Parmi tous les films vus en septembre en festivals, certains méritaient qu’on s’arrête d’avantage dessus. C’est notamment le cas de Hobo with a Shotgun qui arrive ce mercredi 5 octobre en DVD dans les bacs.

Si vous n’avez pas vu l’extrait diffusé il y a peu et notre premier avis sur le film, Hobo est basé sur une fausse bande annonce Grindhouse (comme Machete) avec l’excellent Ruger Hauer (Hitcher, Blade Runner) dans le rôle principal.

Et comme le dit si bien Jean-Victor dans la critique qui suit, Hobo with a Shotgun est -contrairement à ses collègues- un vrai bon film.

 

Hobo with a Shotgun – Sortie en DVD le 5 octobre 2011
Réalisé par Jason Eisener
Avec Rutger Hauer, Molly Dunsworth, Brian Downey
Un clochard fait régner la justice dans une ville grâce à son fusil à pompe.

 

Début septembre, nous avons eu une fois de plus la chance d’aller mettre notre fatigue à l’épreuve lors de l’Etrange Festival pour une 17ème édition de haut niveau, le cru 2011 étant encore meilleur que celui de l’an passé.
Parmi les épreuves imposées par le festival et remplies avec joie, les deux nuits à thèmes représentaient assurément le sommet pour tout déviant avide d’images schtarbées et si vous aussi êtes de cette catégorie de spectateurs, le film qui faisait l’ouverture de la nuit GrindHouse risque de vous plaire fortement.

Et oui, comment résister au retour de cet excellent comédien sous estimé qu’est Rutger Hauer, surtout quand il vient pour faire la loi à sa manière dans Hobo with a Shotgun, qui signifie pour les trois anglophobes du fond ni plus ni moins que Clochard avec un fusil à pompe ! Une fois de plus, impossible de parler de ce film sans en revenir au projet GrindHouse de Tarantino & Rodriguez, qui aura eu le mérite de donner une nouvelle vitalité au genre tout en se payant un bide mémorable au box office. La preuve en est que ce Hobo n’aurait jamais vu le jour sans l’existence du double segment hommage puisque à l’origine, le projet était une bande annonce faite pour le concours de faux trailers lancé par Rodriguez. Extrêmement remarqué, celui de Hobo with a Shotgun a eu directement son lot d’admirateurs sur le web, d’autant que le réalisateur avait déjà un peu creusé son nid dans l’affaire, avec son premier court métrage Treevenge, dans lequel une armée de sapins de Noël décidait de pourrir la fête en dézinguant tous les humains du coin en leur lattant la tronche à coups de branches et d’écrasements de bébés.
Complètement irrévérencieux et ne lésinant pas une seule seconde sur les effets gores qui tâchent sans complexe, ce court métrage délirant laissait voir un réalisateur passionné et ne reculant devant rien, augurant du bon pour ce Hobo with a Shotgun version longue. Pour tout dire, le bonhomme a mené son entreprise comme un chef puisque son premier long métrage se pose sans problème comme le meilleur film de la vague GrindHouse récente, et ce pour une raison très simple.

A la différence de Machete, Drive Angry, Run Bitch Run ou autres Nude Nuns with Big Guns, Hobo with a Shotgun surprend car il s’avère être réellement un bon film.
Non pas que nous voudrions nous rétracter après avoir défendus certains des films précités, mais nous avons toujours précisés la nullité relative de la chose, l’approximation plus ou moins grande du langage cinématographique de ces objets et leur caractère franchement has-been, ce qui en faisait parfois des plaisirs coupables.
Nous n’irons pas jusqu’à dire que Hobo with a Shotgun mérite les éloges d’un public peu coutumier de cette catégorie de péloches mais il est évident lors du visionnage que le film auquel nous avons à faire explose tous ceux passés avant lui ces derniers temps par le soin qu’il lui a été apporté et la générosité incroyable dont il fait preuve.
Racontant l’histoire d’un clochard de plus en plus choqué par le comportement outrancier et sans morale de sa ville, le premier long métrage de Jason Eisener voit ce personnage sauver une prostituée des mains du gang local et se faire rattraper par ce dernier qui tient la ville et les forces de l’ordre à sa merci. Humilié, blessé et plus remonté que jamais, notre clodo va alors tomber sur un fusil à pompe venu comme une bénédiction du ciel et avec lequel il va alors remettre de l’ordre dans les rues, envoyant dans quiconque fait un pas de travers une bonne décharge de plomb dans le gosier sans hésiter une seule seconde.

