Vous aviez peut-être entendu parler d’Oktapodi autour de la cérémonie des Oscars. Ou alors vous avez lu cette actu.
Oktapodi est un court métrage génial, réalisé par de jeunes français de l’école des Gobelins. Thierry Marchand, l’un des réalisateurs travaillant maintenant pour Dreamworks, a bien voulu répondre à mes questions sur l’animation 3D, la conception d’un tel projet, ses influences, etc…

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Commençons par une question d’actualité puisque Oktapodi a été nominés aux Oscars et que c’est grâce à la médiatisation de cette nomination que beaucoup de gens ont découvert le film.
Est-ce que l’un de vous au moins est allé sur place ? Et qu’est ce que ça fait de passer du boulevard St Marcel à Paris à Hollywood ?

On a réussi à tous y assister!!! C’était une expérience hallucinante. On sentait clairement qu’on n’était pas à notre place, mais avec toutes les stars autour de nos et nos costumes qui nous rendaient tout raide on a réussi à faire bonne figure. Bien sûr que ce n’est pas le même boulevard, mais participer à cette cérémonie permet aussi de relativiser. Il y a bien sûr un envers du décor, mais c’était très agréable d’avoir une pluie de
paillettes autour de soi!!

Comment est né le projet. Comment avez-vous décidé de vous réunir et qui a eu l’idée de départ ?
L’idée des poulpes est d’abord venu d’Olivier Delabarre. En feuilletant un artbook de Peter de Sève designer de personnages pour Dreamworks, Pixar et Bluesky…notamment de l’Age de Glace), il est tombé sur un dessin de poulpe. Ça n’avait pas encore vraiment été fait en 3D. De plus c’était un challenge technique intéressant. Un drôle d’animal à huit pattes qui peut utiliser ces membres pour marcher, courir ou agripper, et surtout un type d’animation complètement nouveau; c’était la l’un des points principaux.
Nous savions que notre force était plutôt l’animation en comparaison du reste de la technique 3D. Les Gobelins sont d’abord et avant tout une école d’animation. L’ensemble des péripéties des deux personnages principaux a ainsi directement découlé de leurs capacités physiques. Restait a trouvé une situation qui leur corresponde.

Quand l’idée d’une histoire de course poursuite avec des poulpes a germé, est ce que celui qui l’a émis a été pris au sérieux ? Ou est ce que ça paraissait trop débile ?

Non l’idée d’une course poursuite nous est venu naturellement. C’était d’autant plus drole d’imaginer des poulpes en train d’essayer de cavaler.

Comment on bosse ensuite ? Quelles sont les différentes étapes de la création d’un cout comme celui-là et, surtout, quels moyens techniques et financiers aviez-vous ?
Le film a demandé 7 mois de travail depuis l’écriture jusqu’à la composition finale. En fait dès le premier mois nous avions pris du retard. Nous étions relativement novices dans la production d’un film de cette envergure; nous avions tous déjà fait des films personnels durant les années précédentes mais jamais avec autant de personnes et autant de temps.
Par dessus cela, un vrai désir de perfection nous habitait. Ce film de fin d’étude, nous l’attendions pour certains depuis trois ans et nous savions qu’il déterminerait notre capacité à trouver du travail à la sortie.
Ainsi, à chaque nouvelle étape de travail nous accusions un nouveau retard. Oktapodi (comme tout les autres film des Gobelins de l’année 2008) était originellement prévu pour être présenté sur le stand de l’école au festival d’Annecy 2007. Nous avons finalement fini le film avec plus d’un mois de retard (et beaucoup de nuits blanches!!) au grand damne de l’équipe pédagogique des Gobelins qui a longtemps eu des doutes sur notre capacité a le terminer dans les temps.

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Comment vous êtes-vous réparti le boulot ?
On était 6 réalisateurs sur le film. On a dû d’abord constituer l’équipe en fonction du type de film que l’on voulait mettre et surtout en fonction de nos affinités de travail.
Plus que l’appréciation personnelle, ce qui était vraiment important c’était la certitude que l’on pouvait travailler ensemble. On a eu l’occasion d’apprendre à se connaitre au cours des deux premières années de formation, et d’observer les faiblesses et les points forts des uns et des autres. C’est en pensant à la répartition du travail que nous avons constitué le groupe.
Ensuite la répartition des taches s’est faite naturellement. Olivier, Quentin et Thierry on principalement bossé sur le storyboard et l’animatique, Emud et Thierry sur l’editing, Olivier, Thierry et Julien sur le design des personnages, etc…

Et quelles sont les différentes étapes de la conception d’un court animé, aussi bien en production qu’avant et après ?
Dans l’ordre il y a l’écriture, le storyboard, l’animatique, le design des personnages et du décor pour la phase de préproduction. A cela peut s’ajouter la phase de R&D nécessaire à tout film 3D.
Puis on passe à la phase de production : la modélisation des personnages et des décors, le développement du rendu, les riggs (les systèmes pour animer les personnages), les textures des différents éléments…
Puis on passe à l’animation (et on est déjà super en retard sur le planning…), puis aux galères du lightning puis du rendu. Ensuite on fait mouliner les ordinateurs en les ventilant gentiment. On récupère toutes les images et on les envoie au compositing.
On peaufine on peaufine, on recommence le rendu de certaines images… Finalement on ajoute le son et la musique (qui dans notre cas avait été composée à l’avance à partir de l’animatique par Kenny Wood) et on rajoute les bruitages.

