A l’occasion de la sortie mercredi prochain de Star Trek Into Darkness, nous avons voulu dépasser le cadre du film de J.J. Abrams pour évoquer l’univers Star Trek dans sa globalité à travers plusieurs thèmes.

Après avoir évoqué les origines de la saga et la série originale mettant en scène James Tiberius Kirk, Arkaron s’intéresse cette fois à la relance de la saga dès la fin des années 70 via les longs métrages et la mise en chantier de nouvelles séries, dont The Next Generation avec le fameux capitaine Jean-Luc Picard…

 

Star Trek : l’héritage

Malgré l’existence d’une série animée d’une saison extrêmement rudimentaire dans sa forme, Star Trek renait réellement par le biais de deux média. Là encore, la franchise va très vite se voir attribuer deux trajectoires aux objectifs différents. Après la résurrection trekkienne des années 1970, Star Wars prouve au monde cinématographique que les gens sont prêts à croire à l’incroyable, en masse. Ni une, ni deux, le premier film Star Trek est mis en chantier et sort en 1979, avec à sa tête l’excellent cinéaste Robert Wise, déjà réalisateur du Jour où la Terre s’arrêta. Le film, sorte de réflexion métatextuelle un peu opaque sur la science-fiction, reprend les ambitions thématiques de la série pour les transcender dans un final digne des meilleures œuvres du genre. Cependant, son rythme lent, son manque d’action à l’écran et son budget assez serré n’en font pas un grand succès commercial (mais pas un échec non plus).

Les producteurs, désireux de continuer à exploiter le filon, engagent un certain Harve Bennett. Le scénariste est alors chargé de revitaliser la franchise en proposant des histoires plus centrées sur l’action et l’aventure. Lui vient alors l’idée de rappeler Khan, l’un des personnages de la série, pour proposer un film d’une simplicité déconcertante : Khan revient pour accomplir sa vengeance sur James Kirk. Le bonhomme fera difficilement moins complexe par la suite, et enchaine donc dans la même lancée de fan-fictions relativement médiocres jusqu’en 1986 avec Star Trek IV : Retour sur Terre. Si ces trois métrages ne sont pas dénués de thèmes intéressants, leurs traitements minimalistes, écrasés par les obligations de divertissement presque inhérentes aux productions de studio, ne permettent guère de développer les idées lancées ici et là. Les films II à IV sont aujourd’hui assez désuets, écrits pour plaire aux fans et essayer d’attirer de nouveaux spectateurs, au final sans beaucoup d’ambition narrative ou artistique.

C’est alors que William Shatner, interprète de Kirk qui a toujours maintenu une relation d’amour-haine avec la franchise et ses fanatiques, s’essaye à la réalisation et à l’écriture avec Star Trek V : l’Ultime Frontière. Souvent considéré comme l’un des pires épisodes de la franchise, ce cinquième volet a sur les autres un avantage qu’on ne peut lui enlever : son créateur principal a osé développer un discours qui avait disparu depuis quelques années déjà. Hélas, sa fabrication laisse tout de même à désirer et l’entreprise se révèle être un cuisant échec. Détail amusant, après l’échec de Star Trek V, Ned Tanen, président du studio Paramount, encouragea Harve Bennett à développer l’idée d’un concept de préquelle mettant en scène les jeunes années de Kirk et Spock à Starfleet Academy. Il a été mentionné que ce film reprenait une histoire similaire à celle du western The Santa Fe Trail. L’idée fut finalement abandonnée au profit de Star Trek VI : Terre inconnue, et Bennett quitta le navire.

Le sixième film, fêtant les 25 ans de la franchise et marquant la disparition de son créateur, retrouve enfin, après des années de perdition, un script travaillé s’intéressant à des questions concrètes de luttes de pouvoirs et de tactiques politiques aux seins d’alliances chancelantes. Quelques fautes de goût (le viol psychique vulcain…) interrompent une intrigue plutôt solide, mais le casting d’origine fait ses adieux de manière honnête.

