Multi-rebootée sur papier et en version animée, la saga Transformers en est désormais à son cinquième long-métrage “live”, dix ans (oui oui dix ans) après le premier volet.

Shia Labeouf n’est plus là depuis longtemps, pas plus que Megan Fox, mais Peter Cullen fait toujours le taf dans le rôle d’Optimus Prime. Le bougre assure d’ailleurs la voix du Cybertronien depuis plus de trente ans maintenant. Mais les Transformers, eux, tiennent-ils encore la distance ? Peut-on encore s’écrier joyeusement “Autobots, transform and roll out” ?

 

LA CRITIQUE

La saga Transformers a toujours été le sujet d’un drôle de paradoxe.

D’un côté, c’est un immense rouleau compresseur, gobant le public sur son passage à l’aide d’un marketing surpuissant, amassant les dollars plus vite que ses robots ne changent de forme, pour dépasser le milliard de recettes sans problème depuis le 3ème film avec une popularité indéfectible.
De l’autre, cette saga a toujours été moquée, complètement conspuée par la critique même, et aussi par un public qui semble limite honteux d’aller voir des films pareils. Le terme « plaisir coupable » sort souvent, et la franchise comme son auteur Michael Bay sont souvent cités comme étant le pire du blockbuster crétin, voir même du cinéma tout entier.
D’autant qu’à chaque film depuis le second, Michael promet qu’on ne lui reprendra plus, que ce coup-ci, c’est la bonne, il va tout donner pour un dernier baroud d’honneur où on va vraiment en prendre plein la poire sans se coltiner les surplus d’humour gras et de bêtises abyssales.

Alors, pour la 5ème fois, est-ce que Michael nous a encore menti ?

A force de tirer sur la corde au petit jeu du scénario qui va tout changer dans l’univers des Transformers, il fallait bien sortir son épingle du jeu, et ce Last Knight espère faire illusion avec la carte de l’uchronie. Oui, oui, la grande histoire va être ré-écrite avec les Transformers qui n’ont décidemment par l’air d’être seulement arrivés sur Terre avec le premier film puisqu’ici, on démarre au Vème siècle en pleine bataille avec le Roi Arthur. Bon, ce serait vite oublier que le 2ème film débutait à la préhistoire, mais il faut faire mine d’être surpris, surtout qu’après quelques plans de batailles où tout explose une fois encore, on découvre un Merlin ivre qui va tenter de convaincre un Transformer de rejoindre la bataille pour terrasser l’ennemi, étant prêt à renoncer à l’argent, la gloire et l’alcool pour le convaincre, mais pas les femmes, faut pas déconner.
Chasser les vieux démons, ils reviennent au galop ! Incapable de prendre son récit au sérieux, Michael Bay retombe instantanément dans la gaudriole gonzo, et présente donc une table ronde tenue par des gros bourrins débiles au sens de l’honneur bien beauf, annihilant de facto toute dimension héroïque ou épique. On pourrait faire mine d’être à peine surpris sauf que ce coup-ci, il pousse les potards très haut d’emblée, et prouve une fois n’est pas coutume qu’il n’en a résolument rien à foutre. C’est même bien pire en réalité : il semble n’en plus pouvoir de tout ce bordel.

Avec cette volonté d’inscrire l’intrigue dans un background riche où l’objet convoité par tous a traversé l’histoire de l’humanité en plus de prendre en compte plus ou moins les opus précédents, Transformers 5 étoffe considérablement sa structure en explications à rallonge et en détours narratifs qui semblent conçus uniquement pour meubler 2 heures de film.
Là où ça devient franchement gênant, c’est que l’histoire en devient indigeste tant on assomme le spectateur d’exposés interminables. Anthony Hopskins n’est d’ailleurs là que pour donner une caution « noble » à ce fourre-tout, lui qui explique dès l’intro en voix-off le pourquoi du comment de ce schmilblick sans queue ni tête. Et ce qui est vraiment terrible dans tout ça, c’est qu’en remettant le scénario à plat avec un peu de perspective, on est en réalité face à la même construction que tous les autres films : en gros les Autobots s’allient avec les humains pour courir derrière un artefact sacré, tandis que les Decepticons font tout pour se l’approprier. Chaque film avait son MacGuffin, ici il provient de Merlin, soit.

Ajoutez à ça les petits histoires de Mark Walhberg face à sa famille, à son quotidien avec les Transformers, l’arrivée d’une gamine qui survit dans une zone de conflit, un groupe gouvernemental anti-robots, John Turturro qui retrouve le plus insupportable rôle de sa carrière pour gueuler au téléphone depuis Cuba, une nouvelle bimbo à la Megan Fox qui est la descendante de je ne sais qui, un robot à taille humaine qui joue les C3PO sociopathe ou encore Optimus Prime qui est parti sur Cybertron pour ramener sa planète s’apprêtant à bouffer la Terre, et vous obtenez un énorme foutoir qui va vous prendre la tête tout du long à coups d’humour misogyne ou scatophile, d’allusions sexuelles, et de punchlines faisant appel à nos plus bas instincts.
On ne va pas se le cacher, c’est proprement imbitable qu’atrocement plombant.

