A Annecy, le lendemain de l’accueil qui lui a été réservé suite à la présentation des premières images d’Inside Out, Pete Docter nous a accordé avec quelques collègues rédacteurs le temps d’une interview.

A ce stade de la production, le film ne sortant que dans un an, nous avons choisi d’évoquer avec le réalisateur oscarisé pour Là-Haut les différentes émotions qui seront les personnages centraux de l’histoire. De fait, les questions sont un peu orientées autour de la psychologie, des recherches faites par Pixar autour du cerveau et de la part de la vie personnelle de Pete Docter que l’on peut retrouver dans le long-métrage (l’idée lui ayant été inspiré par sa propre fille).

Inside Out sera au cinéma le 25 juin 2015.

 

On peut commencer par parler pyschologie…
On a cherché à faire beaucoup de recherches, à apprendre des choses. Le cerveau est très compliqué à comprendre. On a fait appel à des spécialistes comme Paul Eckman. Lui a fait des recherches qui prouvent que les humains naissent avec certaines expressions faciales. Que vous habitiez au Japon ou en Nouvelle Guinée, quand vous êtes joyeux vous souriez. Quel que soit l’endroit du monde dont vous venez les expressions faciales sont les mêmes. On avait déjà utilisé son travail sur Toy Story, on voulait savoir quel muscle correspondait à quelle expression. On a aussi approché Dacher Keltner qui nous a aidé à comprendre comment tout ça fonctionne. On s’est basé sur des documents scientifiques même si on a approché l’histoire d’une manière plus poétique.
Le parcours du film a été d’apprendre que chaque émotion est là dans un but précis. Par exemple, si la colère n’était pas là pour nous aider, nous ne l’aurions surement pas. L’évolution humaine nous en aurait débarrassé. On a essayé de représenter ça dans le film à travers le personnage [de la colère]. On a aussi joué sur les formes et les couleurs des émotions. Ce sont d’ailleurs des choses sur lesquelles on était fixés depuis le début.

A quel point le film est personnel ? Vous avez déclaré que l’idée de départ du film est venue de votre fille adolescente. Quelle part d’elle et quelle part de vous en tant que parent est dans le film ?
Oui. On a commencé à parler du film avec Ronnie Del Carmen, avec qui j’ai aussi collaboré sur Là-Haut. Il a un enfant plus agé, qui allait partir à l’université quand ma fille devenait une ado et affirmait son indépendance. On a beaucoup discuté d’eux, et de l’envie de faire un film pour voir ce qui se passe dans leur tête. Mais finalement, ce qu’on a fait, c’est un film à propos de nous ! Et à propos de nos interactions avec nos filles.
Joie est le personnage principal, elle est en quelque sorte le parent de l’histoire. Le film est donc raconté d’un point de vue de parent. Je ne crois pas qu’il y a vraiment de choses personnelles dans le film. La jeune fille fait du hockey, ce n’est pas le cas de la mienne…

La scène du diner dont nous avons vu un extrait est donc inventée ? [on voit l’adolescente qui s’exprime sans joie face à des parents qui ne comprennent rien]
Humm, le diner c’est particulier. C’est une vraie expérience de la vie. J’avoue, je suis coupable. Quand je rentre chez moi, je continue à penser au boulot et s’il y a des conversations autour de moi je n’y prête pas vraiment attention. Là, c’est basé sur la vérité !

Comment font les émotions du film pour cohabiter ?
Sans trop vouloir en dire, les rôles des émotions seront dévoilées dans le film. Mais l’un des points centraux est que Joie va découvrir le vrai rôle de Tristesse. Certaines émotions vont ensemble. Par exemple, Peur est liée à Colère. On va découvrir les buts des émotions. Par exemple, moi, je ne veux pas que mes enfants soient tristes, et je leur dit “ne soit pas triste”. Pourtant, ça a un vrai but.

Pensez vous que les parents qui vont découvrir le film vont percevoir différemment leurs enfants par la suite ?
Je l’espère. Ce n’est pas vraiment notre intention de donner des leçons en faisant le film. Mais on l’a montré à quelques personnes et ils ont avoué qu’il avait changé leur manière d’être parents, et les avait fait réfléchir à propos d’eux-même. On se rend compte qu’il n’y a pas qu’une seule voix dans sa tête et que les choses ne sont pas aussi figées qu’on pourrait le croire. Certains scientifiques évoquent “une équipe de rivaux”, comme quand vous voyez des cookies et que vous hésitez à vous servir. Le film met en lumière ces différentes voix.

