A l’occasion de la sortie ce mercredi 9 décembre, nous avons eu la chance de rencontrer à deux occasions le réalisateur Ron Howard, une première fois avec d’autres rédacteurs et invités dans le cadre d’une mini-conférence de presse puis, le lendemain, pour une interview face à face.

Nous avons demandé au metteur en scène de Willow et Apollo 13 ce qui s’était passé pour lui depuis notre passage sur son plateau de tournage. Il revient également pour nous sur ses déclarations concernant La Menace Fantôme, le Star Wars que George Lucas lui a proposé en 1999 et il évoque le regretté James Horner avec lequel il a plusieurs fois collaboré.

 

LE FACE A FACE

 

LA RENCONTRE

Qu’est ce qui vous a le plus plu dans le scénario d’Au Coeur de l’Océan ?
Ron Howard : Une combinaison de valeurs qui font quelque chose de très actuel, ainsi que la surprise de découvrir que le personnage de Moby Dick était inspiré d’une histoire vraie. J’ai découvert que ces vrais évènements étaient à la fois épiques, très humains et même un peu politiques. Ils étaient aussi thématiquement en phase avec notre époque.

Etiez-vous vous fan du roman d’Herman Melville ?
Pas un grand fan. Je respecte beaucoup le livre, j’ai vu le film de John Huston plusieurs fois. Mais j’ai toujours été fasciné par les drames se déroulant sur ou sous l’océan. Je pense notamment à l’un de mes films favoris, Das Boot. Ça a quelque chose de fascinant et de mystérieux.
En même temps, je n’aime pas l’océan. Quand j’étais enfant, j’ai joué dans un épisode d’une série appelée Route 66. Je devais sauter dans la mer pour la première fois. Je suis resté longtemps sous l’eau. On a refait la prise plusieurs fois. Un peu plus tard, les gens ont sorti un requin de l’eau, qui était donc à coté de moi. Ma peur vient de là.
Dans les années 80, le tournage de Splash et ses séquences sous-marines m’ont permis de dépasser ma peur. Mais ce n’est pas un endroit où je vais forcément par plaisir.
Je me suis rendu compte que je voulais faire un film entièrement sur l’eau. Au début des années 80, j’ai essayé de monter un projet sur Greenpeace et le Rainbow Warrior. J’ai aussi tenté d’adapter Le Loups des Mers de Jack London. Finalement, Chris Hemsworth m’a proposé le film sur le tournage de Rush. C’était le bon moment.

Qu’est ce qui vous plait le plus dans la personnalité d’Owen Chase [Chris Hemsworth dans le film]
Je crois que c’est sa transformation, le fait qu’il va gagner en humilité, ce qui est très dur pour lui qui est quelqu’un de très fier. La confrontation avec la baleine se fait se sentir insignifiant et lui fait changer son attitude.

Qu’avez-vous en commun avec lui ?
Je comprends l’ambition du personnage, sa frustration, et le fait qu’il faut dépasser les préjugés. Moi j’ai été enfant-acteur, je disais que je voulais faire des films et les gens ne me prenaient pas au sérieux.

Qu’est ce qui a été le plus complexe à accomplir sur le film ?
C’est le film le plus compliqué que j’ai eu à tourner, plus complexe qu’Apollo 13 ou Backdraft. Il y a eu de nombreux défis techniques et logistiques. Il y avait aussi un gros défi en terme de story telling, pour rapporter correctement les différentes couches de l’histoire. Il y avait des problèmes à régler tous les jours et cette intensité est restée la même pendant les 72 jours de tournage.

Quelle est votre relation avec Chris Hemsworth, dont vous avez révélé le coté dramatique dans Rush ?
J’adorerais retravailler avec lui même si rien n’est prévu. Il a créé sa propre audition pour Rush : il a créé un monologue à partir du signature, il s’est enregistré, le tout pendant le tournage du premier Avengers. Il nous a subjugué, dans sa manière de travailler, de s’exprimer avec son corps. Il avait vraiment construit un personnage. Ca m’a beaucoup plu et donné envie d’aller plus loin avec lui, comme je l’avais fait avec Russell Crowe ou Tom Hanks.
L’atout majeur de Chris, c’est son charisme, sa présence à l’écran. Un peu comme les grands acteurs classiques. Son appétit pour le travail bien fait, son envie d’être au meilleur de lui-même dans tous les genres font qu’il va durer.