Si la production du film est loin d’être luxueuse et montre par l’image son budget assez low cost, la ténacité avec laquelle le film s’évertue à dépeindre une ville carrément folle force le respect tant la galerie de personnages et de situations méchamment fucked up fonctionne à chaque instant. Que ce soit les deux fils du Patron local ressemblant à des clones de Tom Cruise dans Risky Business amateurs de cocaïne et de violence gratuite, une équipe de télé-réalité payant les mendiants du coin pour voir ces derniers s’infliger des supplices horribles tels que la digestion de bouts de verre ou encore un pervers sexuel récidiviste kidnappant les enfants du quartier pour leur en mettre plein l’estomac tout en étant déguisé en père noël, le film ne recule devant rien et allume à peu près tout ce qui bouge, tout le monde en prenant pour son grade.
Si l’exposition de cette belle bande de psychopathes assure son lot de fun et enchaîne les gags vénères avec un rythme très soutenu, l’arrivée du fusil à pompe dans l’histoire parvient à enclencher la vitesse supérieur puisque le film s’avère ultra bourrin, Rutger Hauer appuyant sur sa gâchette aussi facilement qu’il respire.

Et l’évolution de l’histoire suit cette logique et parvient à ménager l’intérêt du spectateur pour les personnages puisque la caractérisation du clochard s’avère même touchante par moment, le film dépeignant par petites touches humoristiques le portrait d’un homme usé et décidé à ne plus se laisser faire, au travers d’une relation avec une jeune prostituée qui a le mérite de fonctionner et de donner des enjeux sans jamais faire preuve de cynisme. Ca peut paraître anodin comme ça, mais qui serait capable de citer un film d’exploitation récent dans lequel l’intérêt pour les personnages était réel et passait au delà du simple carnage promis sur le papier ? Certes, nous n’avons pas à faire à un drame poignant, faudrait pas non plus déconner, mais cette attention portée aux personnages est suffisamment rare pour être notée, d’autant qu’elle est le témoin du travail opéré et du respect porté pour ce cinéma, le réalisateur usant de ce dernier pour divertir autant que pour raconter une vraie histoire avec des acteurs propres et pas simplement des personnages fonctions.
Dès lors, et malgré certains effets gores sentant le plastique et le latex, le reste de la production suit sans mal cette exigence de fabrication avec une mise en scène mettant en valeur l’action et montrant autant que possible les effusions de sang que tout le monde attend, sans jamais céder à une shaky cam quelconque et en affichant des cadrages et des compositions de plans typiques.
Il faut dire qu’avec Rutger Hauer devant la caméra, l’espace diégétique est bien rempli et au delà de l’attachement inattendu porté à son rôle, l’iconisation autour de cette figure pour le moins atypique du clochard au fusil à pompe explose à chacune de ses interventions musclées. De la même manière, la musique participe pleinement à l’atmosphère décomplexée du métrage, permettant de souligner juste ce qu’il faut le degré de sérieux de telle ou telle scène pour les trois du fond qui n’aurait pas encore compris que tout ça restait malgré tout un pur objet de plaisir.

Du plaisir, du plaisir et du plaisir, voilà parfaitement ce que représente Hobo with a Shotgun. Combinant une déférence absolue pour le genre, pour le langage cinématographique et pour la présence de vrais personnages, le film de Jason Eisener ne prend jamais son spectateur pour une tanche sous prétexte qu’on est là pour s’amuser et s’évertue à mettre en boite un sacré bout de péloche d’exploitation.
Carburant à l’humeur d’un sale gosse explosant tout sur son passage, y compris les institutions les plus sacrées, Hobo with a Shotgun ne ment pas sur la marchandise et délivre autant de fun que ce que le titre laissait espérer.

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