De passage dans la capitale, le cultissime directeur des effets spéciaux de 2001, l’odyssée de l’espace, de Rencontres du troisième type et réalisateur de Silent Running ses livré sur ses travaux après une projection au Grand Action du documentaire de Pierre Filmon Close Encounters with Vilmos Zsigmond.

Le documentaire, sorti sur les écrans le 16 novembre dernier, est d’ailleurs toujours visible sur une poignée d’écrans.

Les premiers mots de Douglas Trumbull furent évidemment pour célèbre le directeur de la photographie hongrois qui marqua de son style une décennie du cinéma américain avec qui il ne collabora qu’une seule fois. Ce fut pour sur le film de Steven Spielberg de 1977, Rencontres du troisième type : “Il était un vrai gentleman. C’était une personne douce, discrète et créative. Jamais énervé, jamais en colère. C’étaient une joie et un honneur d’avoir travaillé avec lui sur ce film. Mon travail était surtout d’aider à obtenir la vision de Steven et de garder le style de photographie de Vilmos. Il en parle bien dans le documentaire du problème inhérent d’avoir suffisamment de lumière pour le tournage de la dernière scène lorsque les OVNI débarquent. Elle fut filmée à l’intérieur d’un gigantesque hangar d’avion. C’était un des plus gros plateau que j’ai jamais vu dans ma vie.”

Douglas Trumbull partagea également ses secrets de fabrication sur les effets spéciaux très réussis du long-métrage de science-fiction, notamment à la création de nouveaux systèmes de prise de vue semblables à la Dykstraflex imaginée par les équipes d’ILM à la même époque pour Star Wars : “Les effets spéciaux étaient prévus en amont sur les storyboards et ont été tourné sur pellicule en 65mm, alors que le reste du film l’était sur du 35mm. Nous avons développé pour ce film l’un des premiers systèmes de mouvements de caméra contrôlés par ordinateur. Nous pouvions enregistrer les mouvements effectués par la caméra et les répéter à l’infini.”

Son travail en tant que responsable des effets spéciaux allait de pair avec celui de Steven Spielberg et de Vilmos Zsigmond : “Dans un sens, notre travail avec la caméra 65mm était au service de la vision de Vilmos, car pour ces plans à effets spéciaux, nous l’assistions uniquement comme de simples opérateurs sous ses ordres. Un des aspects de ma relation avec Vilmos qui m’a le plus marqué était un sentiment de confiance totale entre moi, lui et Steven. Nous partagions la même vision sur tous les plans. Vilmos devait partager notre vision, car si un OVNI traversait le plateau ou devait atterrir, cela devait fonctionner à l’image. Les acteurs étaient alors éclairés d’une certaine manière en prévoyant par avance que ce que nous rajouterions dans le ciel collerait parfaitement à la lumière préparée sur le tournage par Vilmos.”

Malgré son unique collaboration avec le directeur de la photographie, Douglas Trumbull se souvient encore très bien de Vilmos Zsigmond sur le tournage du film :
“Il y a une anecdote dont je me souviens de la nature joyeuse de Vilmos qui s’est exprimée quand nous avons tourné à la Devil’s Tower dans le Wyoming. Toutes les équipes étaient là, la mienne aussi et il commençait à faire très sombre. C’était le dernier jour de tournage dans le Wyoming et le soleil se couchant, Vilmos se rend compte qu’il n’a plus besoin d’un filtre qu’il y avait sur la caméra qui assombrissait l’image. Il le retira, mesura la lumière et exulta : « Oh oui, c’est si lumineux ! Je pourrais tourner encore pendant une heure ! »”

