Faut-il encore adapter l’un des plus grands romans de la littérature française ? Est-ce que ce n’est pas d’office voué à l’échec ? Pas pour Fred Cavayé qui, après avoir secoué le thriller d’action il y a une quinzaine d’années (le triptyque efficace Pour Elle, A Bout Portant, Mea Culpa) et réalisé quelques comédies, se lance dans l’aventure. Un risque payant malgré des défauts, notamment grâce à l’oeuvre de Victor Hugo plus actuelle que jamais.

Difficile de résumer Les Misérables. Cinq tomes, 2500 pages, une ribambelle de personnages et une action se déroulant sur plusieurs décennies. On va quand même s’y risquer : Jean Valjean est condamné au bagne pour avoir volé du pain. Sorti de prison, remontant vers le Nord de la France, il va faire plusieurs rencontres marquant le chemin de sa rédemption pour finir maire et bienfaiteur de Montreuil sur Mer. En parallèle, Fantine confie sa fille Cosette aux Thénardies, des aubergistes avides et cruels. La route de Valjean va croiser celle de Fantine, et il va lui promettre de veiller sur sa fille, mais aussi celle de Javert, un policier abusif et obsédé. Tout ce petit monde va converger vers Paris et vers son insurrection républicaine où la jeunesse veut dénoncer le pouvoir en place et ses abus pour changer de régime.
En confiant le rôle de Jean Valjean à l’impeccable Vincent Lindon, Fred Cavayé était obligé de rester le plus fidèle à Victor Hugo. Saluons la fluidité de sa narration. L’histoire est limpide et au plus proche des bouquins, même si l’écriture du scénario a nécessité quelques adaptations, changements de lieux et même si certaines scènes paraissent bien futiles au vu du film (l’enfance de Fantine ou celle de Javert). Quelques dialogues un peu trop modernes picotent un peu, mais globalement Cavayé s’en tire honorablement. Adapter Les Misérables, c’est comme adapter le Seigneur des Anneaux. C’est compliqué et ça fait nécessairement grincer certaines dents.

La réalisation de Cavayé aurait mérité un peu plus de folie, comme son récit de sortir du cadre, mais le réalisateur livre un film honnête (et il sait toujours aussi bien filmer l’action !). C’est donc par son propos que le réalisateur nous surprend. Les Misérables version 2026 résonne très fort avec l’actualité, le scénariste insistant sur certains points d’un roman écrit par un auteur de gauche. Ici, Javert est un policier abusif, et ses flics brutalisent et tuent. La société post-1789 n’a conduit qu’à l’enrichissement des plus riches, et à l’appauvrissement des autres. Tout cela vous rappelle sûrement quelque chose… On a découvert le film alors que les lycéens français manifestent pour être entendus. Le final avec le trop jeune Gavroche sur les barricades n’en est que plus glaçant.
Après Gabin ou Ventura, Lindon. Le comédien, grand fan de Victor Hugo et qui répète en promo que le personnage est l’oeuvre de sa vie, livre un Valjean bouillonnant de colère et prêt à exploser. Il parvient à faire passer toutes ses émotions uniquement dans son regard, des yeux qui glacent comme ils peuvent rassurer.
Un film imparfait donc mais tout à fait regardable et qui a au moins le mérite de rappeler que les propos de Victor Hugo sont encore cruellement d’actualité. Le cinéma se répète, l’Histoire aussi.
Les Misérables, de Fred Cavayé – Sortie en salles le 14 octobre 2026
