Article initialement diffusé le 21 décembre 2012 et réactualisé pour la sortie du Hobbit La Désolation de Smaug dans les salles.

Où voir le film en HFR ? En 2012, nous avions publié une liste des salles concernées. Il existe également une carte interactive mise en place par Tolkiendrim.

Gaumont Pathé annonce que le film sera visible en 48 fps “dans les salles équipées” confirmant Aquaboulevard, Marignan, Parnasse et Capucines. MK2 et UGC n’ont pas communiqué.
En banlieue, le cinéma de Palaiseau est également concerné. Si votre cinéma passe le film en HFR, n’hésitez pas à vous à manifester !

Dès la publication de la liste des salles allant proposer le Hobbit de Peter Jackson en HFR, on a senti un intérêt du public pour cette nouvelle technologie.

Contrairement à la 3D qui existe depuis des décennies, c’est une innovation qui est désormais proposé et qu’il fallait tester par soi-même. Véritable révolution pour certains, peu appréciée par d’autres qui disent être sortis du film à cause de son rendu.
J’ai donc voulu aller plus loin sur le sujet, en termes de technique mais aussi d’avenir. Comment fonctionne le HFR ? Verra-t-on plus de salles en France dans les mois à venir ? Est ce que le public est au rendez-vous ?

Pour répondre à ces questions et à bien d’autres, j’ai interrogé l’indispensable Alain Robert, responsable d’exploitation du Gaumont Wilson à Toulouse – travaillant au coeur-même de ce changement.

Peut-on commencer par un rappel historique de l’évolution du cinéma ?
Pendant longtemps, on a cherché à améliorer l’image « photo » (le grain de la pellicule, le nombre de perforations de la pellicule, la taille du négatif, la qualité des lentilles…) puis « numérique » (nombre de pixels, taille de l’image originale, taille et format du capteur,…), le tout délivrant la définition et la résolution de l’image.
Ce n’est qu’avec l’apparition du Schowscan (70mm, 60i/s, Douglas Trumbull, 1982) que presque 1 siècle après l’invention du cinéma, on modifie la vitesse de défilement afin d’améliorer la netteté et la luminosité de l’image (sans parler du passage quasi anecdotique du 16i/s au 24i/s à une époque -1927- où l’on finissait de considérer le cinéma comme un aimable divertissement de foire en même temps que l’on fêtait l’arrivée du son !!). Cela afin d’accroître de façon spectaculaire le sentiment de réalité et de profondeur !

Est ce que tu peux rappeler brièvement en quoi consiste le HFR et donner ton ressenti personnel quand tu as découvert les premières images ? Gadget ou véritable révolution ?
Le HFR participe à cette envie d’améliorer la qualité de l’image diffusée. Le principe est de permettre la projection de 48 i/s au lieu des 24 i/s que tout le monde connait pour le 35mm, vitesse de « défilement » qui a été conservée pour le numérique car comme le faisait dire Jean-Luc Godard à son Petit Soldat en 1963, «La photographie c’est la vérité. Et le cinéma c’est vingt-quatre fois la vérité par seconde».
Personnellement, comme à chaque fois que l’on m’a promis une nouvelle perception des images, je me suis ‘nettoyé’ l’esprit afin de redécouvrir un imaginaire.
Et ça a marché. Je suis complètement fan de ce système qui va autoriser d’ici peu l’apparition de documentaires haut de gamme et photo-réalistes et de films où les détails n’auront jamais été aussi fins…
Attention cependant, car ce format ne laisse pas de place à l’amateurisme au niveau des décors et du maquillage ! La définition des détails est telle en 1er plan que le moindre écart au niveau de la qualité est non seulement perceptible, mais carrément visible ! Pour Le Hobbit, Peter Jackson en tant que précurseur, s’en tire très bien.

