Rencontre avec Don Rosa

Il a dessiné La Jeunesse de Picsou entre 1992 et 1994 et est devenu célèbre suite à ce monument de la bande dessinée moderne, succédant ainsi à Carl Barks. C’est donc en toute logique que Don Rosa était l’un des invités majeurs de l’édition 2017 du Comic Con Paris.

Il était venu présenter en compagnie du réalisateur Morgann Gicquel et des producteurs Sam Rappold et Laura Gidrol les premières images d’un documentaire consacré au canard le plus riche de tout Canardville et intitulé Le Mystère Picsou dont la diffusion est prévue début 2018. Nous étions dans la salle.

“Quand j’étais petit, les comics de Carl Barks sur Picsou, Donald… étaient ce qui se vendaient le mieux aux USA. Maintenant on vend des dizaines de milliers de copies des comics quand on en vendait plusieurs millions il y a quarante ans.” C’est en parlant de Carl Barks, qui sera le fil rouge de cette rencontre, que Don Rosa a présenté son intérêt pour le célèbre canard lors du Comic Con Paris. Le monsieur est d’une modestie incroyable. Il a commencé presque par hasard, quand la petite maison d’édition d’un de ses amis a obtenu l’autorisation de faire du Disney, parce que personne n’en voulait à la fin des années 80. Et “depuis que j’étais enfant, je savais que je devais écrire une histoire de Picsou. Ils ont publié “Le Fils du Soleil” et je suis retourné à ma société de construction.” Il a ensuite reçu un Eisner Award, ce qui ne l’a pas empêché de continuer à faire son job, jusqu’à ce qu’il soit temps pour une seconde histoire. Pour ensuite enchainer au Danemark, où se trouvait la plus grande maison d’édition d’Europe éditant du Picsou. Encore humblement, se considérant comme un amateur, il imaginait alors faire une histoire tous les mois, quelque chose “à laquelle personne ne prêterait attention.” Il ajoute en souriant : “et maintenant, ils font de tout ça un documentaire. Pendant ce temps, aux USA, mes histoires ne sont plus publiées et personne ne sait plus qui je suis. Qand je vais à une convention là bas, je signe à une personne toutes les quinze minutes et beaucoup croient que je suis la voix de Donald.” Paris, il fallait faire la queue plusieurs heures pour une simple signature.

Don Rosa a expliqué que, finalement, ce qui le reliait à Picsou c’était son humanité car le milliardaire n’était pas vraiment un canard. “Ma sœur ainée collectionnait les comics. Je ne savais même pas que les histoires qu’elle lisait était celles de canards, je pensais que c’était des humains. Certains personnages avaient des nez noirs et je les prenais aussi pour des humains. Je les traitais donc comme de vrais êtres dans un vrai monde avec de vrais émotions. Je leur ai créé des histoires comme dans les films que je voyais, moi qui était d’abord cinéphile.” Il précise qu’il lisait des BDs pendant les années 50 et que c’est pour ça que ses histoires se déroulent à cette période-là, ce qu’il cachait à son éditeur qui n’aurait pas voulu que La Jeunesse de Picsou se déroule à cette période.

Quelle est l’histoire préférée du dessinateur ? Difficile de choisir, surtout que quand il arrivait au bout de l’une d’elle il se sentait épuisé. Répondant à la question d’un fan, il précise que ses favorites sont celles avec Goldie O’Gilt (Glittering Goldie en version originale). “Je ne suis pas vraiment sûr mais je crois que ma préférée parmi toute est la dernière que j’ai faite, La Prisonnière de la vallée de l’Agonie blanche. Quand j’ai fini cette histoire, et parce que le système d’édition chez Disney était frustrant, j’ai arrêté. Mais j’ai arrêté par l’histoire que j’aimais le plus. Je savais que c’était le bon moment.” Il complète sa réponse en évoquant les éditions Glénat “qui se préoccupent de leur contenu et de leurs auteurs et qui ont publié la seconde meilleure édition de mes histoires, la seconde parce qu’elle est en Français.” Néanmoins, Rosa explique qu’il aurait aimé que cette histoire paraisse tout à la fin des parutions alors que Glénat l’a calée dans le second volume.

Sans langue de bois, il a évoqué ensuite le soulagement procuré par la fin d’une histoire mais aussi ce moment où les ennuis commencent quand les éditeurs font n’importe quoi. Et de citer Picsou Magazine qui modifie les dialogues, les emplacements de certaines onomatopées. “Je suis obsédé par mes recherches, la précision de mon travail et les éditeurs travaillant pour Disney s’en foutent, ils veulent juste refourguer ça aux gamins. Ca me brise le coeur. Je ne suis finalement soulagé que quand je vois mon travail publié comme je le souhaitais. En France, à travers ce que Glénat a fait.”

Pour finir, votre serviteur a demandé à Don Rosa ce qu’il pensait de la Bande à Picsou et en particulier de la nouvelle version dont la diffusion a commencé en 2017 aux USA et arrivera en France en janvier prochain. Les créateurs de ce reboot s’inspirant beaucoup de son travail et de celui de Carl Barks, qu’en pense-t-il ? “Duck Tales. Dans les conventions, j’avais un grand panneau disant “non, ce n’est pas La Bande à Picsou” parce que c’est tout ce que le public américain connait. Je pense que la série originale est le meilleur dessin animé des années 90. Les gens pensent que je détestais la série mais ce n’est pas vrai. Je me contentais de faire des bande dessinées avec les même personnages. Quand la nouvelle série a commencé, j’ai su que j’allais devoir me fabriquer un plus grand panneau. Apprenant que les créateurs étaient fans de Carl Barks et voulaient reprendre ses idées, je me suis assuré de voir les quatre ou cinq premiers épisodes, non seulement parce que je savais que vous me poseriez la question mais aussi parce que je voulais l’aimer. Mais je suis passé à coté de la vibe parce que ça n’a rien mais alors rien à voir avec les bandes dessinées de Carl Barks. J’ai essayé d’y retrouver des choses. Le chapeau de Picsou ? Non, ils n’ont pas repris le bon modèle. Les personnalités sont différentes, les motivations ne sont pas les mêmes. Picsou est un personnage complètement différent. Je crois que les seules personnes qui croient que la série est fidèle aux comics sont les fans du premier Duck Tales qui n’aiment pas cette version. Je ne dis pas que c’est mauvais, c’est même probablement divertissant mais ça n’a aucun lien avec le travail de Carl Barks.” Se référant une nouvelle fois à Carl Barks, Don Rosa oublie que lui aussi a réalisé un chef d’oeuvre de la bande dessinée qui n’a pas fini d’en inspirer d’autres.



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