Sur CloneWeb, on aime le cinéma de genre hispanophone. Ou du moins, on va voir ce qui sort de l’autre coté des Pyrénées ou de l’Atlantique parce que le résultat, certes souvent satisfaisant, n’est pas toujours à la hauteur.

Aujourd’hui, on va donc vous parler de The Silent House (La Casa Muda en espagnol), film que David avait déjà vu à Geradmer mais qui intriguait Jean-Victor et méritait sans doute une 2e fois.
D’abord, en festival, on cumule les films et les fatigues et les compte-rendus sont souvent succints. Ensuite, le film de Gustavo Hernandez est censé être tourné eu un seul plan séquence.

Ca méritait donc un 2e avis.

The Silent House (La Casa Muda) – Sortie le 16 mars 2011
Réalisé par Gustavo Hernandez
Avec Florence Colucci, Gustavo Alonso, Abel Tripaldi
Laura et son père Wilson s’installent dans une maison à la campagne pour la retaper sur demande de son propriétaire qui souhaiterait la mettre en vente au plus vite. Ils passeront donc la nuit sur place avant de commencer les travaux le lendemain matin. Tout semble se passer pour le mieux avant que Laura n’entende un bruit provenant de l’extérieur mais devenant de plus en plus fort au premier étage de la maison. Wilson s’aventure donc en haut pour voir ce qu’il en est tandis que Laura l’attend seule au rez-de-chaussée…

 

Le cinéma, c’est un peu comme la cuisine : quand une recette se révèle savoureuse et fait le bonheur de nombreux gourmands, on la reprend et décline dans toutes les variantes possibles pour peu que chacune d’elle rencontre un nombre d’adeptes similaires.
Et si les américains ont un peu bloqué sur ce mode de fonctionnement depuis un certain temps et ont bien du mal à ne pas rouvrir le livre de recettes d’autan et oser la nouveauté, les Hispanophones commenceraient presque à rentrer dans ce schéma rarement salutaire et amenant 9 fois du 10 à un résultat en deçà des attentes. La preuve en est aujourd’hui puisqu’un inconnu appelé Gustavo Hernandez présente avec The Silent House un nouveau mélange de son gré. Au menu : « la terreur en temps réel », avec un film se voulant à mi-chemin entre Rec & Paranormal Activity, monté en un seul plan séquence. Quand même.

D’abord, pour ce qui est de la dite terreur, c’est celle que va vivre Laura, parti s’installer avec son père dans une maison paumée au fin fond du colon de l’Espagne, dans une forêt au beau milieu de nulle part. Jusque là, rien de méchant, sauf qu’en arrivant à la tombée de la nuit, l’ami qui les accompagne leur demande de ne pas monter à l’étage… et n’en dit pas plus. Il est sympa ce Régis (supposons que c’est le nom de l’ami). Régis, comme c’est un mec cool, part chercher à manger, et comme toutes les fenêtres sont condamnées, qu’il fait nuit et que l’électricité n’existe pas dans ce trou à rat, Papa et fifille décident de piquer un somme dans le salon.
Papa fait dodo et ronronfle, mais fifille n’arrive pas à dormir parce qu’il y a des bruits bizarres à l’étage, et que les bruits bizarres, ça fait peur. Réveillons Papa sur le champ, envoyons le à l’étage tout seul (sinon ce ne serait pas drôle), et rappelons nous lorsque l’on entend Papa crier et s’effondrer à l’étage que Régis il avait dit de ne pas y aller.
Et voilà votre situation de terreur enclenchée, à savoir une fifille seule dans une maison sombre avec une lampe torche, un papa disparu et une envie de partir le chercher dans tous les recoins de la bâtisse.

Le problème de Gustavo Hernandez outre le fait qu’il ne sait pas écrire… C’est qu’il a eu l’idée originale de son scénario. Et vu le travail du mec passé derrière lui, il devait être aussi bon que lui, à savoir que vous allez passer le film à vous dire que fifille n’est pas très douée en plus d’avoir un vocabulaire composé au maximum de 100 mots (elle ne parle pas souvent, ça aide…) et que lorsqu’un homme 5 fois plus baraqué que toi, qui se trouve en plus être ton père, s’est fait neutralisé en deux secondes, partir le chercher avec une lampe torche et des bras maigrichons ce n’est pas l’idée la plus géniale du siècle. Enfin bon il fallait bien le faire ce film mais à priori, c’est mal barré vu le pitch dont les capacités soporifiques en puissance sont quand même très fortes si on n’assure pas derrière la caméra. C’est là que Hernandez a vu une véritable idée de petit malin : faire le film en caméra portée à la Rec et en un seul plan ! Sauf que Gustavo, il a rien compris. Mais alors rien du tout.

Avant d’utiliser un concept/principe de mise en scène, le mieux normalement c’est d’essayer de l’analyser et de le comprendre un minimum, pas seulement formellement mais aussi sur le fond.
C’est bien gentil de vouloir faire mumuse avec une caméra mais encore faut il comprendre pourquoi on va l’utiliser de cette manière là et pourquoi tels éléments de Rec ont fait flipper ce brave Gustavo quand il l’a vu.
Si on en croit son film, le procédé en temps réel renforce l’immersion et étant donné qu’on ne triche pas sur la durée, on est censé se rapprocher des personnages et être encore plus avec eux, étant donné qu’on dispose des mêmes informations et aussi des mêmes incertitudes que ces derniers.

