Vu dans la Bataille de Solférino et plus récemment dans Le Sens de la Fête de Toledano et Nakache, Vincent Macaigne passe désormais derrière la caméra. Après un court et un téléfilm pour Arte, le voici aux commandes de Pour le Réconfort qu’il a lui-même écrit, l’histoire d’un frère et d’une soeur qui reviennent dans leur campagne natale.

Nous l’avons rencontré.

 

Pauline et Pascal – deux prénoms qui éveillent les papilles littéraires – sont frère et sœur, l’une vit à New-York, l’autre en Amérique du Sud. Leur maison familiale française devrait bientôt être mise aux enchères. Un geste qui sera regretté, pour sûr, alors c’est maintenant ou jamais : « retournons-y » implore une Pauline enjouée, au ton de ces jeunes actrices de la Nouvelle Vague, craquante avec cet air faussement naïf, tout en étant parfaitement lucide sur la vie et ses déboires. L’ennui de jeunes bourgeois qui parlent beaucoup – et vivent assez peu ? Ces deux enfants ont grandi, de retour chez eux, ils sont accueillis par leurs anciens amis. Eux, sont restés ici, ont approfondi rancœurs et colère à leur égard. Eux, pour vivre, ils travaillent, et ont toujours travaillé, ils n’ont rien eu, tout mérité. Radicale opposition, deux mondes qui se confrontent. A cet ensemble, un air d’Eric Rohmer. Pour les décors, le côté, filmons la campagne, et puis pour le montage, pour les plans sur les visages et surtout pour les conversations qui prennent le temps de vivre, d’exister, de tout dire, même ce qui peut irriter, faire mal. Vous aimez la Nouvelle Vague, Vincent Macaigne ? « J’aime bien. Il y a de la liberté chez Eustache, Godard. Mais je n’arrive pas à dire que c’est la Nouvelle Vague. Parce que pour moi, ils ne font pas la même chose. C’est un moment du cinéma qui a vécu une poussée de liberté. » Cette question uniquement pour savoir si il aimait bien Eric Rohmer, si présent dans Pour le réconfort : « Une sorte d’Eric Rohmer cocaïné, ou très, très énervé alors ! Je comprends. Il y a l’idée de faire des films d’action avec de la parole. Et dans mon film, les choses arrivent, par la parole. Rohmer a une croyance en la parole, c‘est vrai. Le cinéma peut parfois être dédaigneux de ça. Et je crois qu’en ce moment les gens ont besoin d’écouter. »

Et puis, ces certains plans semblant être placés pour être « photographiés » et finir sur Instagram, Tumblr, il existe un petit côté « hype » qui donne au tout l’idée qu’ici réside la voix d’un représentant d’une génération fatiguée par l’héritage des aînés, ou bien par le fait d’avoir à tant travailler, à moins que ce ne soit de vivre comme-ci, ou bien comme eux ? Impossible de prendre parti : pour Pauline et Pascal ou bien leurs amis fâchés ? De quel côté se trouve l’injustice ? Perdre le spectateur dans ses idées, ses pensées, le pari – réussi – de Vincent Macaigne : « Diviser le public en lui-même était mon objectif. Le mettre au milieu de quelque chose. Le faire réfléchir à mesure du film, rendre sa pensée active. En faire un film actif, presque un film d’action. Je voulais qu’on soit avec les personnages dans cette colère, cette agitation, cette survie. » Ce qu’il veut, c’est créer le débat : « Un film qui pose des questions, qui crée du dialogue entre les gens. » Après avoir vu certaines projections, partout en France, il se rend compte que les gens restent discuter entre eux, pour en parler, en débattre : il adore.

Pour le réconfort, un film anticapitaliste, antibourgeois ? Non. « Cela ne me plaît pas parce que je ne suis ni l’un, ni l’autre, c’est une sorte de résumé rapide. Je n’aime pas quand les gens font une sorte d’échelle de valeur de la souffrance. Je n’ai pas de jugement sur quoi que ce soit. On en est là aujourd’hui en France : on n’arrive pas à savoir ce qui est juste. Mon film c’est plutôt un regard qui essaie de traduire une pensée. Et je n’ai aucune leçon à donner. Si j’en avais, je ne ferais pas des films mais de la politique. C’est un film qui est fait pour débattre et se réunir. De la même manière que l’on peut se réunir par le rire, le bon sentiment, on peut se réunir par l’idée du débat, du conflit qui nous met en action. »

L’œuvre d’une troupe, d’acteurs qui ont quelque chose à dire. « C’est important pour moi, en tant que public, de voir des gens qui prennent la parole, qui y croient. » Un film tourné en deux semaines, à peine : « le maximum de techniciens qu’il y avait sur le tournage : deux. C’est possible de le faire. De parler aux gens avec une seule caméra. » – et c’est réconfortant de l’apprendre, en tant que spectateur. Vincent Macaigne est très attaché à ses comédiens, venus et repartis quand ils le voulaient sur le tournage, c’était pour lui « vraiment important d’enregistrer leurs visages, de les garder et de retranscrire quelque chose de leur énergie, de leur intelligence. »

Ce réalisateur est passionnant, touchant, de ceux que l’on veut qualifier de sensible, touché par la mélancolie, qu’il aurait réussi à dompter, canaliser, pour en faire quelque chose de beau : « Je travaille comme une forme de fuite en avant parce que je n’ai pas envie de me laisser prendre par un vide, j’essaye d’inventer des choses pour réinventer mon énergie. J’ai des moments où je tourne en rond, quand je fais un film ou une pièce c’est pour ne pas me laisser éteindre par quelque chose qui peut-être lancinant. Je cherche à créer du mouvement et pour moi, et pour les autres. » Souvent, l’étiquette « artiste engagé » lui est attribuée. L’artiste se doit-il de l’être, engagé ? « Je ne pense pas, mais c’est un engagement de prendre la parole. Faire rire, c’est sublime. L’art, c’est quelque chose d’intime. Pour prendre la parole, il faut croire que notre parole puisse s’immiscer dans la vie des autres et qu’ils puissent eux en faire quelque chose. Le plus beau c’est quand l’œuvre crée du débat. C’est beau de ne pas être d’accord. »

Pour le réconfort, c’est un peu la représentation du spleen nouvelle génération, avec toute la paradoxale énergie qui nous empare à la sortie de séance. C’est une expérience à vivre sur grand écran, car s’y joue un effet organique, c’est dans notre corps que s’installe ensuite une force vive, positive, « qui donne envie d’en découdre », espère Vincent Macaigne. Pari réussi, à nouveau.

Pour le Réconfort, de Vincent Macaigne – Sortie le 25 octobre 2017
Merci à Monica Donati pour l’interview.

Ajoutez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués * sont obligatoires.