Vous avez bossé les bruitages vous-même ?

Oui avec l’aide d’un intervenant qui nous enregistrait et montait, on a pataugé, pressé des giraphes Sophie, recherché des ambiances sonores, fait déraper des voitures…

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Comment avez-vous rencontré le compositeur de la musique ? Comment ça s’est passé ?
Kenny avait déja travaillé avec l’un d’entre nous, Emud, par le passé. Il est américain et nous l’avons contacté par le biais d’Emud pour lui demander de travailler avec nous. Il a été très patient et très professionnel. Nous lui avons envoyé des musiques de référence que nous avions sélectionnées. Il nous a ensuite envoyé plusieurs versions qu’il avait calé sur le rythme de l’animatique.

On a tous vu des making of de productions animées, et on imagine que les Gobelins bossent surement de la même manière à petite échelle. Mais qu’est ce que le public lambda n’imagine pas ? Vous galérez ? Buvez des litres de bières ?
Pas une goutte d’alcool consommée pendant 7 mois! Je vous laisse imaginer la longueur de la fete qu’on a fait à la fin du film… une bière et au lit!
Sinon, bien sûr, on sait que ça prend beaucoup de temps et d’énergie. On était vraiment des loques humaines à la fin. L’un d’entre nous a même commencé à délirer éveillé pendant les derniers jours… mais bon comme il faisait le compositing final, on ne l’a interné que plus tard…

Parlons influences. Qu’est ce qui vous a donné envie de faire ce métier ?
Quels étaient les dessins animés que vous regardiez étant jeunes, du moins les plus marquants ? Et quels sont ceux que vous regardez encore maintenant ?

Lorsque nous nous sommes réunis au début de l’année pour commencer la réalisation de ce cours métrage de fin d’étude, la plupart des gens de l’équipe pensait que le film serait en 2D. En effet l’animation aux
Gobelins est une formation à l’animation 2D.
Ainsi, pendant les 2 années précédentes nous avions étudié l’animation dans sa forme traditionnelle avec du papier et un crayon. L’idée de la 3D a peu à peu émergée, avec l’influence de certains film des promotions précédentes qui nous avait particulièrement impressionné (Burning Safari ou Cocotte Minute).
Certains d’entre nous ayant déjà pratiqué cette discipline auparavant et l’envie pour les autres de
découvrir un nouveau medium a également contribué à ce choix, d’autant plus que les débouchés à la sortie semblait plus nombreux.
Ainsi, nos influences ont été surtout les studios américains tels que Pixar,Dreamworks ou Bluesky. Parmi les films qui ont eu le plus d’influence graphique sur le film je pense que l’ont peu citer L’Age de Glace, aussi bien
pour le design et le caractère original des personnages que pour le rendu clair et efficace.
D’un point de vue du découpage et du rythme effréné, je pense que les influences asiatiques du manga nous ont largement inspirées. Nous admirons tous la rigueur du découpage et l’efficacité du cadrage qui se rapproche le plus souvent du film de prise de vue réelle.

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En voyant Oktapodi, j’ai pensé aux Silly Symphonies de Disney. Ca en fait partie ?
Et non! Mauvaise pioche! En tout cas pas de façon consciente…

Quand on parle de dessin animé, on pense forcément à Walt Disney puis à John Lasseter ou Hayao Miyazaki. Mais on pense aussi à Bruce Timm qui a révolutionné la série animée jeunesse avec, entre autres, sa vision de Batman. Fait-il partie de vos influences ?
Pas directement en tout cas. Pour le dessin, c’est plutot Peter de Sèves, Craig Cullins, Benoit Springer, Ashley Wood

Et en matière de BD, vous lisez quoi en ce moment ?
Volunteer de Benoit Springer et Muriel Sevestre au scénario !!! Super dessinateur, j’adore son trait et l’évolution des trois tomes!

A quel dessin animé auriez vous rêver de collaborer ?
Paprika, Tekkon Kinkreet, Le Château dans le Ciel, Wall.E, Kung-Fu Panda…

Quels sont vos derniers coup de cour en matière d’animation ? Et au cinéma en général ?
Wall.E et Slumdog Millionaire

On dit souvent que les Gobelins mènent tout droit chez Pixar. Est-ce que c’est vrai ? Avez-vous eu des propositions de boulot à l’étranger ?
Pas vraiment Pixar, Gobelins a plus de relations avec Dreamworks c’est sûr. Ils viennent parfois faire leur marché chez nous. Et dernièrement, ils sont venus en récupérer 4 pour participer à la creation d’un studio en Inde à Bangalore. J’y suis d’ailleurs! Emud quant à lui travaille à Sony.

Et du coup, quels sont vos projets ?
Recommencer?

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