Parallèlement, en 1987, la deuxième série Star Trek, intitulée The Next Generation, commence sa diffusion et se place en totale opposition des films : les histoires sont développées, l’action uniquement utilisée lorsque nécessaire, les personnages évoluent drastiquement, et les pistes de raisonnement se multiplient de saisons en saisons. Malgré les quelques baisses de régime de ci de là, les scénaristes parviennent à renouveler, bien plus efficacement que les films, l’engouement des fans pour la franchise. TNG permet également d’approfondir certaines pistes envisagées par Roddenberry, et les problèmes de sexualité sont enfin évoqués avec une véritable volonté discursive, tandis que les autres sujets chers à la série d’origine reviennent cycliquement, avec toutefois une touche de maturité qui rend les intrigues plus captivantes. À cela s’ajoutent des questions éthiques ou technologiques, le rapport hommes/machines, et bien d’autres sujets familiers de la littérature science-fictive.

Par la suite, dans les trois séries ultérieures, la franchise continue de développer les thèmes lui étant chers et atteint un sommet d’écriture dans les dernières saisons de Deep Space Nine, grâce à une intrigue approfondie et cohérente, axée autour de considérations géopolitiques et stratégiques au cours d’une guerre interstellaire. L’équipe en profite pour plonger dans des problématiques côtoyant les crimes de guerre, le terrorisme, la torture, le génocide, les factions ou milices indépendantes, les alliances instables ou les limites éthiques vers lesquelles tendent les personnages pour sauvegarder leur peuple ou un statu quo.

Voyager, quatrième itération, tente de retrouver l’esprit d’exploration d’origine, avec un succès suffisant, à la vue de ses sept saisons. Toujours en parallèle, les films Star Trek continuent avec Generations en 1994, qui lie définitivement les deux premières séries dans la légende intradiégétique de la franchise en faisant se télescoper deux temporalités. D’une qualité moyenne, le film est suivi par Premier Contact en 1996, probablement le plus efficace film de la série en termes d’équilibre entre personnages, intrigue, action et progression des interrogations, quoiqu’il ne soit pas épargné par les incohérences non plus. S’en suit le très anecdotique Insurrection puis, enfin, Nemesis en 2002, qui met un terme au cycle TNG en divisant les fans entre conclusion convaincante et scénario forcé.

D’une manière générale, il faut cependant souligner que les films Star Trek ont très rarement été d’une qualité satisfaisante. En termes cinématographiques, seuls The Motion Picture en 1979 et, à la marge, Premier Contact en 1996 sortent du lot en matière d’écriture, de réalisation et de fabrication générale. Les autres sont tour à tour anecdotiques, simplistes à l’extrême ou parcourus d’invraisemblances surréalistes. Il ne s’agit bien sûr pas de rechercher la précision scientifique extrême de la science-fiction dure (Star Trek ayant toujours lorgné du côté de la science-fiction médiane, ni vraiment réaliste, ni complètement fantaisiste… on en revient au souci de crédibilité évoqué plus tôt), mais les longs métrages ont, malheureusement, souvent sacrifié la vraisemblance et la cohérence au profit de situations propices à l’action ou à la comédie. C’est peut-être en cela que la scission entre films et séries est la plus évidente : dans les épisodes, les phénomènes propres au genre constituent souvent le moteur de l’histoire, et les conséquences sur les personnages et les situations en découlent de manière logique et secondaire ; dans les films, les phénomènes en question sont utilisés comme déclencheurs de situations spécifiques (action, humour, mélodrame) mais ne sont plus directement explorés en eux-mêmes.

Enterprise, la dernière série, se termine avec sa quatrième saison, en 2005, sur une note d’ensemble assez basse, étant souvent considérée comme la plus faible des cinq séries live de la franchise (à raison, dirais-je, en attestent les scènes de tensions sexuelles ridicules posées là pour augmenter les audiences, les personnages faisant redite, et le cruel manque d’ambition général). Pour la première fois depuis la fin de la série originale, l’univers trekkien s’éteint plusieurs années durant sur les écrans. Il est difficile de déterminer dans quelles mesures le public de la franchise a évolué. À en croire les reportages de conventions, les anciens fans des années 1960 ne manquent pas, même si la plupart des fans se rendant à ses événements semblent se trouver dans la tranche 25-40 ans. Il est vrai que Star Trek n’a plus tellement su s’attirer les faveurs du jeune public depuis bien longtemps. Les intrigues de plus en plus compliquées, alliées à un techno-blabla envahissant, rendent la découverte de son univers assez compliqué mais surtout, les idées et l’énergie s’étiolent lentement au profit d’une routine qui menace de rendre la franchise stérile et répétitive. Une pause est plus que nécessaire.

À suivre dans Nouvelles vies, vieux amis… quelle civilisation ?

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