Contrairement à ce que la légèreté de la promotion et la réactivité des médias peuvent laisser penser, il y a beaucoup de choses à dire sur Jupiter Ascending.

Non content de vous avoir proposé une critique détaillée du film et un podcast audio d’une heure sur la place du film des Wachowskis dans le cinéma actuel, nous vous proposons aujourd’hui grâce à la plume affutée d’Arkaron d’évoquer les mécanismes narratifs du film.
Quelles ont été les sources d’inspiration de Lana et Andy pour créer leur univers ? Se sont-ils contentés de transposer le schéma du conte dans l’espace ? Comment évolue le personnage de Jupiter ?

Et si Jupiter Ascending était un peu plus que ce qu’il laisse paraitre ? Attention, il est recommandé d’avoir vu le film avant de lire l’article qui suit.

 

LE GROS DOSSIER

La carrière des Wachowski est indéniablement influencée par une recherche constante de la réinvention. C’était vrai de leur réorganisation des règles de spatialisation dans leur premier film, Bound ; de leur observation du rapport que l’homme entretien à ses déités et à son parcours mythique dans la trilogie Matrix (en plus d’innombrables autres entreprises) ; de leur technique révolutionnaire de « l’éditographie » dans Speed Racer ; et, enfin, de leur transformation de l’épopée cinématographique dans Cloud Atlas.

Il est donc peu surprenant de constater que leur dernier film, Jupiter Ascending, semble cacher plus d’intentions que ce que sa promotion (et un tout premier visionnage potentiellement peu attentif) pourrait laisser entendre : en s’appropriant les bases structurelles d’un art narratif primordial, les contes, les cinéastes entreprennent une relecture double d’un corpus entier de l’héritage culturel humain, développé depuis la nuit des temps.

La familiarité apparente de l’histoire (qui a semblé poser problème à une partie du public) constitue la condition sine qua non à la proposition métatextuelle des réalisateurs, qui s’évertuent donc à tirer parti de tous les poncifs et clichés narratifs du genre, afin de mieux les détourner, et de proposer au spectateur de témoigner (consciemment ou non) de leur tentative de déconstruction.

Leur méthode se base sur une approche à deux niveaux. Premièrement, les Wachowski rétablissent, au sein de leur récit, une myriade de règles narratives depuis longtemps assimilées par le public. Ces codes, poncifs et clichés appartiennent à deux catégories : d’une part, l’immense corpus composé de l’héritage mythologique et science-fictif littéraire ou cinématographique, et d’autre part, les conventions formelles des contes de fées.

Leur but premier revient bien entendu à créer de toutes pièces un univers n’aliénant pas totalement le spectateur, rempli de motifs et de règles aisément identifiables (ce qui revient à faire l’opposé de Matrix, qui commençait par une scène susceptible de mettre à mal toutes les attentes du public). Et pourtant, malgré sa trivialité de surface, le film présente des indices soulignant l’intention des réalisateurs de transfigurer leur histoire. C’est par exemple le cas de la naissance de l’héroïne, ayant vu le jour sur les eaux, entre deux continents, annonçant donc la transition à venir entre deux mondes, ou du moins, entre deux systèmes. Les Wachowski ravivant les codes du genre tout en les détournant afin de créer une nouvelle dynamique, il est préférable de procéder à une observation des déplacements paradigmatiques de l’œuvre de manière thématique, plutôt que chronologique.

Réorganisation de la mythologie science-fictive

Le « world-building », comme cela est nommé, est facilité au travers de l’invocation de nombreuses images et références aidant le spectateur à s’immerger dans un nouvel univers cohérent. Cette technique avait, par ailleurs, déjà été utilisée par la fratrie dans la trilogie Matrix. Dans leur expression la plus simple, ces briques peuvent prendre la forme de références directes, parfois immédiatement identifiables par la majeure partie du public, et parfois pas.

Parmi les plus évidentes, on peut citer Soleil Vert (une des pistes du score de Giacchino s’appelle même « Regenex is People », une citation détournée du film de Fleischer), les lieux communs de la police spatiale et des empires galactiques décadents (les romans Honor Harrington viennent à l’esprit, mais d’innombrables livres et comics s’appuient dessus), l’administration infernale inspirée par Brazil, le vocabulaire visuel (batailles spatiales/organisation sur le pont) et textuel (« Bring him back to the brig ») de Star Trek, et ainsi de suite. Graphiquement, Jupiter Ascending se réclame de l’univers puissant et grandiose de Moebius, mais pas uniquement. Les hommes lézards et l’artillerie spatiale semblent en effet jaillir de l’œuvre de l’artiste Ken Barr (voir la couverture du roman d’Andre Norton, Eye of the Monster), tandis que l’ambiance esthétique d’ensemble rappelle certaines illustrations de Frank R. Paul (Serenis, water city of Castillo) et de Stephan Martnière (Mainspring) pour l’ampleur et la palette de couleurs employées.

