Après avoir vu le sympathique Sherlock Holmes de Guy Ritchie, nous étions convié avec quelques blogueurs du Club300 Allociné à rencontrer le “bad guy” du film, Mark Strong.
Pendant une grosse demi-heure, dans une ambiance conviviale et détendue, nous lui avons posé des questions autour du film, du tournage et de son rôle. Mais nous avons également évoqué d’autres grosses productions dans lequel il sera à l’affiche : John Carter of Mars, le premier long métrage live d’Andrew Stanton et Robin Hood de Ridley Scott.
Je lui ai également demandé, comme certaines rumeurs le mentionnait, s’il serait Olrik dans La Marque Jaune d’Alex de la Iglesia.
Nous n’avons malheureusement pas pu parler avec lui de Green Lantern (il est pressenti pour jouer Sinestro) car au moment de l’enregistrement, l’info n’était pas encore connue.
Voici cette rencontre…


Votre interprétation de Lord Blackwood me rappelle un peu Dracula et les films de la Hammer. Où êtes-vous allé chercher l’inspiration pour le personnage ?
Bien vu, je pense aussi qu’il rappelle Dracula. Lord Blackwood doit avoir une présence, de la force et des pouvoirs comme Dracula pour que les gens le suivant dans l’occulte. Il doit être également un adversaire à la hauteur de Sherlock Holmes, le méchant doit être égal au méchant. Et puis le look, le costume, la coupe de cheveux donnent un air mauvais.

C’est votre 3e collaboration avec Guy Ritchie. Que pouvez-vous nous en dire ?
Nous sommes devenus amis. Ce 3e film s’est juste décidé sur un coup de fil. J’ai reçu son appel que j’étais dans le sud de la France, je lui ai demandé quel serait mon rôle. Il m’a répondu : “je t’envoie le script, tu verras”. Je l’ai lu sur un petit portable pendant mes vacances, mais je savais déjà que ce serait une grande histoire dans laquelle j’allais être impliqué.

Quelle a été votre première impression à la lecture du script ?
Ma première impression était que ca allait être une formidable aventure. A l’école, j’ai lu Le Chien des Baskerville et je connaissais les différentes incarnations de Sherlock Holmes à la télévision et au cinéma. Je pensais au départ que ca allait être un Sherlock Holmes à l’ancienne jusqu’à me rendre compte qu’il y avait une volonté d’en faire une version plus moderne avec plus d’action. J’ai trouvé ça très excitant.

Vous êtes dans trois films prévus en 2010 dans lesquels vous incarnez un méchant. Pas tenté de jouer autre chose ? Quelque chose de plus léger ?
Je fais ça depuis 10-15 ans. J’ai fais presque dix ans de théâtre aussi et huit ans de télé. Ces rôles de méchant sont un développement très récent de ma carrière. Ca a commencé en 2004 quand j’ai joué un gangster pour la télévision anglaise, une sorte de Mesrine… Vous vous rappelez le personnage incarné par Vincent Cassel ? J’ai joué une version anglaise si on peut dire.
Body of Lies [Mensonges d’Etat dans lequel il joue Hani Salaam] aussi m’a ouvert des portes, j’ai eu de nombreuses propositions pour jouer d’autres méchants. Mais vous savez, je joue depuis tellement longtemps… C’est assez passager, d’autant que ma carrière n’est pas finie. Il m’a fallu 25 ans pour en arriver là.
Mais dans tout ça, ce n’est pas un choix de ma part d’incarner ses personnages. Moi, tout ce que je veux, c’est travailler sur de bons scripts, avec de bons réalisateurs, pour de bons rôles. Tous ces rôles arrivent à cause de ce que j’ai fais en 2004. Ca risque de changer mais en même temps je ne veux pas refuser ces grands rôles et laisser passer ma chance.
Un autre grand rôle que je vais bientôt avoir est dans John Carter of Mars d’Andrew Stanton. J’y serai une sorte de maitre de l’univers. Je n’allais pas refuser ce rôle sous prétexte d’avoir envie de faire autre chose.
Je pense à ce grand acteur, Denis Menochet. Il est dans Robin Hood et il incarne aussi le fermier français au début d’Inglourious Basterds. Nous sommes devenus amis et il m’a dit : “Mark, tu devrais jouer un instituteur, être gentil avec des enfants”. Il a raison, ça pourrait être amusant de faire quelque chose d’autre.
Je ferai surement autre chose d’ailleurs, mais j’aime beaucoup ce que je fais maintenant : jouer un mauvais lord anglais dans Sherlock Holmes, un parrain de la mafia dans Kick Ass ou encore quelqu’un qui passe son temps sur des chevaux dans Robin des Bois. C’est très intéressant parce qu’on peut tout changer d’un personnage à l’autre. On travaille sur le costume, la voix, la perruque. On peut moins tout changer avec les gentils qui sont des personnages qui se ressemblent assez. Des acteurs comme Harrison Ford ou George Clooney ne peuvent pas trop tant varier les personnages de gentils finalement.
Jouer tous ces méchants me permet finalement tout ça.

