Voici la suite et la fin de l’interview de Rodolphe Bonnet. On y évoque les acteurs, les difficultés de tournage mais aussi les projets du réalisateur. Le film sera la semaine prochaine à l’affiche du Festival de Villeurbanne. Si vous êtes Lyonnais, allez y jeter un oeil.
Demain, dernière partie de notre dossier Roches Rouges avec l’intervention d’une voix célèbre…


J’ai déjà pu interviewer une des actrices, Sophie Chamoux. Comment l’as-tu rencontrée et comment s’est passé le tournage avec elle ?
Sophie avait appris via David Scherer, le maquilleur SFX du film avec qui je travaillais déjà sur les effets, que je recherchais des actrices et des acteurs pour un survival. Elle m’a contacté et m’a fait part de son enthousiasme. Au-delà de ça, il n’y a pas eu de favoritisme. Elle est venue au casting (qu’on a fait sur deux jours sur Paris), comme toutes les autres prétendantes qu’on avait retenues, et elle a remporté son rôle en donnant tout ce qu’elle avait.

Un mot aussi sur Emmanuel Bonami, dont le grand public connait surtout la voix (il est notamment le doubleur de Solid Snake dans la série des Metal Gear Solid) ?
Emmanuel est mon acteur fétiche. C’est le troisième film que nous faisons ensemble. C’est maintenant un très bonami (jeu de mots à deux balles). Il m’aide à tous les stades de fabrication du film : scénar, préparation, postproduction, sous titrages, etc. Il a de la voix cet homme. Je n’ai appris qu’après avoir tourné deux films avec lui qu’en fait que c’était lui la voix de Solid Snake et pourtant j’ai joué un petit moment à MGS2 sur PS2 !!!

Tu as parlé des difficultés de la post-prod. Mais le tournage n’a sûrement pas dû être évident. Comment ça s’est passé ?
Tu as toujours l’impression d’accoucher un film dans la douleur. Et une fois que tu as fini le tournage, tu as l’impression d’avoir accompli quelque chose d’incroyable. C’est l’histoire du mec qui redescend d’une colline et qui dit à tout le monde qu’il a gravi une montagne… Après faut rester humble et modeste : oui ça a été dur, mais j’imagine que c’est pareil pour chaque tournage. Et puis moi, sur un tournage, je suis comme un poisson dans l’eau : je regarde bosser toute mon équipe. Y a tout un tas de mecs et de gonzesses qui se déchirent pour ton film, ton histoire, ton rêve, et en plus certains m’installent une chaise derrière le combo et m’apportent un café. Qu’est-ce que tu veux de plus ?

Après, je compare souvent la vie d’un film à celle d’un enfant : la gestation dans le ventre de la mère (la pré production), l’accouchement (le tournage), puis la croissance, l’éducation, l’émancipation (postproduction, diffusion, vie du film). Au final, ton enfant ou ton film ne t’appartient plus. Je suis papa d’une fille de deux ans. L’accouchement a été le moment à la fois le plus bouleversant et le plus dur, le plus gore de toute ma vie. Ca a été pareil pour le tournage de ROCHES ROUGES. Sauf que je n’ai pas pleuré. C’est dans ces moments là que tu te sens vraiment vivant.

J’ai trouvé le film beaucoup moins gore que les longs métrages français actuels, souvent très brutaux. Ca m’a plu parce que certaines choses sont suggérées. C’est carrément supportable (j’ai vraiment du mal avec certains films trop poussifs) tout en étant quand même très flippant. Pourquoi ce choix ?
Paradoxalement, je trouve plus insupportable ce qui n’est pas vu. On ne réinvente pas une recette qui marche : Steven Spielberg glace d’effroi le spectateur dans JAWS quand il ne montre pas le requin. Pour ROCHES ROUGES, je tenais vraiment à suggérer les choses plus qu’à les montrer. C’est dur de ne pas virer dans le grand guignol quand tu découpes quelqu’un. J’en ai beaucoup discuté avec David Scherer, mon maquilleur SFX, et c’était clair entre nous dès le départ : il devait réaliser tous les effets en live, sur le plateau, tout en sachant que j’allais les filmer de toutes les manières possible, sauf frontalement. J’adore cet équilibre. Et c’est grâce à ça que je trouve la scène du scalp redoutable.