Techniquement, ça marche comment ?
En 2 D « classique », le projecteur envoie 24 images par secondes.
En High Frame Rate 3 D, le media block intégré qui se trouve dans la tête du projecteur reçoit du serveur 96 images par seconde (48 par œil). Cette cadence de défilement des images n’est pas suffisante pour assurer une projection en relief de qualité : l’image scintille. Cet effet de scintillement s’explique par le fait que les temps noirs – ou dark times – entre chaque image projetée sont encore trop longs. L’oeil les perçoit : à l’écran, l’image « clignote » très rapidement ce qui est désagréable.
Pour pallier à ce phénomène, le projecteur va “double flasher” les images. Cela signifie qu’il va répéter deux fois chaque image reçue. La cadence passe alors de 96 images par seconde (2 X 48) à 192 images par seconde (2 X 96). A cette cadence on double le nombre de temps noirs projetés entre chaque image mais en contrepartie, ceux-ci durent beaucoup moins longtemps (rappelons que, dans le cas des projections en relief à 24 images par seconde, il faut projeter chaque image deux ou trois fois pour éviter les effets de scintillement).
Toutes les infos via MANICE

On imagine que les exploitants ont vu des images du Hobbit avant tout le monde, peut-être même des démos en amont. Quel a été le ressenti dans la profession ?
Pour ceux avec qui j’ai pu en parler dès l’issue des tests des projecteurs équipés en HFR (essentiellement des techniciens), la réponse est quasi-unanime : La qualité est là…Et je ne parle que technique.
C’est bien une révolution, on n’avait rien vu de tel auparavant, le HFR est meilleur que l’IMAXnum…En tout cas, le ressenti technique est meilleur. Après, c’est une histoire d’acceptation, et certains spectateurs continuent à préférer l’Imax en ce sens qu’il est plus «cinématographique ». C’est pareil pour les exploitants, c’est une histoire d’acceptation.

Au sein d’une chaine comme Gaumont/Pathé, qui décide d’équiper telle ou telle salle en HFR ? L’exploitant ? La direction ?
C’est compliqué…La décision d’investissement provient toujours de la Direction Générale, ce qui est tout à fait logique et normal vu la lourdeur des dépenses engagées…Les Directions locales ne font que mettre en place tout ce qui se décide au niveau supérieur.
Cependant, la Direction Générale, par le biais de ses Directeurs Techniques, de l’Innovation ou encore de l’Exploitation peuvent être amenés à réfléchir à certaines propositions des Directions Locales et à prendre des mesures différentes de celles prévues à l’origine.

Qu’est ce qui explique qu’il n’y ait que 50 salles en France qui utilisent ce procédé ? Est-ce la frilosité des exploitants ou du distributeur qui n’a sorti que 50 copies ?
Au moins pour les 8 ans à venir, seuls 8 films sont potentiellement connus pour être ou devoir être produits en HFR à l’heure actuelle : The Hobbit (2 et 3), X-Men: Days of Future Past (rumeurs), Avatar (2 et 3), Battle Angel, Animal Farm et un film de Sci-Fi de Douglas Trumbell lui-même en HyperCinéma (120i/s). C’est pour l’instant trop peu pour que plus de salles s’équipent car, ce n’est un secret pour personne, toute nouvelle technologie se paie très cher…

Techniquement, ai-je raison si je dis que diffuser un film en HFR ne demande pas d’investissement à part une mise à jour logicielle ? Du coup, rien ne justifie l’augmentation des tickets ?
Beaucoup trop d’informations contradictoires ont circulé ces derniers temps sur le net…Je ne peux malheureusement pas en dire beaucoup plus pour des raisons de confidentialité. Cependant, toute innovation se paie. Et que des concurrents fassent payer un supplément pour cette technologie démontre seulement les limites engendrées par ce que j’appellerai la « course à l’armement ».
Dans un circuit comme GaumontPathé, au sein duquel l’investissement technologique est permanent, une bonne partie des projecteurs des salles les plus prestigieuses sont déjà des séries 2, les plus à mêmes de suivre l’évolution rapide des technologies. Il y était forcément plus facile d’installer le HFR, d’autant plus que certains projecteurs sont des 4K. Mais ces mises à jour ont un coût que certains exploitants peuvent éventuellement répercuter sur le prix des places. Je ne peux pas juger. Et n’oublions surtout pas que ces technologies (4K ou HFR) ne concernent pour le moment que très peu de films !
Et que les projecteurs de Série1 non upgradable (ni en HFR, ni en 4K) sont majoritaires en France.