Moi je vous verrai bien dans un James Bond, un méchant, par exemple dans une nouvelle version de Docteur No. Si on vous proposait ce genre de rôle, vous accepteriez ?
Je suis ami avec Daniel Craig depuis longtemps, il est le parrain de mon fils. On a fait une série télé ensemble, il y a longtemps.
Le méchant dans James Bond est un personnage déjà défini. Je suis conscient que certains rôles sont identiques mais j’aime ce que je fais, donc je ne vais pas m’en priver.
Je pourrai faire une comédie romatique mais est-ce que je saurai jouer là-dedans ?
Kevin McDonald, qui a réalisé Le Dernier Roi d’Ecosse et State of Play, m’a donné un rôle de gentil, j’ai joué un noble dans Eagle of the Ninth [film pas encore sorti].

Vous avez tourné avec de nombreux réalisateurs anglais. Avez-vous des propositions de réalisateurs d’autres pays ?
Mathieu Kassovitz m’a offert un rôle dans Babylon AD, un film un peu fou, après m’avoir vu dans Syriana. Quand vous êtes dans un période un peu creuse, tout ce que vous pouvez faire, c’est tourner avec les meilleurs.
John Carter of Mars sera un film américain. C’est donc peut-être le début de ma carrière aux USA.
Après Body of Lies, j’ai eu des propositions pour tourner dans des petits films turques ou isréaliens, des personnages forts, mais je n’étais malheureusement pas disponible.
Les réalisateurs anglais me connaissent depuis longtemps donc c’est plus facile avec eux. J’ai par exemple travaillé avec Danny Boyle sur Sunshine après avoir joué au théatre avec lui en 1999. Il lui a fallu 7-8 ans pour me rappeler mais il ne m’a pas oublié.

Vous avez travaillé avec Robert Downey Jr et Jude Law. Comment s’est passé votre première rencontre et le tournage avec eux ?
J’ai d’abord rencontré Robert dans la maison dans laquelle il vivait à Londres avec Guy Ritchie. On s’est mis à une grande table, on a parlé de nos scènes. Il était amical, professionnel, accueillant. Je pourrai en dire beaucoup. J’ai su après qu’il pouvait être plus coquin ou malicieux mais il ne l’a pas été avec moi. On a donc travaillé sur nos scènes, Robert avec des choses à dire, ce qui faisait beaucoup rire Guy qui ne voyait pas où il voulait en venir. Leur relation a donc pris immédiatement.
Jude est un gentleman. Un très bon ami à moi a fait une pièce avec Jude dans les années 90. C’est quelqu’un de très accessible, qui prend soin de son travail.
J’ai aussi assisté à la première rencontre entre Jude et Robert. En fait, on les a mis ensemble, tout le monde a ensuite reculé pour voir ce qui allait se passer… Puis il y a eu cette grande alchimie entre eux deux.