Douglas Trumbll est ensuite revenu sur sa sa carrière, notamment lorsqu’il renonça à la proposition de George Lucas de faire les effets spéciaux du premier Star Wars : “Après 2001 j’ai commencé à écrire et réaliser mes propres films, ce qui a été une vraie joie pour moi. J’ai adoré réaliser Silent Running, car avec son petit budget, il avait l’air d’un film indépendant et on avait beaucoup de liberté. Peu après sa sortie, George Lucas est venu me voir pour savoir si je voulais faire les effets spéciaux de Star Wars. Je lui ai répondu : « Tu sais George, je réalise des films maintenant. Je n’ai plus vraiment envie de refaire des effets spéciaux pour d’autres réalisateurs car j’en suis un moi-même. » À ce moment là, je développait plusieurs films pour différents studios. J’en avais un chez la 20h Century Fox, la MGM, la Warner Bros. J’étais très occupé et je savais que je le serai encore un moment. J’ai proposé à George de prendre avec lui les techniciens qui avaient travaillé avec moi sur Silent Running, John Dykstra et même mon propre père. Il a suivit mon conseil, engagé mon équipe et fondé Industrial Light & Magic pour faire Star Wars au même moment où j’avais beaucoup de problèmes dans l’industrie cinématographique.”

Mais aussi sur le tournant qui le fit revenir irrémédiablement vers les effets spéciaux et qui l’aura finalement conduit à travailler pour Steven Spielberg sur son Rencontre du troisième type : “Un de mes projets était avec Arthur Jacobs qui avait produit La Planète des singes et nous allions faire un gros film de science-fiction futuriste sous-marin qui adaptait le livre Journey of the Oceanauts. Jacobs mourut d’une crise cardiaque et le film s’est arrêté. J’avais un autre film titré Pyramid, pour la MGM, qui était un gros film apocalyptique sur la fin du monde avec une machine à voyager dans le temps. Mais la MGM fut achetée par Kirk Kerkorian qui a fermé le studio et alla à Las Vegas construire un casino. Pour la Warner Bros, The Ride était un film à propos de la réalité virtuelle et les progrès technologiques dans les réalités virtuelles, pensé comme une expérience que l’on pourrait avoir dans un parc d’attraction. Toute la direction du studios fut virée et remplacée par d’autres cadres et le projet fut abandonné. Et Steven Spielberg m’a proposé de faire les effets spéciaux de Rencontres du troisième type et j’ai dis « oui ! »”

En commentant cette fameuse séquence du film où des vaisseaux s’approchent de trop près de la maison de Melinda Dillon et de son petit garçon, Douglas Trumbull sur l’un des secrets de fabrication des effets spéciaux : “L’idée de Steven Spielberg était que les OVNI se cachent dans les nuages. J’ai trouvé que c’était une bonne idée et nous avons construit des aquariums expérimentaux de 2m sur 2m avec 1m de profondeur. Scott Squires, l’un de nos jeunes techniciens eu l’idée brillante que de remplir la moitié avec de l’eau salée très froide et le reste avec de l’eau chaude et douce, cela créerait une réaction particulière avec la densité de l’eau. Si nous mettions de la peinture d’une certaine densité, à mi-chemin entre celles des deux, elle s’épandrait entre les deux couches. En tant qu’artiste je voulais moi-même peindre ces nuages, mais j’allais devoir le faire en trois dimensions. Éventuellement, ces nuages seraient faits avec du lait plongé dans l’eau qui est l’effet parfait pour les créer. Grâce à un bras articulé, j’avais en main l’outil qui contrôlait la quantité de lait à déverser tout en vérifiant derrière la caméra qui allait filmer l’effet spécial à 72 images par seconde.”

Trumbull aborda rapidement Blade Runner, car le film de Ridley Scott de 1982 est en fait lié de près avec le celui de Steven Spielberg de 1977 : “Beaucoup des choses que nous avons développé sur le vaisseau mère, les OVNI ou des effets d’éclairage ou de fumée sur Rencontres du troisième type ont été réutilisées sur Blade Runner. Imaginez une seconde que les spinners (les voitures de police) de Blade Runner sont identiques aux OVNI, le dirigeable volant au-dessus de Los Angeles est quasi identique au vaisseau mère. Cela nous a permit d’économiser beaucoup d’argent sur Blade Runner.”

 

Remerciements à Stéphane Ribola.

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