Et vous ? Avez vous appris des choses en tant que parent ?
Oui ! J’ai appris beaucoup de choses différents. Ce qu’Eckman m’a appris et qui m’a surpris, c’est qu’il y a tout un système d’émotions qui opèrent sous la conscience. Je suis là à vous parler, avec une tasse de thé en main et il y a tout un système qui se demande ce qui est le mieux pour moi. Je veux me préserver, ne pas me sentir embarrassé. Il y a beaucoup de choses qui se passent et dont je ne suis même pas conscient. Je pense que les enfants fonctionnent comme ça. Avant même de savoir parler, ils parlent avec leurs émotions. Comprendre tout ça m’a vraiment ouvert les yeux.

Les personnages ont un look très cartoon. Pourquoi ce choix ?
On s’est inspiré des cartoons de Tex Avery et Chuck Jones parce que les personnages sont très singuliers. Colère par exemple n’est pas juste énervé, il explose et termine en feu. On voulait que les plans soient clairs, qu’on sache qui est qui directement. Ca a dirigé nos réflexions, la caricature de l’esprit humain face au monde réel. Le gros problème a été de faire quelque chose de simple et de clair pour le public, l’esprit étant quelque chose de très complexe. Chaque fois qu’on designait quelque chose, on découvrait de nouvelles choses et tout était remis en cause. Ca a été un vrai challenge de simplifier tout ça.

On voit différents univers dans le film, comme le Monde de l’Imagination. Comment les avez-vous créés ? Quels sont-ils ?
On l’a pensé comme un rêve éveillé. Beaucoup d’entre nous sommes des fans de parcs d’attractions comme Disneyland et ça nous semblait être une bonne analogie à utiliser. J’espère que quand les gens iront voir le film ils se diront qu’ils n’ont pas vu grand chose des possibilités offertes par l’esprit. Il y a beaucoup d’autres choses à montrer mais même si on a parfois essayé tout n’est pas dans le film. Les sensations qu’on peut avoir en écoutant de la musique par exemple, c’est étonnant, ça n’a pas forcément de sens mais ça signifie quelque chose. C’est une des possibilités qu’on n’a pas exploré pour le film, parce qu’on a pas eu le temps de faire tout ce qu’on voulait.

Pouvez-vous nous parler de la musique ? Y aura-t-il un thème par personnage par exemple ?
Nous venons de signer avec Michael Giacchino, qui a travaillé avec nous sur Là-Haut. C’est un excellent collaborateur. Pour le moment on n’a utilisé que de la musique temporaire, qui nous a donné une direction. Dans quelques semaines, nous montrerons le film à Michael et on discutera de l’approche musicale. Je ne veux pas trop en dire dès maintenant mais j’ai des idées précises sur la manière d’aborder les choses et je suis curieux d’en parler à Michael.
On n’a forcément pas encore parlé des thèmes mais mais j’imagine qu’il pourrait y avoir des thèmes par relations… Il y aura surement un thème pour Joie, mais pas forcément pour Tristesse ou Peur… Michael pense comme moi, que la musique évolue au cours du film. Par exemple avec Là-Haut, le thème qui représente Carl et sa femme est joué d’une manière bien spécifique. Et quand Carl se retrouve déconnecté, le même thème est joué avec un style différent. Le thème grandit avec le film. On fera sans doute quelque chose de similaire.

La relation entre les duos de personnages dans vos précédents films est importante. Est-ce que ce sera la même chose ici pour les émotions ?
Absolument. Je pense que c’est une des raisons pour lesquelles vous allez au cinéma. C’est toujours cool d’aller voir quelque chose comme des aliens qui détruisent New York mais tout repose sur les relations entre les personnages. Les relations, c’est la vie, que ça soit avec nos compagnons, nos parents. On essaye de reproduire cela dans nos films même s’ils parlent d’émotions ou de voitures.

Merci aux équipes de Disney France, et aux différents participants à la table ronde.

 

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