Le cinéma « horror italiano » a connu sa grande période du début des années 60 à la fin des années 80, notamment grâce aux œuvres fondatrices de Mario Bava et de Dario Argento, pour ne citer qu’eux.
Outre les catastrophiques derniers films d’Argento et quelques « essais » intéressants, parmi lesquels figurent notamment « Occhi di cristallo » d’Eros Puglielli (2004) et « Shadow » de Federico Zampaglione (2009), le cinéma de genre a quasiment disparu de l’industrie cinématographique italienne polluée par des comédies populaires formatées.

C’est donc avec une grande curiosité que nous avons assisté aux projections de « Paura 3D » et « The butterfly room », présentés dans le cadre du NIFFF (Neuchâtel International Fantastic Film Festival). Ces deux nouvelles (co)productions italiennes précédent « Tulpa » dont les premiers retours critiques sont extrêmement positifs. Le nouveau film de Frederico Zampaglione sera présenté en première mondiale au Frightfest de Londres.

Le cinéma de genre italien est-il en train de renaître de ses cendres ? Pour évoquer ce sujet, une double critique de films accompagnée des interviews vidéo de ses réalisateurs et réalisées en collaboration avec le Daily Movies

Paura 3D
Réalisé par Antonio et Marco Manetti
Après avoir « emprunté » une voiture de luxe, trois jeunes amis issus de la banlieue romaine se retrouve en possession des clés de la luxueuse propriété du marquis Lanzi, partis à l’étranger pour une exposition de voiture d’époque. Les trois amis décident d’investir les lieux afin de passer un weekend de rêve. Mais ce qu’ils vont découvrir dans les sous-sols de la maison va sérieusement compromettre leur plan…

Présenté au NIFFF dans la catégorie Ultra Movies, la nouvelle réalisation des deux frères romains, Antonio et Marco Manetti, est sortie le 15 juin sur les écrans italiens, seulement trois mois après « L’arrivo di Wang », leur film précédent de science-fiction à petit budget. « Paura 3D » a bénéficié d’une large distribution pour un film « di genere » (plus de 220 copies). Il a obtenu de bons résultats au box-office italien et surtout des critiques positives.

Le quatrième long-métrage des Manetti Bros débute par un magnifique générique en animation qui résume la genèse du film (l’enlèvement d’une petite fille par un « ogre ») et l’inscrit dans une atmosphère de fable horrifique. À partir d’une trame des plus classiques, les deux frères livrent un hommage aux films d’horreur italiens des années 70-80 et plus particulièrement au cinéma de Dario Argento au travers de nombreuses références.

La première partie de « Paura 3D » est une sorte de chronique sociale présentant le quotidien monotone et sans perspective de trois jeunes banlieusards romains à la recherche d’un avenir plus brillant. Dès l’entrée des trois personnages dans la luxueuse propriété du marquis, le film va peu à peu perdre son côté « réel ». En effet, la demeure de Lanzi est un vrai paradis pour adolescent (guitares, jeux vidéo) qui semble peu compatible avec le personnage du marquis. La découverte d’une jeune femme séquestrée dans les sous-sols de la maison va faire véritablement basculer « Paura 3D » dans les codes standards des productions horrifiques. Les Manetti Bros vont néanmoins réussir à instaurer et à maintenir une atmosphère malsaine tout au long de la seconde partie de leur long-métrage. Le personnage de la jeune femme séquestrée, interprété par Francesca Cuttica, fait immédiatement penser au fait divers impliquant Natasha Kampusch, l’autrichienne enlevée à l’âge de dix ans et séquestrée pendant plus de huit ans dans une cave.

« Paura 3D » contient finalement très peu de scènes gores, l’horreur est principalement suggérée par les situations. Les deux réalisateurs italiens jouent beaucoup sur l’anticipation du spectateur, à l’instar d’une scène de rasage particulièrement dérangeante.