A propos de Robin des Bois, pouvez-vous nous parler de votre travail avec Ridley Scott ? Et avez-vous regardé les précédentes incarnations de votre personnage ? Peut-être la version de Basile Rathbone ?
Robin Hood, comme Sherlock Holmes, est presque une marque. J’ai grandi avec la version de Robin des Bois par Errol Flynn. Je me souviens aussi de la version de Mel Brooks, Sacré Robin des Bois. C’était marrant à l’époque mais je l’ai revu récemment et je l’ai trouvé vraiment stupide. Il y a une série télé aussi en ce moment en Angleterre où le personnage de Guy est incarné par Richard Armitage, sans parler de la version de Kevin Reynolds avec Kevin Costner.
Ce que Ridley Scott fait avec Robin des Bois n’est pas très éloigné du travail de Guy Ritchie sur Sherlock Holmes. Le matériel d’origine est vraiment très particulier, bien que Robin des Bois soit surtout basé sur des mythes et des légendes. Le film sera l’histoire d’un homme, son parcours. Il y a bien Marianne, un shérif, Petit Jean mais ce sera très différent. Mon personnage a d’ailleurs pas mal changé depuis que le projet est lancé.

J’ai lu quelque part sur Internet que vous pourriez tourner avec Alex de la Iglesia. Ca vous dit quelque chose ?
Non… De quoi parlez-vous ?

De la Marque Jaune
Je n’en ai pas entendu parler. Vous l’avais peut-être appris avant moi !

Que pouvez-vous nous dire sur John Carter of Mars ? C’est le premier film live de Pixar ?
En fait, c’est un film d’Andrew Stanton, le mec de Pixar qui a réalisé Wall.E. Mais c’est un film Disney, produit par Disney. Ce sera un film live, mélangeant véritables acteurs, images 3D et motion capture. Le tournage devrait commencer la semaine prochaine [au moment de l’interview. Entre temps, le tournage a commencé]. On va surtout tourner à Londres puis en Utah jusqu’à mi-juin. Il y aura ensuite 1 an et demi de post-production.
C’est l’histoire d’un soldat américain de la guerre civile qui finira sur Mars pour y vivre une aventure épique.

Le premier rôle sera confié à Taylor Kitsch qui est plutot pas mal…
Oui. Dans le genre, j’ai travaillé avec Channing Tatum sur Eagle of the Ninth… On dit souvent que les premiers rôles sont choisis pour qu’on en tombe amoureux… Mais il doit être très bon acteur si Andrew l’a choisi.

Dans Sherlock Holmes, vous me faites beaucoup penser à Andy Garcia. Comment avez-vous travaillé sur le personnage avec Guy Ritchie ?
Blackwood doit être un méchant spectaculaire sans basculer dans les clichés de méchants avec de gros rires. Il fallait trouver un moyen de montrer que c’est quelqu’un de très puissant et qui a un passif. Il a commis des meurtres avant le début du film. Pour sa présence, j’ai pioché dans mon expérience au théâtre.

Est-ce que vous vous êtes senti comme étant Lord Blackwood une fois que vous aviez le costume ?
Guy a surtout pensé que je ressemblais à Dracula plutot qu’à Andy Garcia. Mais dans Rock n’Rolla les gens pensaient déjà que je ressemblais à Andy Garcia. On m’a aussi comparé à Stanley Tucci [Kevin Moretti dans la dernière saison d’Urgences, entre autres].
Mais je crois que la ressemblance est finalement une marque des gens qui débutent. On se souvient de vous parce que vous ressemblez à… Dans vingt ans, les gens parleront de quelqu’un d’autre comme ressemblant à Mark Strong. Et puis mon père est italien aussi, ça explique peut-être des choses aussi.

Comment travaillez-vous ? Etes-vous méthodique ? Travaillez-vous beaucoup avec le réalisateur ?
Je ne suis pas méthodique au point de passer chaque minute de la journée sur le plateau. Comme je viens du théâtre, je sais comment travailler pour sortir du personnage quand il le faut. Mais chacun a son propre système.
J’essaye effectivement d’être dans différentes peaux pour mes rôles. J’aime être des personnages différents, changer mon apparence, ma voix… Jouer quelqu’un de très différent de moi, c’est génial. C’est aussi pour ça que je m’éclate à jouer les méchants, parce que je pense que dans la vie, je suis plutôt gentil et charmant.
J’aime disparaitre dans les personnages, j’aime les costumes, porter des perruques qui me font sentir complétement différents. Ça vient surement, là aussi, du théâtre. Les accessoires sont donc très importants.

