Bonjour à vous chers amis de CloneWeb ! Alors oui, je sais, je vous entends râler d’ici avec des phrases du style : « Et voilààà, ils créent un rendez-vous sur CloneWeb et ils ne s’y tiennent pas ! moi j’ai pris goût aux interviews BD hebdomadaires et là y’en a pas ! Qu’est-ce que c’est cette chienlit ?! etc, etc. »

Pas de panique cher ami du neuvième art. Certes, il n’y a pas eu d’interview publiée ce week end mais c’était pour mieux mettre en valeur les deux formidables interviews précédentes ! Quoiqu’il en soit, nous nous rattrapons aujourd’hui avec l’ultime article consacré au festival d’Angoulême 2018 : une rencontre avec le sémillant professeur Bernstein.

En effet, après une série jeunesse (Imbattable) et une série d’action/aventure (Lastman), nous nous tournons aujourd’hui vers la bd indépendante et l’humour ! (oui, « éclectisme » est notre deuxième prénom). Certains d’entre vous ont sans doute déjà croisé le professeur Bernstein au hasard d’une balade sur Facebook, soit parce que vous êtes abonné à sa page soit parce qu’un de vos amis n’a pas pu s’empêcher de liker un de ses messages en forme de jeu de mots douteux, d’image photoshoppée foireuse ou d’humour absurde à base de raclette. Bref, de la production humoristique hautement qualitative.

L’actualité du professeur, c’est la sortie de KATALÖG (Éd. Rouquemoute), un détournement des notices de montage Ikea ; mais aussi celle de FLIC & FUN (Fluide Glacial), une bd sur un duo de flics de choc et prochainement celle de CONversations (Éd Rouquemoute), un recueil de ses discussions facebookiennes savoureuses avec des jeunes filles en quête d’amour (et plus) illustrées par l’immense Fabcaro, un autre de nos chouchous.

 

Pour les quelques français qui n’ont pas Internet, est ce que vous pouvez vous présenter : Qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? Comment expliquer que vous soyez là, à Angoulême, alors que jusqu’à présent, vous étiez connu pour être le sosie d’Harrison Ford jeune?

Les « quelques français qui n’ont pas internet » désormais, ça doit éventuellement être trois vieux en Auvergne et ce n’est pas mon cœur de cible donc on s’en fout, tant pis pour eux. D’où je viens, eh bien au départ, j’ai bossé sur facebook, principalement. A la base je suis guitarise pour le groupe « Jorge Bernstein & the Piou Piou Fuckers » et on s’est amusé à faire un clip un peu débile qui singeait Sabotage des Beastie Boys (Voir ici). On s’est bien marré à détourner l’univers d’une corporation. A partir de là, j’ai commencé à écrire des conneries toujours les jours sur les réseaux sociaux, jusqu’à ce que je me fasse repérer par John Harvey Marwanny, un capitaine d’industrie de l’édition, qui m’a proposé de faire un livre avec lui qui s’appelait Winner ensemble, c’est gagner together puis un autre, 99,9 Proverbes actualisés illustré par Yan Lindingre, qui par la suite est devenu rédac’ chef de Fluide Glacial. C’est comme cela que je suis arrivé dans ce milieu mais ce qui m’a fait, au départ, c’est facebook.

Quelle place la BD occupe-t-elle dans votre vie ?

J’en lis depuis que je suis tout petit parce que mon père possédait quelques Fluide et plein d’autres bd chez lui, enfin chez nous, du coup, puisque je vivais chez mes parents étant enfant.

Ah oui, c’est original.

Oui, en effet, on était des précurseurs. Donc j’ai lu beaucoup de Gotlib quand j’étais jeune, ado, c’était du Poisson Pilote, l’Association… C’est un domaine que j’apprécie en tant que lecteur même si je ne peux pas lire les 5000 sorties annuelles.

C’est la BD qui a forgé votre humour ?