Certains auront tôt fait de dire que oui, on sait, Transformers c’est un truc de teubés et que si on y va, c’est pour en prendre plein la gueule devant des robots de 30m qui explosent des immeubles aussi grands qu’eux. Il y a de ça forcément, d’autant que Michael Bay est un cinéaste au style affuté, jamais avare en ralentis et en plans poseurs, qui ici débarque fier comme un camion avec le seul film de l’été tourné en 3D native, avec des caméras IMAX 3D s’il vous plait. On pouvait donc s’attendre à trouver au milieu de ce néant cérébral de quoi satisfaire nos mirettes devant les acrobaties de Bumblebee et consorts. Sauf qu’on l’a déjà dit plus haut : Michael n’en a plus rien à foutre. Mais alors plus rien du tout ! Résultat : il retrouve ses pires démons, ceux qu’il avait su calmer avec l’arrivée de la 3D dans le troisième opus de la saga. Voici donc le retour triomphant du montage ultra saccadé, des plans qui tremblent qui filment de bien trop près des objets pourtant gigantesques, et de scènes torchées en moins de deux où l’action n’a pas eu le temps de commencer qu’elle est déjà finie. Incapable durant une majeure partie du film de poser une situation pour mieux la développer, Bay torche tout à la va-vite dans une mise en scène épileptique sans aucun souffle.
On se chauffait pourtant facilement à l’idée de voir des robots durant la seconde guerre mondiale en train de fragger des nazis. Ça dure moins de 2 minutes. Optimus Prime qui tabasse du méchant à l’épée ? C’est bâclé en 3 plans. La grosse bataille finale prend certes un peu de recul et pose sa caméra pour mieux apprécier l’énorme paysage ravagé où se déroule l’action, mais tout y va trop vite encore, sans compter le fait qu’on n’attend plus qu’une chose, à savoir le générique de fin.

Et si vous avez l’opportunité de voir tout ça en IMAX 3D, notre meilleur conseil est de ne pas le faire ! Cette version du film prouve à quel point le tout est filmé au mépris du bon sens, tant le format de l’image change constamment, rappelant les sombres heures de Christopher Nolan sur The Dark Knight Rises. Que ce soit dans un dialogue en champ contre-champ tout simple ou au beau milieu d’une scène d’action, le ratio image change constamment, jonglant sans aucune logique entre le format scope classique et celui plus grand de l’IMAX. On a littéralement l’impression d’être devant un téléviseur qui change de chaine toutes les 2 secondes, les bandes noires venant et partant au gré des plans, ce qui est particulièrement désagréable à l’image. On le voyait déjà dans les bandes annonces, mais c’est ici tout du long sur un écran énorme, sans la moindre logique de réalisation, à croire que Bay ne savait même plus ce qu’il filmait, ni pourquoi, ni comment.

Sur tous les plans, Transformers The Last Knight est donc un désastre.

Entre son scénario inutilement alambiqué qui ne raconte concrètement rien, un montage aléatoire où les scènes semblent déconnectées les unes des autres, de nouvelles pistes intéressantes amorcées qui sont aussitôt réduites à néant et un casting qui court au beau milieu de tout ça sans savoir ce qu’il fait là, Michael Bay et son armée de scénaristes nagent désespérément en plein néant, au point d’en perdre à nouveau la capacité de spectaculaire d’une franchise essoufflée comme jamais. Reste donc l’exemple même de la production faite pour les mauvaises raisons, sans envie, sans souffle, sans âme ni quoi que ce soit à sauver, qui représente ce qu’Hollywood fait de plus affligeant.

Transformers The Last Knight, de Michael Bay – Sortie le 28 juin 2017

7 commentaires

  • Bob mardi 27 juin 2017 15 h 53 min

    Cool, il va être génial alors si vous le défoncez comme les autres !

  • Marc mardi 27 juin 2017 16 h 01 min

    @Bob : as-tu vraiment lu les critiques précédentes ?

    T2 : “Transformers 2 La Revanche est donc une réussite. Un film prenant et bien mis en scène, aux scènes d’action dantesques.”

    T3 : “Transformers 3 est un film s’inscrivant bien dans la lignée des précédents, corrigeant quelques défauts mais pas tout. Si vous avez aimé les précédents, vous trouverez donc y votre bonheur.”

    T4 : “On sait ce qu’on va voir et pourquoi on y va en connaissance de cause. Mais si ce 4e film corrige le tir sur de nombreux points, il n’est pas pour autant aussi réussi que son prédécesseur.”

    Malgré les réserves sur le 4e volet et la sensation que Michael Bay commençait à s’essoufler, je n’ai pas l’impression qu’on ait défoncé quoi que ce soit.

  • el_jo mardi 27 juin 2017 16 h 43 min

    “Anthony Hopskins”
    Ils ont changé le doubleur ?

  • Marc mardi 27 juin 2017 17 h 10 min

    Hopkins a un vrai rôle dans le film et c’est son personnage qui parle en voix off (contrairement aux précédents où Optimus Prime parlait)

  • broack Dincht mardi 27 juin 2017 21 h 33 min

    j’avais bien aimé le 1er à l’époque, surtout la première partie qui avait un coté “un amour de coccinelle”, mais les scènes d’action étaient illisibles, je n’arrivais même pas à distinguer les persos.
    Le 2, je l’avais trouvé naze, à l’exception peut être de la baston en foret.
    le 3, sur le coup je l’avais trouvé plutôt sympa, mais en le revoyant plus tard j’ai vu à quel point c’était beauf
    le 4, j’ai eu envie de quitter la salle en cours de film tellement il était affreux. Je m’attendais à un changement de ton, plus sérieux, vu qu’il était présenté comme un semi reboot et que le héros était un adulte, mais en fait, non. D’ailleurs je me souviens avoir eu l’impression que le film aurait été beaucoup mieux en supprimant la plupart des scènes avec les humains.

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