Certes.
Mais avec un principe de caméra portée comme celui ci, la base c’est que cette fameuse caméra portée ait un sens, pour la légitimer et permettre cette chose formidable qu’on appelle la suspension du sentiment d’incrédulité, c’est-à-dire vous faire oublier le fait que vous soyez devant un film et que tout ça n’est qu’illusion. Et c’est précisément sur ce point là que Rec tirait toute sa force, puisque la dite caméra était portée par un personnage à part entière : le caméraman qui suivait la journaliste.
Son statut, son métier et son rôle dans l’histoire ne pouvaient pas être mieux choisis pour donner une raison d’être à la caméra et étant donné qu’il occupait une place bien réelle dans l’espace diégétique, on flippait autant que lui. Si ce principe là était parti plus ou moins en fumée dans le deuxième Rec puisque nos cadreurs y étaient notamment des adolescents teubés, The Silent House dynamite carrément le procédé puisque la caméra… vole toute seule.
C’est un fantôme ou je ne sais quoi qui la porte, mais en tout cas celle-ci n’a aucune raison d’être dans l’histoire et se balade donc comme ca pour aucune raison.
C’est d’autant plus con que Hernandez fait de la mise en scène en plaçant par moment sa caméra à des endroits ou à d’autres pour obtenir des cadres censés apporter du suspense ou donner des informations que l’héroïne n’a pas, comme lorsqu’on l’a voit de face et qu’on aperçoit une silhouette plus ou moins spectrale derrière elle.
Tuant toute velléité de réalisme puisqu’il fait du cinéma au sein d’un procédé devant être le plus terre à terre possible et n’ayant aucune raison d’être, Hernandez finit par carrément s’emmêler les pinceaux en plaçant par moment la caméra selon le point de vue de certains éléments, comme dans un Polaroid lorsque notre héroïne n’a plus de lampe torche et se sert du flash de l’appareil pour y voir très rapidement quelque chose dans un noir des plus complets (et permettre au passage un effet horrifique usé et prévisible comme la mort…), adaptant vainement le principe de caméra infrarouge du film de Paco Plaza et Jaume Balaguéro.

Mais là où ca n’est pas tout, c’est que cette tentative d’authenticité et de réel qui en a déjà pris un sacré coup dans la tronche va se faire littéralement exterminée par le traitement sonore du film.
Quand ton long métrage s’appelle The Silent House et « fonctionne » de la manière dont il est supposé le faire, on s’attend à un sound design soigné et plaçant méticuleusement sur la bande sonore des bruitages bien fichus dont le but est de te chatouiller la colonne vertébrale avant de te tétaniser de peur ! Si certains bruitages marchent légèrement, Gustavo Hernandez enterre son film une bonne fois pour toute… en utilisant de la musique.
C’est génial la musique, c’est classe d’en mettre pour annoncer que ça va faire peur ou du moins que nous sommes supposés flipper un minimum mais quand on veut immerger le spectateur à l’extrême dans une situation supposée réelle, le b.a.ba c’est de ne pas amener d’éléments extra diégétiques.
Enfin, c’est pas comme si le réalisateur n’avait rien capté depuis le début et tandis que son scénario est l’un des plus bordéliques et les plus insupportables qu’on ait vu depuis longtemps tandis qu’il se paie le luxe d’être d’une incohérence délirante, on était plus à ça près.

The Silent House, c’est la preuve par 4 qu’un concept a besoin d’être compris avant d’être utilisé.
Ce n’est pas parce qu’on est en caméra portée que c’est réaliste ou immersif, ce n’est pas parce que les informations sont divulguées au compte goutte qu’on peut faire avaler n’importe quoi au public et surtout, quand un film se base sur un tel titre, le minimum c’est de le respecter !
Cela n’empêche pas Gustavo Hernandez de balancer les conventions à la poubelle et de n’en faire qu’à sa tête dans un film qui est une véritable démonstration de tout ce qu’il ne faut pas faire dans le genre. C’est vrai que quitte à se planter, autant y aller franchement.

2 commentaires

  • Le Vengeur mercredi 23 février 2011 13 h 10 min

    Pour une fois je ne vais pas être trop critique (même si l’expression “la suspension du sentiment d’incrédulité” m’a beaucoup fait rire tout comme l’utilisation du mot “diégétique” qui ne sert à rien si ce n’est à montrer la pseudo-culture de celui qui l’utilise… Manque d’humilité manifeste une fois encore! La jeunesse, surement!) car la critique est vraiment plutôt intéressante dans sa façon de démonter ce film tape à l’oeil et faussement malin!

    Par contre, une erreur plutôt ennuyeuse, c’est que le film n’est pas espagnol! Et non! Il est … uruguayen… A bon entendeur ;-)

  • Marc mercredi 23 février 2011 16 h 02 min

    Exact. Je vais corriger l’erreur (qui n’est pas du fait de l’auteur de la critique)

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