Sitges n’est pas seulement une station balnéaire au sud de Barcelone.
C’est aussi un festival du film réputé se déroulant chaque année à la fin de l’été et permettant de découvrir très très avance de nombreux films. Comme en 2010, CloneWeb y était, brilamment représenté par David qui a pu voir de nombreux films en avant-premières.

Pour commencer, il a choisi d’évoquer le très beau et très attendu film de Juan Antonio Bayona avec Naomi Watts et Ewan McGregor racontant l’histoire d’une famille prise dans le tsunami de 2004.

Voici sa critique de The Impossible.

 

Mars 2008 sortait sur les écrans français « L’Orphelinat » (« El Orfanato »), le premier long métrage de Juan Antonio Bayona. Le jeune réalisateur barcelonais livrait un magnifique film introspectif sur le deuil de l’enfance. « L’Orphelinat » était devenu le plus grand succès cinématographique de tous les temps en Espagne, dépassant même les entrées record du « Titanic » de James Cameron. Le film de Bayona avait également été multi-primé : 14 nominations, dont 7 trophées aux Goyas (les Oscars espagnols), le Grand Prix du Festival de Gérardmer. « L’Orphelinat » avait même été choisi pour représenter l’Espagne aux Oscars 2008.
Dire que l’on attendait avec impatience le second long métrage de J.A. Bayona est un doux euphémisme. Il aura donc fallu plus de cinq ans pour découvrir « The Impossible », une co-production hispano-américaine. Le film, écrit par Sergio G. Sanchez (également scénariste de « L’Orphelinat »), est inspiré du témoignage d’une famille ayant survécu au tsunami qui ravagea la Thaïlande en 2004.

Une première bande annonce avait fait son apparition sur la toile fin août. Difficile de rester insensible devant ces premières images, soulignées par une magnifique version unplugged du tube « One » du groupe U2, qui laissaient entrevoir un drame familial poignant. Cependant, cette bande annonce donnait l’impression d’être un condensé du film et de dévoiler la majeure partie de son intrigue. Malheureusement, c’est effectivement le cas mais l’intérêt principal de « The Impossible » ne réside pas dans son intrigue, séparée en deux parties distinctes (la survie de Maria et Lucas puis le parcours de Henry, Simon et Thomas), mais au travers de l’émotion qu’il réussit à procurer au spectateur.
En racontant le chemin de croix impossible enduré par les membres de cette famille pour survivre au tsunami et enfin se retrouver, Bayona implique constamment émotionnellement le spectateur, les larmes sont donc garanties…

« The Impossible » débute par un écran noir sur fond sonore aquatique. Ce début ressemble étrangement à celui de « Vinyan » de Fabrice Du Welz dont il partage également le même point de départ (le tsunami). Contrairement au réalisateur belge, Bayona ne s’attarde pas sur cet effet immersif puissant mais se focalise directement sur ses personnages principaux : Henry (Ewan McGregor), Maria (Naomi Watts), Lucas (Tom Holland), Simon (Oaklee Pendergast) et Thomas (Samuel Joslin). La justesse des dialogues permet d’introduire les cinq membres de cette famille en quelques répliques et de les rendre immédiatement crédibles et surtout attachants. La direction d’acteurs de J.A. Bayona est impeccable, Ewan McGregor et Naomi Watts s’effacent totalement derrière leurs personnages de parents dépassés par les évènements. Noami Watts porte d’ailleurs littéralement la première partie du film sur ses épaules et délivre une prestation remarquable de justesse, tout comme Belén Rueda dans « L’Orphelinat ». Cette justesse de jeu se retrouve également chez Tom Holland qui interprète avec brio l’enfant aîné (Lucas) obligé d’adopter prématurément un comportement d’adulte afin de secourir et de veiller sur sa mère gravement blessée.

Le réalisateur espagnol a refusé d’utiliser des effets numériques pour illustrer son tsunami. Sa décision de reconstituer la catastrophe en studio s’avère finalement très judicieuse, car elle confère à son film un réalisme des plus troublant. Tous les décors sont extrêmement détaillés. « The Impossible » contient ainsi certaines des images les plus marquantes et crédibles des films catastrophes produits ces dix dernières années. Ce sens du réalisme se retrouve également dans les blessures des personnages principaux, mention particulière à celle de Maria (Naomi Watts) qui est très éprouvante à regarder. Les séquences aquatiques sont mises en scène de manière efficace et permettent d’illustrer parfaitement le danger (mortel) auquel sont confrontées les victimes d’un tsunami.

La mise en scène de Bayona, souvent aérienne, regorge d’idées originales comme dans la scène où Maria et Lucas, accompagnés d’un petit garçon, se réfugient sur un arbre afin d’être hors de danger en cas d’une éventuelle seconde vague. Cette très belle scène, dans laquelle la gestuelle des trois personnages est proche de celle des singes, illustre une perte totale de tout signe de civilisation à cause d’une catastrophe naturelle et le retour à un état animal (la survie).

Des critiques ont reproché à Bayona d’avoir produit du sous-Spielberg, autant sur le plan formel que sur celui narratif. Ils critiquent sa volonté constante de vouloir faire pleurer le spectateur, notamment au travers d’une utilisation trop appuyée de la musique comme vecteur d’émotion. Le réalisateur espagnol a choisi une ligne directrice (l’émotion et les sentiments) et l’exploite du début à la fin de son long-métrage en restant totalement cohérent avec son approche. Mais malgré cela, certaines séquences peuvent effectivement paraître à la limite du pathos à l’image de celle de l’appel téléphonique d’Henry à son beau père, scène sauvée par l’intensité et la justesse du jeu d’Ewan McGregor.

Malgré une deuxième partie légèrement plus faible et quelques séquences trop appuyées, « The Impossible » est une très grande réussite. Un drame familial émouvant et bouleversant qui confirme tout le talent de son réalisateur.

 

The Impossible – Sortie le 21 novembre 2012
Réalisé par Juan Antonio Bayona
Avec Naomi Watts, Ewan McGregor, Tom Holland
L’histoire d’une famille prise dans une des plus terribles catastrophes naturelles récentes. The Impossible raconte comment un couple et leurs enfants en vacances en Thaïlande sont séparés par le Tsunami du 26 décembre 2004. Au milieu de centaine des milliers d’autres personnes, ils vont tenter de survivre et de se retrouver. D’après une histoire vraie.

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