Est ce qu’en terme d’entrée, ça marche ? Ça attire les curieux ?
C’est un peu tôt pour le dire, car Le Hobbit fonctionne très bien sur tous les formats proposés en 1ère semaine d’exploitation. Cependant, on sent bien un frémissement, un intérêt chez les plus assidus de nos spectateurs, les plus au courant.
Dans tous les cas, comme ce sont les salles les plus grandes (les plus prestigieuses ?) des multiplexes qui sont équipées en HFR, il est normal qu’en terme d’entrées, ce soit les versions HFR qui fonctionnent le mieux. D’autant plus que les exploitants (dont moi) recommandent cette version qui est celle voulue par le réalisateur.
Personnellement, le fait d’imaginer ne voir que 24 i/s alors qu’il en a été tourné le double suffit à me faire préférer la version « haut de gamme » !

Tu expliquais sur les commentaires du site que la 3D était renforcée et que la notion de scintillement disparaissait en HFR. Est-ce que tu peux revenir là-dessus ?
Comme je l’ai indiqué plus haut, l’effet de scintillement dû aux temps noirs est estompé par le passage à 192 i/s ! Ces temps noirs, extrêmement brefs, sont également l’occasion de favoriser l’apparition de ghosts (images fantômes d’une image prévue pour un œil sur l’autre œil, entrainant un effet de floutage désagréable) qui disparaissent à grande vitesse. L’impression de netteté est donc améliorée et favorise la sensation de 3D en rendant l’image plus « réaliste ».

Donc il n’y a aucun risque la 3D “assombrisse l’image” comme on a pu l’entendre au moment de la ré-émergence de la 3D après Avatar ?
Rhaaaaa. La majorité des écrans aluminisés devrait disparaître dans quelques années. Ces écrans, sensés mieux diriger la lumière vers les lunettes passives de certains systèmes 3D, a pour caractéristique de « manger » la lumière envoyée par les projecteurs, assombrissant parfois de manière importante l’image projetée.
Il se trouve qu’avec l’avènement du HFR (qui diffuse plus d’images, donc plus de lumière), l’importance de ces écrans diminue. Comme dans le même temps, la CST demande la disparition pure et simple de ces écrans (installés en particulier pour pallier le manque de luminosité des systèmes RealD) qui assombrissent effectivement aussi les images 2D, tout devrait rapidement rentrer dans l’ordre.

Qu’est ce qui va aider la multiplication des salles HFR ? Faut-il attendre plus de films en 48 fps ou les chiffres du Hobbit devraient suffire à convaincre les sceptiques ?
Selon moi, il n’y aura pas beaucoup plus de salles équipées pendant quelques années…
Pour plusieurs raisons :
– Au même titre que le 70mm dans les années 70, le HFR est un “label” de prestige qui ne devra être réservé qu’aux salles les plus illustres.
– Si les décors extérieurs seront exacerbés par le HFR en délivrant un rendu incroyablement réaliste, toutes les fictions ne se prêteront pas au jeu de ce format de pointe. Mais ça peut ouvrir des perspectives au format documentaire.
– Le nombre de films HFR ne va pas exploser du jour au lendemain pour des raisons de couts de production.
– Enfin, pour la même raison que l’item précédent, peu de films français pourront utiliser un format qui en sera donc freiné dans son développement.
Conclusion, le nombre de salles équipées devrait augmenter de façon sensible à chaque sortie de nouveau film HFR, puis devrait être par la suite délivré de série au fur et à mesure de l’installation des nouveaux équipements. On en a donc encore pour quelques années, d’autant plus que d’autres matériels comme le 4K ou les extensions pour les sourds, les malentendants, les malvoyants ou les non-voyants devraient se généraliser plus rapidement.

Entre le 4K, la 3D, le HFR, l’Imax, on patauge parfois un peu entre les formats. Quel est celui qui risque de s’imposer comme la norme dans le futur ?
Le format Imax devrait rester la marque la plus prestigieuse, la plus rare et la plus exclusive. Elle ne se développera donc pas plus…Mais devrait évoluer en intégrant le HFR ET le 4K.
Le format 4K est par ailleurs celui qui possède l’avenir le plus naturel. Il va se développer normalement assez rapidement.

