Nous avons décidé pour la sortie de Tron L’Héritage le 9 février prochain de mettre les petits plats dans les grands en vous livrant non pas une seule mais plusieurs critiques du film.

Ainsi, si à Paris, nous n’aurons l’occasion de voir le film en avance et pour vous en parler qu’après les fêtes de fin d’année, il est déjà sorti dans d’autres pays notamment … en Irlande.
Ca tombe bien puisqu’Arkaron y réside. Il s’est jeté dès la sortie dans la salle la plus proche.

Voici donc notre première critique consacrée à Tron L’Héritage…

 

Tron L’héritage – Sortie le 9 février 2010
Réalisé par Joseph Kosinski
Avec Jeff Bridges, Olivia Wilde, Garrett Hedlund
Sam Flynn, 27 ans, est le fils expert en technologie de Kevin Flynn. Cherchant à percer le mystère de la disparition de son père, il se retrouve aspiré dans ce même monde de programmes redoutables et de jeux mortels où vit son père depuis 25 ans. Avec la fidèle confidente de Kevin, père et fils s’engagent dans un voyage où la mort guette, à travers un cyber univers époustouflant visuellement, devenu plus avancé technologiquement et plus dangereux que jamais…

Passons les présentations, vous savez tous ce qu’est Tron Legacy. La seule vraie question, c’est est-ce que le film est à la hauteur? À la hauteur des attentes, à la hauteur des promesses, à la hauteur du pari pour Disney?

La dernière question, c’est vous qui y répondrez en soutenant ou non l’initiative inattendue de produire une suite à un film finalement assez peu connu du grand public, vieux de presque trente ans. Tron avait pour lui deux principales caractéristiques: l’utilisation de techniques qui le rendaient unique, et une froideur d’ensemble qui le rendait relativement hermétique. Ironie du sort, Legacy garde de ces traits dans sa définition.

Sans surprise, l’univers nous est présenté comme quelque chose de totalement nouveau: nul besoin de connaître le premier pour comprendre tous les tenants et aboutissants de sa suite tardive. La première partie du film est ainsi dédiée à présenter les personnages de Kevin Flynn et son fils Sam aux spectateurs. Pure exposition donc, qui se permet parfois des anticipations dans sa mise en scène. J’entends par là des jeux narratifs qui renvoient à des éléments à venir (miroirs, ampleur et symétrie parfaite de la représentation de l’univers urbain) détectables si l’on sait déjà où le film veut nous mener, mais absolument pas dérangeants dans le cas contraire. Dans ces trente premières minutes, notre protagoniste est donc Sam Flynn, un personnage relativement neutre, dont on sait finalement bien peu de choses (il est orphelin, solitaire, doué… soit, mais encore?). Son interprète Garrett Hedlund, livre un travail honorable, sans être exceptionnel. La narration est fluide mais distante, très peu proche de ses personnages, et le monde représenté reste globalement bien froid (d’autant que la majorité des scènes se passent de nuit).

Changement soudain lorsque notre jeune héros se décide à partir à la poursuite de son passé. Entrant dans l’arcade de jeux, les tubes des années 1980 retentissent plus fort que jamais. En passant de l’autre côté du passage secret, il étouffe la musique, et en gommant la poussière d’un revers de la main, il accepte d’affronter le futur.

Et nous y voilà: The Grid. Le réseau. Monde nouveau pour tous car assez éloigné de ce qu’avait pu découvrir le public en 1982. Dès lors, deux objectifs se dégagent de cette aventure: une volonté d’immerger le spectateur grâce à la 3D, et une envie d’expérimenter l’outil de travail. Si l’immersion a fait son effet sur moi, il m’a paru assez flagrant que Joe Kosinski, le réalisateur, s’est trouvé obligé de refréner ses envies pour ne pas trop déstabiliser son public. Chose tout à fait compréhensible, étant donné que les quelques tentatives cassent malheureusement la fluidité de l’ensemble (la scène de combat où les lois de la gravité sont inversées est assez difficile à suivre, par exemple). Ajoutons à cela que si le goût de Kosinski pour les mouvements de caméra longs et larges l’aide à narrer son histoire sans accroc, les baisses de rythme (inévitables?) en milieu de métrage, engrangées par les retrouvailles père/fils, en refroidiront probablement plus d’un, notamment chez le jeune public.

Le jeune public est-il d’ailleurs une cible préférentielle pour Legacy? Bonne question. Si l’intrigue reste toujours claire, elle ne se met réellement en place que tardivement (découverte d’un nouvel univers oblige), et elle tend dans son dernier tiers à multiplier les enjeux, de manière parfois très artificielle (l’exploitation du personnage de Tron en est un parfait exemple). Legacy reste toutefois une aventure plaisante à suivre, quoique’un peu frustrante par instants, la faute à des scènes d’action qui manquent de spectaculaire, et à une ambiance générale trop peu épique. Pour être plus précis, Kosinski se révèle plutôt à l’aise dans sa gestion des scènes d’affrontements en moto, impressionnantes, et dans une poursuite aérienne très efficace, sans doute parce qu’il exploite intelligemment sa liberté dans l’utilisation de son univers. Cependant, les combats au corps à corps ou aux disques, relativement nombreux, souffrent d’un manque de dynamisme assez perturbant, la faute peut-être à des plans larges trop longs et trop répétitifs.

Étrangement, il ne m’a pas semblé que les plus grandes forces du film résident dans ce qu’il avait à priori de plus apte à offrir, soit un univers graphique et esthétique sans pareil, et une épopée revigorante. Si les visuels sont de très grande qualité, et si cette petite histoire se suit sans grand déplaisir, les atouts majeurs de Tron Legacy sont probablement son acteur principal, Jeff Bridges, qui interprète ses deux personnages avec classe et justesse (son rajeunissement numérique est souvent appréciable, quoique parfois étrange) d’une part, et sa bande son d’autre part. Les Daft Punk signent là un score sans faille, assez éloigné de leurs précédents travaux, mais toujours aussi pertinent. Et tous les amateurs du duo me comprendront: entendre les basses de Daft Punk au cinéma, alors qu’un individu de la trempe de Bridges envahit l’écran… et bien, ça n’a pas de prix.

Tron Legacy est-il à la hauteur? Son plus gros argument de vente n’atteint pas les plus hautes sphères du cinéma, ni en terme de visuel, ni en terme de mise en scène ou de découpage, quoi qu’il se situe peu loin derrière. Je pense donc qu’il était légitime d’en attendre plus, mais je pense aussi qu’il mérite amplement votre temps et votre argent.

Rendez-vous après les fêtes pour d’autres avis.

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