, car même si on est dans un teen movie qui aligne les scènes traditionnelles du genre, avec les premiers rencards, le bal de promo, les parents comme freins à l’émancipation et tutti quanti, l’écriture dépasse les codes du genre en détournant certaines attentes afin d’être raccord avec l’époque.
Disons que sur un schéma classique, complètement assumé par ailleurs, Greta Gerwig parvient à ponctuer chaque scène d’un détail qui fait office de friandise et permet à l’ensemble de rester très frais même si on est en terrain connu. Une force qui se reporte sur les seconds rôles du film, tous excellents, avec les parents en tête dont le père joué par Tracy Letts, tout en retenu et très attendrissant pour mieux contrebalancer la maman sans langue de bois incarnée par Laurie Metcalf.

Mais au milieu de tout ça, et ce qui permet au film de si bien tenir et d’être aussi attendrissant que drôle, il y a Saoirse Ronan. On n’a jamais douté une seconde de son immense talent, surtout pour un sujet qui semble avoir été créé pour elle, et pourtant l’actrice surprend encore quand elle irradie de spontanéité, d’énergie et de sympathie. Ce qu’il y a de génial ici, c’est qu’on a tous l’impression d’avoir déjà croisée une fille comme Lady Bird, et la jeune actrice campe ça à la perfection, en semblant totalement abordable tout en ayant un caractère bien trempé. On ne sait pas si elle réussira à s’enlever cette image pour partir dans d’autres rôles plus complexes, mais en l’état toute sa carrière semblait mener à ce moment, et les récompenses qui suivent sont grandement méritées.
Ce n’est pas vraiment le cas pour Greta Gerwig, dont le découpage et la forme globale ne sortent jamais du style sundance indépendant US, avec une mise en scène très illustrative qui ne transcende à aucun moment les enjeux d’un scène par son cadre. Reste que la réalisatrice a tout fait pour laisser libre cours à ses comédiens, et ce qui se passe devant sa caméra respire la tendresse et l’authenticité.

On pourrait même dire qu’au petit jeu de la fable adolescente, Lady Bird s’avère ce qu’on a vu de mieux dans le genre depuis belle lurette. Sans jamais chasser la scène culte, en ayant en ligne de mire d’offrir des séquences toutes plus vraisemblables les uns des autres pour comprendre du mieux possible tout ce qui se chamboule dans l’esprit de son héroïne, Greta Gerwig emballe un joli moment de cinéma, parfois nébuleux, toujours vrai et désarmant de franchise. Ça fait des années qu’on cherchait le digne descendant de John Hughes, et manifestement il ne serait pas peu fier.

Lady Bird, de Greta Gerwig – Sortie le 28 février 2018

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