En outre, la volonté des Wachowski de s’attarder sur la représentation des différences de modes de transport entre voyageurs spatiaux riches et moins riches descend d’une problématique science-fictionnelle un peu oubliée, mais popularisée par le roman sériel The Stars My Destination (Terminus, les étoiles) d’Alfred Bester, dans lequel les opulents occupaient des vaisseaux majestueux, qui rencontrent enfin leur égal avec la cathédrale gothique de Balem. Ce thème est d’ailleurs lié à l’un des concepts les plus évidents du film, selon lequel l’exploitation des humains leur est dissimulée par voies de divertissements, jusqu’à ce que quelqu’un leur ouvre les yeux – ce qui ne sera pas sans rappeler le culte Invasion Los Angeles de John Carpenter, et bien sûr Matrix.

Un autre roman très clairement présent en arrière-plan du film est The Snow Queen (La Reine des Neiges), œuvre de science-fantasy de Joan D. Vinge publiée en 1980, et se basant à première vue sur la même idée fondamentale que le long métrage des Wachowski, à savoir la recontextualisation du conte féérique au sein d’un univers de SF. Dans le livre de Vinge, la planète Tiamat est gouvernée par la sublime reine Arienrhod qui, tout en vendant son sérum de jouvence miraculeux au reste de l’empire galactique (sérum fait… d’êtres humains !), cherche à convaincre une réplique d’elle-même de prendre sa succession. Manifestant de nombreuses idées similaires et osant se jouer des frontières génériques, ces deux œuvres ont en commun de repousser des conventions formelles d’un genre au-delà des attentes et habitudes de leur public.

La stratégie employée par les réalisateurs n’est, cependant, pas limitée à un complexe et profond réseau de références culturelles, mais plonge dans l’exercice historiographique, grâce auquel ils réécrivent l’histoire à travers leur fiction, propulsant ainsi les croyances et légendes humaines vers une toute nouvelle portée sémantique. Cette fois, une importance particulière est donnée aux mythes sociétaux associés à la science et à l’imaginaire : ainsi, le monde de Jupiter a été bâti sur les ruines du règne des dinosaures, exterminés par des hommes capables de créer et de détruire la vie comme bon leur semble. De même, la tendance ufologiste ayant longtemps bercé la société américaine est déconstruite par l’intermédiaire de petits hommes gris enlevant des innocents, effaçant la mémoire des témoins et laissant derrière eux de mystérieux signes dans les champs.

Si le nom de Titus et la charte esthétique de son vaisseau ravivent le souvenir de l’antiquité gréco-romaine, la démarche va encore plus loin, car plus intéressante encore, est l’analogie de la famille royale Abrasax à l’arbre généalogique de la mythologie sumérienne Anunnaki, panthéon ayant par ailleurs été associé, plus d’une fois, aux théories des invasions extra-terrestres. La comparaison se fait principalement avec l’effet miroir créé entre Balem et Titus, et les divinités fraternelles Enki et Enlil, fils de la déité suprême des Annunaki, chargés de cultiver la Terre pour y récolter son or (ou ses humains ?), et désirant rétablir un modèle patriarcal ayant cédé sa place à la dominance féminine (ou bien s’accaparer la Terre avant que Jupiter ne puisse la réclamer ?). Jupiter, quant à elle, partage des traits indéniables avec la déesse de l’amour Inanna, qui se fera actrice du mythe de la descente aux enfers (ou bien de la percée de l’atmosphère impénétrable de la géante gazeuse, pour atteindre la raffinerie de Balem ?). Balem, dont le nom n’est pas sans rappeler celui de Baal, avait assassiné sa mère la reine, qui ne supportait plus de régner sur les hommes. On notera enfin que l’obsession de Kalique pour l’acquisition de plus de temps fait écho au nom de Kali, ou Kalika, déesse hindouiste du… temps (entre autres choses).

Mélange des genres ?

La question du mélange des genres revient de manière cyclique lorsqu’il s’agit de la filmographie des Wachowski, et il est aisé de remarquer qu’ici encore, frère et sœur se sont amusés à combiner des éléments de plusieurs sphères imaginaires indépendantes pour en créer une forme inédite. Il convient cependant de faire la distinction entre intégration des codes structurels d’un genre (comme expliqué ci-dessous pour le conte féérique), aux collages simplistes de motifs visuels et textuels, populaires dans les récits de l’imaginaire depuis leur conception. Ainsi, Jupiter Ascending ne s’approche en rien d’un mélange entre SF et fantasy ou conte de fée, mais bien d’une restructuration du genre science-fictionnel par l’injection de formes grammaticales détournées.