En interprétant un marquis timide à l’aspect faussement inoffensif, Peppe Servillo, frère de Tony (« Il divo »), se distingue aisément des trois autres jeunes acteurs dont la justesse du jeu laisse parfois à désirer.

Malgré ses défauts (situations rocambolesques, jeux d’acteurs approximatifs), « Paura 3D » est un divertissement honnête qui rempli pleinement son cahier des charges.


Rencontre avec Marco Manetti

 

 

The Butterfly Room
Réalisé par Jonathan Zarantonello
Julie, une enfant solitaire, suis des cours de soutien auprès d’Ann, sa veille voisine de palier. Dès leur rencontre, une « connexion » immédiate se crée entre Julie et Ann, similaire à un lien entre une mère et sa fille. La passion obsessionnelle d’Ann pour les papillons, qu’elle garde dans une pièce secrète de son appartement, la rend très étrange et intrigue considérablement Julie. Cette dernière commence à être réellement effrayée par sa vieille voisine dont le comportement devient de plus en plus agressif à son égard. Lorsque Julie découvre qu’Ann a déjà entretenu une relation similaire avec une autre jeune fille, disparue depuis, elle cherche de l’aide auprès de son entourage, mais personne ne la prend au sérieux…

« The butterfly room » a été présenté dans le cadre de la Compétition Internationale du NIFFF d’où il est reparti avec le « Prix de la Jeunesse Denis-de-Rougemont ». Le film de Zarantonello est une version longue de son cours « Alice 4 to 5 pm ». Ce long métrage a été développé pendant plus de 10 ans et le réalisateur italien a dû partir aux Etats-Unis afin de trouver les financements nécessaires.

« The butterfly room » aborde une construction narrative complexe, sorte de puzzle, où le récit « principal » est constamment mélangé à des flashbacks permettant de mettre en parallèle la relation entre Ann et Julie à celle (précédente) entre Ann et Alice, une petite fille manipulatrice très proche de celle de « Malveillance », dernier film en date de Jaume Balaguero. Ces nombreux flashbacks permettent également de développer la relation entre Ann et sa propre fille, qui est génératrice de son obsession de materner. Cette psychose est intelligemment représentée par la collection de papillons d’Ann, symbole d’une pureté et d’une beauté éternelle.

Le film de Zarantonello marque surtout le grand retour de Barbara Steele, plus de 50 ans après ses débuts dans la magnifique œuvre de Mario Bava « Le masque du démon ». Cette icône du cinéma de genre interprète avec brio une vieille bourgeoise aigrie, victime et bourreau à la fois. Au travers de ce personnage atypique (une grand-mère tueuse), le réalisateur italien aborde avec originalité la thématique de la maternité, la relation spéciale entre une mère et son enfant et du « deuil » de cette relation lors du passage à l’adolescence. Cette « étape » est magnifiquement illustrée au travers d’une scène de traumatisme inhérente à un giallo. Vendu comme un mélange de thriller et de giallo, « The butterfly room » est avant tout un film d’horreur féministe comme le défini lui-même Zarantonello. Si la structure du récit et l’atmosphère du film s’inspirent de ceux d’un giallo traditionnel, l’horreur est beaucoup plus psychologique que graphique. En effet, le film contient finalement très peu de scènes sanglantes malgré plusieurs meurtres. Tout au long de son long métrage, le réalisateur italien réussi à maintenir une tension constante jusqu’à un final prévisible, dont il est malheureusement assez facile de deviner le dénouement dès les premières minutes.

Le personnage interprété par Barabara Steele est principalement entouré de femmes qui partagent son incapacité à être une bonne mère. Le cast, très eighties, est composé notamment par Heather Langenkamp (« Freddy – Chapitre 1 : Les Griffes de la Nuit ») qui joue avec justesse la fille d’Ann. Il est également enrichi par la présence Ray Wise (« La féline », « Robocop ») et un caméo de Joe Dante (« Gremlins »).

Avec « The butterfly room », Jonathan Zarantonello livre un thriller psychologique efficace et élégant à l’image de son actrice principale Barbara Steele.

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