Si tu pouvais revenir sur le film, est ce qu’il y a des choses que tu changerais ? Des scènes que tu améliorerais ?
Je referai les dix premières minutes du film. Les scènes d’exposition des personnages, c’est un passage incontournable mais très périlleux. Il faut aller vite, mais pas trop. Il faut suggérer les choses, sans les dire. Pour la mise en scène de ces séquences, j’ai beaucoup privilégié le plan séquence. Et ça ne fonctionnait pas tant que ça au montage. Du coup, on a du passer un temps monstre à tout re-découper en postproduction. La prochaine fois, j’irai à la facilité. On ne peut pas se permettre de vouloir faire du Alfonso Cuaron [NDLA : qui a tourné une incroyable scène de fusillade dans un immeuble en plan séquence, dans Les Fils de l’Homme] sur un court métrage sans thune.

Si tu devais évoquer un souvenir de cette expérience, bon ou mauvais, mais marquant, lequel serait-ce ?
Je crois qu’on a eu toutes les crasses possibles sur ce film, et l’une d’entre elles a été la panne de notre caméra (Digital Betacam), un soir, alors qu’il restait encore six heures de tournage à faire et qu’une des actrices, nue et maquillée sous sa couverture, attendait dans le froid pour tourner. Comme on avait pas d’assurance et qu’on voulait pas bidouiller une caméra qui coûte 80 000 euros, on a stoppé le tournage. Et on s’est retrouvé comme des cons. Quand tu cogites dans cette situation, l’avant-veille de la fin du tournage, en te demandant si t’arriveras à boucler ton film, ça fait bizarre… Et voilà-t-y pas qu’on se retrouve avec Emmaneul BONAMI mon acteur et Thomas WALSER, mon Directeur Photo devant cette caméra de merde, en rade, posée là, sur la table. Et, une binouze à la main, on refait le monde. On se dit avec quoi d’autre on aurait pu tourner ROCHES ROUGES. En Super 16, ou alors avec ces nouvelles petites caméras numériques avec leur kit mini 35, etc. On pèse le pour et le contre et à un moment, mon Directeur Photo s’exclame… « Vous y connaissez rien de toutes façons moi je préfère tourner avec cette tuerie plutôt qu’autre chose» et il dit ça en regardant la caméra. On se regarde alors avec Emmanuel, l’espace d’un instant, et on éclate de rire. Craquage nerveux.

Quels sont les prochains festivals qui vont diffuser Roches Rouges ?
ROCHES ROUGES n’est toujours pas fini ! On l’a tourné il y a plus d’un an et il reste encore pas mal de choses à faire : désentrelacer les images, l’étalonnage, le sound-design, le mixage, les génériques, le sous titrage… Pourtant des copies de travail circulent et, chose incroyable, il a été sélectionné à tous les festivals français auxquels je l’ai inscrit. Je voulais voir ce qu’il rendait, tel quel, sur grand écran, avoir les premiers retours en temps réel des spectateurs… Quelque part, c’était assez surréaliste : j’étais déchiré entre le fait de le montrer « que comme ça », inachevé, et très excité de voir qu’il fonctionnait déjà « que comme ça »… Du coup je n’allais pas en festival pour présenter un film terminé mais pour le retravailler : je regardais ce que ça donnait sur grand écran, et après je corrigeais en postproduction. C’était presque comme si je disposais d’une salle de ciné pour réaliser le montage de mon film !!!

