Arrivée en avance, elle nous attendait dans le salon d’un petit hôtel annécien planqué entre une rue commerçante et le cinéma Pathé. Et elle se souvenait de cette courte interview tournée l’année d’avant où nous avions d’avantage évoqué Candy que son premier long métrage. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Et le film est reparti avec Le Valois de Diamant à Angoulême.

Nous avons rencontré Eléa Gobbé-Mevellec, coréalisatrice des Hirondelles de Kaboul avec Zabou Breitman.

 

Comment est né le projet d’adapter le roman de Yasmina Khadra ?
Au départ, c’est Julien Monestiez, producteur chez Mysteo, qui voulait porter le roman à l’écran. Il a travaillé avec Sébastien Tavel et Patricia Mortagne qui ont écrit le scénario. Puis il s’est tourné vers Les Armateurs pour le faire en animation, ce qui lui semblait approprié. Eux-même ont fait appel à Zabou pour la réalisation et ils ont cherché quelqu’un pour collaborer avec elle, quelqu’un qui connait l’animation et qui peut être complémentaire de son expérience de mise en scène “live”. Didier Brunner m’a proposé de suggérer des idées, Zabou a aimé mon travail et m’a embauchée – d’abord pour un pilote puis comme coréalisatrice du long métrage.

Avec Zabou Breitman comment s’est articulé la collaboration ? Vous à l’animation et elle au scénario, avec son expérience du live ?
Dans la mesure où on avait en tête la même vision du film, les mêmes envies et les mêmes idées à défendre, c’était facile de se répartir les tâches. Ce qui s’est fait en fonction de nos expériences. Par exemple, la direction d’acteur était plus son domaine et le graphisme plus du mien. C’était assez de fou qu’on était sur la même longueur d’onde sur plein de choses, le son par exemple.
La dramaturgie était plus de son fait. Elle a réécrit le scénario à partir du script de Patricia et Sébastien en y mettant nos intentions à toutes les deux. J’étais complètement d’accord avec ce qu’elle voulait réécrire.

J’ai été vachement surpris par l’absence de contours dans les décors. Comment vous avez travaillé l’univers graphique ?
Le graphisme est venu comme ça. Je me suis mise à dessiner comment je voyais l’histoire. Je voulais voir si ça allait m’inspirer ou pas et cette étape passe par le dessin. Il fallait que je vois si l’histoire avait graphiquement un sens pour moi, ce qui s’est passé. J’ai regardé des images de Kaboul pour voir ce que m’évoquait la ville en plus de l’histoire. Mon bagage, comme avoir travaillé sur Ernest & Célestine, m’a aidé.
Le blanc correspond à la lumière de Kaboul, il permet de jouer sur la mise en scène puisque les volumes se dessinent avec peu de choses. L’aquarelle est vivante, ce qui est fort dans un sujet qui parle de vie et de mort.
On a enlevé les cernés sur les décors pour que ça puisse circuler. On voulait ne pas tout dessiner, juste ce qui était essentiel à la narration.

Comment ça se passe, un premier long métrage ?
J’avais envie de me jeter à l’eau. Ce qui est génial avec un premier film, c’est qu’on ne sait pas à quoi s’attendre. C’est une expérience précieuse. J’ai tout vécu intensément parce que je savais que ça ne se reproduirait. J’ai envie d’un deuxième film et je sais que je ne retrouverai plus certaines sensations. J’irai donc chercher autre chose.
C’est aussi quelque chose de difficile puisqu’on découvre, on n’est pas formé à ça. La contradiction, faire un film et diriger une équipe alors que c’est la première fois est lourde. Est-on légitime ?

C’est difficile de traiter d’un sujet si réaliste ?
C’est une approche personnelle mais je me sens plus à l’aise avec quelque chose de réel. Je préfère ça que de reconstituer des univers de fiction, je préfère dessiner des choses que je vois.

Les personnages ressemblent à leurs doubleurs. Pourquoi ces choix ?
C’est une volonté de Zabou. Ca faisait partie de ses premières intentions. Les acteurs ont interprétés les personnages, ils n’ont pas seulement apporté leurs voix. On a fait un tournage “live” où Zabou les dirigeaient et où on a capté les voix. Ce n’était bien entendu pas aussi précis que pour un film live mais on a tourné en cadre large et en cadre serré pour que ça serve de repère pour les animateurs (et même si les cadres ont évolué ensuite). Ils ont donc joué en situation dans des lieux balisés et dans des costumes prévus. Les femmes ont joué en burka, ce qui a donné un jeu complètement différent et une texture sonore avec le son du tissus. Une forme de réel s’est glissé là-dedans et a beaucoup servi aux animateurs.
C’était donc important que les personnages ressemblent aux acteurs pour que ça colle au mieux. Zabou m’a convaincue, parce que c’est un processus rare en animation. Ca a apporté une vraie richesse et ça a permis une cohérence de jeu, éloignée de ce qu’auraient fait des animateurs successifs.

Vous avez vu Parvana, le film de Nora Twomey, qui traite aussi des femmes en Afghanistan ?
Je ne l’ai pas vu, volontairement. Je ne voulais pas être influencée mais j’ai hâte de le voir.
Il y a tellement de films qui se font sur le même sujet et qui le racontent de manière différente. Nous-même on adapte un roman et on pourrait s’interroger sur l’intérêt de raconter à nouveau cette histoire. Pourquoi on la fait ? Précisément pour la raconter à travers un média différent, de la transmettre, de continuer à la faire vivre.

Le film sort en salles. Des projets se dessinent ?
Oui. Il reste à faire le tri parmi plein d’envies et d’idées. C’est trop tôt pour en parler.

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