Le très joli film de Laïla Marrakchi Rock the Casbah sort ce mercredi dans les salles.

A l’issu de la projection à laquelle j’ai eu la chance d’assister, la réalisatrice est venue passer un petit quart d’heure avec le public présent pour répondre à quelques questions. On évoque donc ensemble l’écriture et la préparation du film mais on parle aussi des tabous évoqués et des acteurs comme Omar Sharif ou Morjana Alaoui.

La critique de Rock the Casbah est à découvrir, elle, ici.

 

D’où vient l’histoire de Rock the Casbah ?
L’idée est née d’un décès dans ma famille, de mon oncle en fait. On s’est réunis chez ma tante pendant trois jours avec plein de cousines et je me suis dit que ce serait intéressant de faire un film autour de l’enterrement. Le concept existe beaucoup en Europe, comme dans “Ceux qui m’aiment prendront le train”, mais n’avait jamais été fait au Maghreb. A partir de là, j’ai construit l’histoire et les personnages.
J’ai une famille compliquée, il y a beaucoup d’inspiration, mais la majorité des évènements sont inventés.

Comment s’est passée la rencontre avec Omar Sharif ?
C’est un acteur particulier. Il a lu le scénario, il l’a aimé. On a diné ensemble, j’ai défendu mon scénario. Et il est venu parce que je crois que l’aventure lui plaisait.

Et le reste du casting ?
J’ai écrit en pensant à quelques actrices dont Nadine Labaki et Morjana Alaoui qui joue Sofia. Il fallait que la famille soit cohérente et il fallait convaincre les actrices. Je suis allé à Beyrouth rencontrer Nadine, j’ai longuement parlé avec Hiam Abbass au départ pas convaincue.
Il y a aussi Assia Bentria, qui joue la mamie et qui n’est pas comédienne. Il a fallu la gérer parce qu’elle intervenait dans chacune des scènes même quand ce n’était pas son rôle, c’était assez drôle. Elle est incroyable.

Et le tournage ?
32 jours à Tanger. Quand on découvre la maison, on n’a plus envie de repartir. Elle appartenait à un peinture chilien, Claudio Bravo, qui est décédé et qui a légué la maison à la famille de son gardien.
On a choisi Tanger d’abord à cause de la maison, assez unique. C’est une sorte de paradis qui m’a convaincu. Et puis Tanger est une ville chargée, toute la beat generation y est passé, plein de grands écrivains. Il y a une vraie mélancolie là-bas, où le passé est très présent. Tout ça allait bien avec l’histoire.
Et puis je suis très attaché à Tanger où j’ai tourné mon premier court métrage.

Il y a pas mal de tabous dans les familles musulmanes, comme boire de l’alcool, évoquer le sexe, qui sont montrés dans le film. C’était important pour vous ?
Dans le film, ça chaque parce qu’on est en famille dans un moment particulier. Il y a des personnages religieuses. C’est donc un peu compliqué de boire. Ce sont des choses qu’on ne montre pas forcément mais qui existent. Ca se fait dans la transgression, mais c’est la réalité.

Il y a beaucoup d’humour dans le film…
On a toujours besoin du rire pour désamorcer le drame. L’idée, c’est de toucher tout le monde. Ca a beau se passer dans une culture en particulier, dans un monde spécial. On est tous un jour confrontés à ça, c’est un sujet universel.

C’est un regard très féminin sur un évènement. Est-ce qu’il y a une forme d’engagement que vous voulez mettre en avant ?
Il y a forcément un engagement. Ce n’est pas politique mais c’est fait pour évoquer la liberté des femmes. Elles étaient très verrouillées par le père et là la parole se libère, les non-dits éclatent, elles s’expriment. Au Maroc, il y a aussi de vrais problèmes d’héritage avec une règle d’un tiers pour les femmes, deux tiers pour les hommes. Quand j’ai présenté le film au Maroc, les femmes étaient touchées qu’on leur donne la parole parce que leur position est dure à trouver. Toutes ces problématiques sont abordées dans le film, de manière un peu légère mais quand même…Au final, ma forme d’engagement, c’est ma liberté de ton.
Il y a par exemple le personnage de Nadine Labaki qui pense que sa liberté passe par des transformations physiques et la chirurgie mais au final on voit sa fragilité, son désarroi. Elle n’a pas réussi ni son couple ni sa vie. Elles se remettent toutes en question au décès du père et je voulais les montrer, désoeuvrées, fragiles mais qui s’expriment.

Pourquoi ce titre ?
La référence à la chanson des Clash évidemment, et puis c’était mon titre de travail. Le film n’est pas rock mais l’esprit y est. Les Clash avaient écrit cette chanson à l’époque de Khomeini parce qu’il avait interdit le rock…
Et c’est un peu une métaphore du Printemps Arabe.

Pourquoi avoir choisi de faire intervenir le personnage d’Omar Sharif, pourtant mort, tout au long du film ?
J’en avais envie. Je l’ai donc écrit dès le départ. J’aimais l’idée qu’il assiste à son enterrement. Le film a un coté très poétique avec ça. On m’avait mis en garde, ça pouvait ne pas fonctionner mais ça donne une dimension particulière au film. A la fin il s’adresse au spectateur, dit au revoir et c’est très émouvant de voir Omar Sharif le faire.

Il y a beaucoup de scènes entre le petit garçon et Omar Sharif
C’est ce que je préfère et il devait y en avoir d’avantage. Je trouve génial qu’un enfant arrive des USA, ne connait pas la culture marocaine, et pourtant la transmission entre le grand père et lui est assez belle. C’est le seul qui arrive le voir, il y a vrai notion de transmission transgénérationnelle.

Est ce que vous pouvez nous parler de Morjana Alaoui, que j’ai découvert dans Marock ?
J’ai pensé à elle en écrivant le rôle de Sofia. Quand j’ai écrit Marock, j’ai fais un gros casting là bas et à Paris et je n’ai pas trouvé. Je suis donc allé la chercher elle, parce qu’on se connaissait. Depuis, elle a grandi, elle a fait d’autres films dont un film d’horreur. Elle est partie aux USA tenter sa chance comme son personnage. Et puis au final je trouvais que ça lui allait bien.

Merci aux différents intervenants pour leurs questions

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