Quelque chose à ajouter que j’aurais oublié ?
Oui, à 46 ans passés dont plus de la moitié à hanter les cinémas, je suis toujours autant enthousiaste à la vue des améliorations apportées à l’image et au son proposés aux spectateurs.
Pourtant, j’ai fait partie de ceux qui sont restés dubitatifs à l’apparition de la projection numérique. Aux avantages perçus (coins carrés, stabilité ?…) répondaient des éléments inconcevables diminuant la qualité réelle (pixellisation, manque de profondeur, froideur de l’image,…) vis à vis du 35 mm. A fortiori si l’on parle du 70mm.
Mais les différentes avancées technologiques de ces derniers mois me laissaient penser que le numérique rattrapait peu à peu ce que j’aime dans la pellicule. Et là, le HFR …Une vraie claque !

Un immense merci à Alain pour ses réponses pointues et sa disponibilité dans une période très chargée.

6 commentaires

  • samy lundi 9 décembre 2013 4 h 01 min

    Le Pathé Quai d’Ivry ne diffuse pas the hobbit en HFR ? C’était pourtant le cas l’an dernier…

  • Alexander_R vendredi 21 décembre 2012 9 h 50 min

    Ouai enfin c’est bien joli tout ça, mais quand je lis “Imax et prestige” ds la même phrase, je rigole doucement, car j’ai rarement vu des images aussi déguelasse que dans l’Imax de Labège où les arrières plans de TDKR ou pire, les sous titres de The Hobbit présentaient un bel effet d’Aliasing. Surtout quand on nous fait payer 5€ de plus.
    Il est triste de voir que les cinés ont fait exploser le prix des places pour le passage au numérique pour soit disant absorber le coup du passage au numérique mais au final, le spectateur est perdant car 90% des projos sont des vulgaires 2K, donnant une image moins bonne qu’un bon vieux projo 35mm… ou que mon Plasma de 50″.

    Pour ce qui est du cas de Wilson, je pense que le HFR est un pur gadget de parc d’attraction (oui je fais parti de ceux qui n’aiment pas le rendu), le multiplex devrait plutôt se concentrer à remettre plus souvent des films en vost car ces derniers deviennent de plus en plus rare.

  • Alain Robert vendredi 21 décembre 2012 10 h 59 min

    @Alexandre :
    1)On aime ou on aime pas le rendu du HFR, mais parler de parcs d’attraction…;-) (Et as-tu remarqué que nous sommes passés au 7.1 ?)
    2) Concernant le Wilson, notre taux de VOST n’a pas bougé depuis…4 ans. Pour preuve, Le Hobbit bénéficie du même nombre de séances dans les 2 versions de langue. En outre, des films comme Jack Reacher seront exploités dans ces 2 versions…Enfin, des films comme Argo, Cogan, Anna Karenine (pour ne citer que les derniers sortis) n’ont été exploités qu’en version originale…Cependant, ne passer que de la version originale reviendrait à “élitiser” le cinéma, ce qui serait absolument contraire au fait que le cinéma soit un art “populaire”.CQFD
    3) L’IMAX n’est pas un format parfait, mais il possède les défauts de ses qualités. Et quand il possèdera des projecteurs série 2 upgradés (comme au Pathé Ivry), l’aliasing ne sera plus qu’un souvenir lointain ==> c’est l’une des raisons pour laquelle la VF est préférable, pour l’instant, sur ce format)
    4) Enfin, les cinés n’ont pas fait ‘EXPLOSER’ le prix des places, je met quiconque au défit de me prouver le contraire…Le prix moyen de la place de cinéma augmente bien moins vite que le plein tarif et à tout le moins, à peine plus que l’inflation sur ces 15 dernières années. En outre, comparer la salle de cinéma aujourd’hui avec celle d’il y a 15 ans reviendrait à comparer, toute proportion gardée, une Clio 1 à une Clio dernière génération, :-)

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  • Paul lundi 24 décembre 2012 11 h 28 min

    Pour les arrières-pans de TDKR, pour lesquels je mettais fait la même réflexion, la réponse est la simplicité même: les plans n’ont pas été tournés en Imax, donc ils ont remis le premier pan en Imax, mais pas nets. Il aurait fallu du HFR pour ça…

  • Marc lundi 9 décembre 2013 17 h 35 min

    @Samy : j’ai eu l’info contraire, pas de HFR Imax :/

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