ROCHES ROUGES était diffusé hors compétition au Festival Européen du Film Fantastique de STRASBOURG et au Week End de la Peur. Il a été projeté au festival COURT METRANGE de Rennes et a remporté un prix à la cinquième GORENIGHT de Dunkerque. Et très prochainement il sera au festival de VILLEURBANNE… Après ça, je vais (et dois) quand même attendre qu’on ait un film fini, propre, chiadé, pour le proposer « world wide ». Je pense qu’en 2009 il va pas mal voyager dans les festivals étrangers…

Une fois le film terminé et le tour des festivals de courts fait, est ce que tu envisages de le mettre en ligne pour le grand public ?
Mon trip, c’est vraiment de voir mes films sur grand écran. A Rennes, ROCHES ROUGES a été projeté dans une salle de 400 places quasi blindée… C’est vraiment dans ces moments là que tout prend un sens… Tu tournes de nuit, en extérieur, sous la pluie, t’en chies comme pas possible et un an après t’es au chaud dans une grande et belle salle et un public survolté réagit (comme tu le souhaites) à ton film et viens te voir après la projection pour discuter autour d’un buffet… Ca c’est le pied !

Oui, peut être que ROCHES ROUGES terminera sur le net, comme mon dernier court métrage LIBRE ECHANGE ? mais avant il aura une vie en festival, et peut être à la télévision… Je préfère privilégier ce qui me semble le plus naturel en terme de diffusion que ce qui se fait de plus en plus : quelque part je trouve ça aberrant que les opérateurs Internet et de téléphonie mobile sont en passe de devenir les plus gros producteurs de films…

Et toi ? Envisages-tu autre chose ? Un autre court ?
Oui, il y a un court métrage que je rêverai de faire et qui s’appelle LA PAGE MANQUANTE. C’est un huis clos teinté de fantastique. Je l’ai écrit il y a trois ans et j’essaie de monter le projet. Mais c’est du « lourd ».

J’ai produis et réalisé ROCHES ROUGES pour me faire (une dernière fois) plaisir en envisageant le fait que ça pouvait être mon dernier court métrage. Car très sincèrement, je n’ai plus la forme et le pognon nécessaire pour endosser toutes les casquettes sur un tournage. Si ROCHES ROUGES ne m’apporte pas de nouvelles opportunités ou de nouveaux contacts, il se peut que ce soit mon dernier film « autoproduit qui a de l’ambition ». Après je continuerai peut être à tourner des films entre potes, ce qui me permettrait d’ailleurs de conclure ma trilogie des « FRIDAY THE 12TH ».

Rêvons un peu. Si on te propose un long métrage en France ? Ou, mieux, si on te propose une carrière américaine à la Alexandre Aja, à bosser sur un ou deux remakes, tu fais quoi ?
Je trouve qu’Alexandre AJA a un parcours exceptionnel. Exemplaire. C’est le seul français (avec son pote Levasseur) qui a compris comment ça marchait à Hollywood… La formule est pourtant très simple :
1- Faire un film de genre novateur en France (HAUTE TENSION) pour
2- Recevoir des propositions d’Hollywood
3- Tourner le remake d’un film nul (LA COLLINE A DES YEUX)
4- Faire partie intégrante de la production de son film ou d’autres, seul moyen d’avoir son mot à dire, avoir le final cut et ne pas se faire briser les reins par les business-men des grosses majors.

J’ai hâte de voir son remake de PIRANHAS.

En plus, j’ai découvert en voyant son interview sur Clone Web (tu vois je te fais de la pub !) qu’il avait beaucoup été influencé par L’EXPERIENCE INTERDITE, un film que j’adore et dont j’avais parfois honte de dire que c’était l’un de mes préférés.

Sinon, non, je ne me vois pas à Hollywood ; si j’avais l’opportunité de tourner un long en France ce serait déjà énorme. D’avoir bouffé du survival pendant dix ans et d’en avoir réalisé un (avec ses erreurs) m’a fait comprendre ce qui marche et ce qui ne marche plus. Je pense avoir trouvé ce qu’il reste encore à faire dans le genre en France… Je travaille à mes heures perdues sur la version longue de ROCHES ROUGES mais qui n’a plus rien à voir avec l’histoire actuelle. D’ailleurs, adapter en long un court s’est toujours révélé catastrophique.