C’est plutôt moi qui ai forgé l’humour de la bande-dessinée. Mon sens de l’humour vient sans doute de Goossens ou Gotlib mais une grande source d’inspiration pour moi c’est Message à Caractère Informatif que j’apprécie toujours autant, d’ailleurs. Tout ça mis ensemble, ça donne mes conneries sur Facebook.
Justement, comment se passent vos journées : est-ce que vous avez un planning avec des plages horaires précises ou bien vous traînez sur facebook toute la journée, en gérant 2-3 projets au passage ?
Contrairement aux apparences, je suis peu sur facebook. J’y traine environ une demi-heure par jour (du moins je crois), juste pour balancer des conneries, je n’y suis pas tant que ça. Je suis là pour produire mais je ne me « promène » pas sur le réseau, à part chez quelques copains. En termes de planning, c’est souvent le matin parce que j’ai besoin d’extérioriser des jeux de mots qui me sont venus pendant la nuit ou dans la presse du matin. Mais j’aime bien produire tous les jours au moins UNE connerie. J’aime bien ce média, j’ai fait énormément de rencontres, j’ai fait des concerts et des BDs grâce à ça, c’est un foisonnement de rencontres.

Votre prochain ouvrage est un recueil de « conversations avec des jeunes filles » issues de Facebook. C’est de l’improvisation pure ou c’est il y a une partie préparée (avec des thèmes à aborder, des phrases à caser, etc) ?

C’est totalement de l’impro, à partir de l’accroche des « jeunes filles » qui m’alpague. La plupart des gens se rendraient compte que ce sont de faux profils quand moi je m’amuse vraiment à les pousser jusqu’au bout, avec l’objectif de faire en sorte que la personne en face n’en puisse plus alors qu’au départ elle voulait m’extorquer de l’argent ou vivre avec moi sur une île déserte. C’est ce qui me plait vachement : je ne sais pas ce qui va se passer et on se répond n’importe quoi. Et c’est un engrenage de conneries…

Vous êtes à l’aise sur Facebook et vous le dites. Est-ce que d’autres réseaux sociaux vous tentent ?

Twitter est un peu court même si j’y suis un peu de temps en temps. J’y ai quelquess conversations mais ça me plaît moins. Ça m’a quand même permis de trouver d’autres « jeunes filles » qui m’ont proposé des millions d’euros.

Vous avez un pied chez Fluide Glacial et un pied dans l’édition indépendante. Est-ce que l’équilibre vous convient ou est-ce que vous visez plus grand ?
C’est un équilibre qui me convient vachement bien. J’ai la même façon de travailler avec les deux types d’édition. J’ai en face des gens motivés pour se marrer. Ce qui change, c’est que j’ai plus la main sur la façon dont ça va se faire coté indé et tu mets plus les mains « dans le cambouis ».

Votre actualité, c’est le livre « Katalög », un détournement des modes d’emploi Ikea. Est-ce que vous avez eu un retour de la société suédoise ?

Ce n’est pas encore arrivé jusqu’en Suède ! Mais à Saint Malo, quand on est allé présenter le bouquin pour Quai des Bulles j’ai croisé un graphiste de chez Ikea qui venait pour ne plus penser au travail et qui est tombé sur des plans de montage qu’il se tape tous les jours ! Mais il s’est marré et il a acheté la BD. Je n’ai pas eu d’autre retour, on attend le procès !

Les plans justement, ce sont des images officielles ? Vous avez travaillé comment ?

En fait, Ikea met en ligne ses plans de montage. J’en ai regardé des dizaines pour voir s’il y a des personnages dedans. Et puis il y a des meubles avec des positions bizarres. Je les récupère et je les ouvre avec Photoshop pour travailler. Il n’y a presque pas de travail graphique, si ce n’est la mise en scène.
Mais Katalög n’est pas complètement nouveau : j’avais fait deux fanzines sur le même principe chez Vide Cocagne. Le premier était Kupardsutët et le suivant Kitoüdoubl. Katalög les reprend, avec des histoires que j’ai faites pour Fluide Glacial et quelques nouveautés.

Combien de projets en cours avez-vous aujourd’hui, bd et autres? Est- ce 2018 sera votre année ?

J’ai une dizaine de projets en cours. Des choses chez Spirou, Rouquemoute, chez Fluide Glacial… 2018 est quasiment déjà fini pour moi. Je ne sais pas si ce sera mon année, sauf si tu t’arranges pour que les autres ne sortent rien, genre « excusez-nous, y a Bernstein qui sort un truc, est-ce que vous pourriez ne rien sortir cette année ou l’année prochaine, s’il vous plaît ? » C’est le rôle de la presse, je compte sur toi !

Eh bien voilà, c’est la fin de ces interviews angoumoisines 2018. J’espère qu’elles vous auront donné envie d’ouvrir un des albums présentés (vous ne le regretterez pas !).
J’en profite pour remercier tous les auteurs qui ont accepté de me rencontrer, les attachés de presse compréhensifs et mon rédacteur en chef qui est une crème de patron. À bientôt !

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