Quelle année pour l’animation française ! L’émouvant In Waves, l’incroyable Le Corset, le coloré Carmen l’Oiseau Rebelle (en salles en décembre) mais aussi Lucy Lost, nouveau long métrage du studio Xilam à qui on doit tout un tas de séries comme les zinzins de l’espace mais aussi des productions plus adultes comme J’ai Perdu Mon Corps ou Twilight of the Gods de Zack Snyder. La réalisation d’Olivier Clert nous a bien fait pleurer.
Une petite précaution avant de continuer : ne lisez rien sur Lucy Lost, slalomez entre les spoilers et surtout évitez le livre de Michael Morpurgo qui a inspiré le long métrage (ou alors lisez le après). On vous explique pourquoi.

Lucy Lost, le film, raconte l’histoire d’une jeune fille vivant sur une île de l’archipel des Scilly au large de l’Angleterre. Les cheveux blancs, malade, elle est surprotégée par ses parents qui hésitent à l’emmener à l’école. Mais Lucy n’est pas une enfant comme les autres : elle voit des choses, notamment une jeune fille, Milly, qui dit vivre à New York. Un fantôme ? Une connexion particulière ? Le film va s’intéresser à la résolution de ce mystère alors que les habitants de cette petite île se montre de plus en plus méfiants.
La différence entre le roman et le film vient de la structure. Morpurgo, connu pour avoir écrit Cheval de Guerre, raconte son récit de manière plutôt linéaire quand Olivier Clert choisit de ne pas tout dire dès le début. D’où le titre, et la précaution de vous protéger d’éventuels spoilers. Les révélations de la conclusion du film n’en sont que plus émouvantes.
Il y a d’ailleurs beaucoup d’intelligence dans l’écriture du long-métrage, celui-ci distillant habilement des indices sur ce qu’il veut raconter, des cailloux semés discrètement et auxquels on ne pense qu’une fois le mystère résolu.
A la présentation à laquelle nous avions assisté à Annecy en 2025, le réalisateur avait expliqué avoir débloqué une production qui se cherchait depuis plusieurs années. Envisagé d’abord comme une série, à laquelle avait alors participé Jade Khoo (qui, depuis, a fait la très belle BD Terre ou Lune), le projet a évolué vers un long métrage dans lequel Clert a songé à inclure la seconde jeune fille qui accompagne l’héroïne de manière fantomatique et qui nous rappelle Souvenirs de Marnie.

Tout repose donc sur la relation entre les deux jeunes filles, elles vont l’une et l’autre s’aider à avancer ensemble dans la vie, et Lucy parviendra à surmonter les regards et les rumeurs (et fait-on pire que des rumeurs de pêcheurs discutant entre eux), le tout dans un contexte historique tendu puisqu’au loin les Anglais affrontent les Allemands.
Leur relation amicale est douce et belle. Belle comme les jolis décors qui parsèment le film et donnent envie d’aller visiter les îles Scilly, de la jolie campagne anglaise sublimée par la mer. L’animation aussi est très réussie, nouvelle rencontre entre ce qui se fait en Occident mais avec une touche d’inspiration japonaise, les styles se mélangeant de plus en plus dans les productions récentes. Le soin apporté aux petits détails, à l’animation du vent, aux oiseaux, aux paysages fait penser à Ghibli.
Les propositions récentes (In Waves, Le Corset et celui-ci) sont intéressantes à comparer parce que ce sont trois projets très différents techniquement, chacun apportant son originalité, mais ce sont aussi trois projets à la fois beaux et émouvants. Que vous devriez aller voir.
Le Mystère Lucy Lost, d’Olivier Clert – Sortie en salles le 28 octobre 2026