La reconstitution de Nantucket et de la chasse est impressionnante. Comme ça s’est passé ?
Il y a des musées sur la chasse à la baleine dans l’Est, notamment à Nantucket. Ils sont riches, on y trouve beaucoup d’informations. Comme l’agriculture, la chasse à la baleine était un moteur économique. Il y a des choses très précises, dont des films muets des années 20 et des photos.
A l’époque déjà, il y avait des allusions à ce dilemme moral qu’est la chasse à la baleine, et l’extinction de la race. On en retrouve dans certains écrits, dans certains journaux de bords où les marins voyaient les attaques de baleines comme des punitions. Même Melville le sous-entend.

Qu’est ce que ce tournage vous a apporté en tant que réalisateur, sachant qu’il est tourné dans un espace restreint, en 3D et avec beaucoup d’effets spéciaux ?
On a tourné la moitié du film sur l’océan. Tout ce qu’on pouvait filmer sur le bateau, on l’a fait. On a juste été limité pour des raisons de sécurité, pour certaines cascades.
On a notamment voulu tourner une scène dans l’eau quand on était sur l’île mais c’était impossible. On a alors songé à tourner la scène dans un réservoir avec Chris Hemsworth. Mais Chris ne voulait pas, il fait du surf et il se savait en sécurité dans l’océan. C’était à l’époque où il avait perdu du poids et on nous imposait des règles de sécurité très strictes. Et alors que je préparais la scène, j’ai vu Chris dans l’eau avec le directeur de la photo sous-marine et il a fait sa scène comme il voulait, lui donnant un maximum d’authenticité.

Pourquoi avoir choisi de faire perdre tant de poids aux acteurs quand on sait que maintenant on peut le faire numériquement ?
Ca aurait été compliqué et très cher de le faire en numérique pour tous les plans que nous avions à faire, et ça n’aurait pas eu l’air authentique. Et nous n’avions pas les moyens.
Nous voulions que les acteurs s’impliquent alors on l’a fait avec l’aide de nutritionnistes et de coachs. J’ai même pris des conseils auprès de Tom Hanks qui avait perdu du poids deux fois, une première fois par lui-même -et il a eu des problèmes de santé- et l’autre fois entouré de spécialistes pour Seul au Monde.

Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec le directeur de la photo Anthony Dod Mantle ?
J’ai travaillé avec Anthony d’abord sur Rush et j’ai été très impressionné par cette collaboration. Nous étions psychologiquement en phase.
L’aspect graphique doit exprimer l’état émotionnel des acteurs. Il fallait que l’histoire soit à la fois classique, moderne et esthétique. Anthony a mélangé tout ça, en donnant aux acteurs la possibilité d’être en osmose avec le bateau, la baleine et la mer.
Je veux ajouter qu’Anthony est quelqu’un de très énergique. Il se balade avec des petites caméras dans des recoins auxquels on ne s’attend pas à le voir et donne beaucoup de dynamisme à l’ensemble.

Pouez-vous nous parler de votre projet de documentaire sur les Beatles ?
Le projet est fascinant. J’ai pris du plaisir à faire un documentaire sur Jay-Z et j’ai maintenant le temps de me consacrer, avec certains producteurs de Rush, à ce projet qui se consacrera aux années de tournée des Beatles, autour de 1962-64.

CloneWeb : Pouvez vous nous parler de l’adaptation de la Tour Sombre de Stephen King, que vous avez choisi de ne pas réaliser ?
Je ne peux pas vraiment en parler pour le moment mais ça s’annonce prometteur. On a trouvé un réalisateur fantastique, Nikolaj Arcel… Mais je ne peux pas en dire plus, on m’a demandé de ne rien déclarer à ce sujet. Mais si vous êtes un fan comme je le suis, sachez que quelqu’un chose de bien s’annonce.

 

Merci aux équipes de Warner Bros France, Sabri Ammar et Carole Chomand en particulier, ainsi qu’à Jean-Pierre Lavoignat et aux différents intervenants de la table ronde.

1 commentaire

  • juliane mercredi 9 décembre 2015 8 h 40 min

    J’ai dit la dernier que le tournage me fascinait, j’aurai bien aimer voir quelques séquences du making of du film, c’est ce que j’appelle la magie du cinéma

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