Pour finir, quels sont tes derniers coups de cœur cinématographique ?
Sans aucun doute EDEN LAKE de Jame WATKINS, le meilleur survival depuis le remake de LA COLLINE A DES YEUX. Sans concession. Et très intelligent. Le scénario est remarquable. Ca va être dur pour les prochains prétendants de se hisser à ce niveau…

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Retrouvez aussi sur le film : l’interview du réalisateur (partie 1 & 2), le témoignage d’Emmanuel Bonami, l’interview de Sophie Chamoux et mon avis sur le film.

2 commentaires

  • Hera samedi 15 novembre 2008 23 h 24 min

    Je ne suis pas un critique de films ni une fan du genre GORE et j’ai "le défaut" de me mettre dans la peau des personnages…En conclusion, lors du Festival du film court de Villeubanne, "Roches Rouges" m’a surpris par les scènes extrêmement violentes, "montrées" et non pas "sugérées" comme on a l’habitude de voir. Ce film m’a bouleversée… J’ai senti de la colère envers le réalisateur à la fin du film et c’est dommage car j’aurais tant aimé lui poser quelques questions "in live"! Pourquoi un tel film avec autant de violence? Quel plaisir peut provoquer un film pareil? Si ce n’est que le plaisir de la "réalisation" je peux comprendre, autrement… Et j’espère qu’il ne sortira pas en version longue!! Franchement, comment peut-on être heureux de réaliser un film pareil?!!

  • Rodolphe BONNET lundi 17 novembre 2008 14 h 03 min

    Bonjour Hera,
    Je suis le réalisateur du film et le webmestre de Cloneweb m’a averti qu’une "critique négative" avait été émise suite à la projection du film à Villeurbanne… Je ne pense pas que ta critique soit négative. Je pense qu’en fait ce n’est pas le genre de films que tu aimes voir. C’est dommage effectivement que tu ne sois pas venu à ma rencontre après le film pour me poser tes questions… Je comprends que ce film t’ai bouleversé dans la mesure où certainement tu ne t’attendais pas à le voir. Généralement ROCHES ROUGES est diffusé dans les festivals de genre, devant un public d’initiés. J’appréhendais beaucoup la diffusion du film à Villeurbanne où ce type de films n’est pas le genre de la maison généralement… Et ça n’a pas raté. Généralement le public rit beaucoup car il est habitué et prend du recul. Là, à Villeurbanne, il n’y a pas eu beaucoup de rires et des gens ont quitté la salle, ce que je peux concevoir aisément… Je ne te décrirai pas la genèse du film, mais je t’avouerai qu’un des objectifs de ce film était aussi de ne pas laisser le spectateur indifférent… Mais certainement pas en faisant un "étalage de violence". Tu sais, mon père qui ne savait pas quel genre de films j’avais réalisé est venu à la projection est à fait la même remarque que toi à ma mère !!! Donc je peux comprendre ce sentiment de révolte (voir qlqpart de déception) mais très franchement "je n’y fais pas attention". A partir du moment où je ne fais rien de légalement ou moralement répréhensible, j’estime que j’ai le droit de faire ce que je veux et de réaliser les films que je veux. Tu as le choix de les regarder ou de quitter la salle. Je suis très heureux d’avoir fait ce film. Je te rassure je ne me drogue pas, je me sens tout à fait normal, équilibré et j’ai une petit fille de deux ans. Si jamais tu lis cette réponse avant demain (mardi 18 novembre), contacte moi par mail, une équipe de TV fait un reportage sur le réalisateur de ce film (moi en l’occurence) et l’envers de ce film, je refais une interview avec eux très prochainement, si tu es à Villeurbanne, ça serait cool éventuellement d’accepter de te joindre à nous et d’exposer pourquoi tu n’aimes pas ce film, et d’apporter ton point de vue, pour avoir une sorte de débat sur le film. Quoiqu’il en soit, il faut de tout pour faire un monde et c’est bien je pense que des courts métrages qui ne suivent pas la norme voient le jour également… Mon mail :rodolphe.bonnet(at)gerbilles-productions.fr

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