On a beaucoup entendu parler de problèmes de tournage, d’accidents, de différentes choses. Est-ce que vous pensez que ce qu’on a entendu, c’était finalement des histoires de journalistes ? Comment le vivez-vous ?
Vous savez, dans les vidéos de tournage qu’on voit parfois en ligne, tout le monde y parait content et joyeux. J’aimerai bien y voir un jour quelqu’un dire : “le réalisateur est un cauchemar, j’aurai aimé ne pas faire ci ou ça”. Mais la vérité, ce que je n’ai jamais eu de problèmes sur le tournage. Les acteurs sont des gens décents. On sait pourquoi on est là. Je n’ai jamais vécu de cauchemars.
C’était cool, Guy est un ami, j’ai confiance en lui. Quand il dit quelque chose, ça vaut le coût de l’écouter. Derrière la caméra, c’est aussi mon ami. Il me regarde dans les yeux et me dit que ça ne va pas. Il faut que le réalisateur soit comme ça, qu’on ait confiance. Guy est quelqu’un de direct, d’honnête et avec qui on peut négocier. Je pense que ca s’est bien passé, qu’on est arrivé à se mettre d’accord. Mais ce tournage a été très professionel et collaboratif.

Qu’avez-vous penser du fait que ce soit Guy Ritchie qui tourne Sherlock Holmes ? C’est plutôt quelqu’un de moderne alors que Holmes est très 19e siècle. Moi j’ai trouvé que ces habitudes de réalisateurs, ces mouvements de caméra allaient bien dans l’univers de Sherlock Holmes.
Guy vient d’un univers très visuel. Il faisait des clips très vite pour peu d’argent. Je n’étais pas inquiet car c’était une bonne idée de prendre un univers très ancien et de le mélanger à un autre univers très moderne, celui de Guy Ritchie. Et puis il ne faut pas oublier que le film est inspiré d’un comic book de Lionel Wigram, qui est également producteur. Wigram l’a imaginé beaucoup plus dynamique, plus “Batman & Robin”. Cette idée a ensuite été montrée à Warner Bros et à Joel Silver qui avait travaillé avec Guy sur Rock n’ Rolla. Selon Joel, Guy était approprié pour réaliser ce projet. Il avait cette technique visuelle très moderne et qui collait bien à l’idée et l’univers.

Quelle est votre scène favorite du film ? Etes-vous fier de Guy Ritchie ?
Oh mon dieu oui, je pense qu’il a fait un boulot formidable. Quand on voit qu’il vient du clip et qu’il a fait ça… Et puis il a reçu à bien gérer les quelques pressions du studio. Il fallait gérer tout ça, il l’a bien fait.
Mes scènes préférées ? J’aime beaucoup celle où Watson introduit Sherlock à Mary. On voit un peu là du coté sombre de Sherlock, il ne doit pas dire la vérité, il se retient même s’il n’aime pas voir partir son ami avec quelqu’un d’autre. Et puis malgré la fin de la scène, il finit très digne.
J’aime aussi la scène importante dans la cellule de la prison. On se rend compte que Blackwood est un vrai méchant et qu’il veut vraiment vaincre Holmes. J’aime l’idée qu’il veut rendre Holmes fou. J’aime aussi les dialogues de cette scène, on se rend compte du danger, ca fonctionne bien.
Au départ, le personnage devait juste être assis dans la cellule et attendre la visite de Holmes, même si ça alait prendre des jours. Et puis j’ai imaginé que mon personnage pourrait lire quelque chose. Alors j’ai lu la Bible, et un passage à propos de la Bête. Je suis très fier de cette scène.

Un grand merci à Warner Bros et au Club300 pour nous avoir permis cette rencontre.
Première publication le 16 janvier 2010.

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