La différence entre l’approche des Wachowski et celle qui fonda autrefois les mythologies polythéistes, ou régit encore les contes et la fantasy, réside dans le traitement cosmologique des paradigmes transcendantaux habitant l’univers en question. En d’autres termes, les récits de fantasy féérique contiennent des manifestations métaphysiques présentées comme vérité absolue (des panthéons divins, des sorciers, des anneaux de pouvoir, ou encore une Force imperceptible), tandis que les dimensions potentiellement fantastiques rencontrées par Jupiter ne le sont qu’à ses yeux, à la lumière de son propre système de croyances subjectif, qui est rapidement démoli par des révélations inscrivant l’ensemble des légendes terriennes (l’échange « Vous êtes une espèce de vampire ? – Nous sommes la raison de nombreux mythes humains. » entre Jupiter et Kalique vient l’illustrer) dans un processus de rationalisation évolutionniste (et tout est soigneusement justifié : feu les dinosaures, les croisements génétiques en lieu et place du bestiaire mythologique, les mythes des aliens, des vampires, de l’immortalité, de l’astrologie, etc.). Cela permet tout simplement aux cinéastes de se servir de la puissance évocatrice des univers féériques et merveilleux (et de leurs codes), sans pour autant sacrifier la nature ontologique de leur univers purement science-fictif.

C’est précisément cette distinction, évacuant la dimension transcendantale (Kalique rapporte la réincarnation à la probabilité mathématique de la manifestation d’une séquence de gènes identique), qui va permettre aux Wachowski de donner à leur héroïne les moyens de résister aux forces primordiales parcourant habituellement les univers féériques, pour tracer d’elle-même sa destinée.

Restructuration des conventions narratives

Cette transition nous amène à la problématique de re-création des poncifs narratifs inspirés par le genre des contes de fée, eux-même explicitement évoqués à certains moments du récit (par exemple, Cendrillon ou La Belle et la Bête).

Ainsi, de nombreux codes du genre sont présentés, puis détournés, tout au long de l’aventure. La protagoniste est en effet écrite comme une Dorothy des temps modernes, pénétrant son propre royaume d’Oz et rencontrant une faune mythologique dense, ou comme la Belle séduite par la Bête (chaussant des bottes anti-gravitation… de sept lieues ?), ou encore comme Blanche Neige, séduite par les manipulations diaboliques d’êtres mauvais, entourés de leurs gardes robotiques (ou singes volants ?) et hommes dragons. Parfois, l’environnement du film se transforme même sous la puissance évocatrice de la princesse l’habitant, comme lors de cette sublime scène de mariage, durant laquelle Jupiter, transformée en reine des neiges, survole ses convives tout de blanc vêtus sous une pluie de flocons immaculés.

Structurellement, les emprunts au genre sont nombreux, en commençant par l’évolution en étapes de l’héroïne qui irait des haillons à la royauté. Et pourtant, le film abandonne les conventions après une demi-heure, en transformant une scène conventionnellement romantique en scène d’action exaltante, noyée de la faible lumière de l’aube qui sert normalement de pierre angulaire à l’expression des sentiments des personnages arpentant les contes de fées. De ce fait, les réalisateurs suggèrent que la romance s’exprime, non plus à travers les mots ou les baisers, mais par l’intermédiaire de l’énergie cinétique déployée par l’action – et l’acte, transformateur pour les personnages, sera réitéré plusieurs fois par Caine, qui pourra ainsi faire serment d’allégeance à Jupiter, jusqu’à ce qu’elle prenne elle-même son envol. La poursuite dans Chicago marque le point de rupture du contrat narratif de Jupiter, transformant la performance de son ascension au trône, en acquisition progressive d’une compétence lui permettant de réellement comprendre que faire de ce titre (en d’autres termes, c’est le point de départ de la restructuration liée aux éléments de la narrativité).

Ceci étant, les germes de cette révolution se trouvent dans l’univers lui-même, qui semble avoir quelque peu commencé à dévier de la tradition occidentale (comme indiqué par la naissance transitionnelle de Jupiter donc). Celle-ci découvre alors, en même temps que le spectateur, les règles qu’elle choisira de faire plier sous sa volonté. Parmi les mutations initiales, on remarque par exemple que le prince charmant s’est transformé en animal réduit à un rôle strictement fonctionnel qui l’empêche de se faire moteur du récit (ce qui est d’ailleurs expliqué mot pour mot par Stinger dans le dernier acte : Caine n’a pas d’autre choix que de répondre à sa construction génétique… donc à sa fonction narrative). Les antagonistes prennent, quant à eux, la forme de princes séduisants aspirant à des ambitions pour le moins amorales : l’un souhaitant en effet tuer la réincarnation de sa mère, et l’autre… l’assassiner après l’avoir épousée !

Les décisions subversives de Jupiter sont multiples, et les plus importantes interviennent aux moments clés du conte de fée traditionnel. Ainsi, elle reviendra sur sa décision d’épouser Titus et de se soumettre à la plus ancienne forme d’assujettissement (le mariage d’état, de principes, totalement dénué d’intérêts personnels) ; plus tard encore, elle refusera enfin de se soumettre aux obligations sociales découlant de sa nouvelle classe, tournant donc le dos au principe cendrillonnesque de l’accès à la luxure. Lors d’une scène pivot, les Wachowski recréent le dilemme de l’architecte présenté dans Matrix Reloaded, remplaçant Trinity par la famille russe, et Zion par la Terre, ce qui, encore une fois, donne lieu une décision opposée à celle de Neo, menant Jupiter à sacrifier l’une des unités narratives les plus sacrées (sa famille) dans un acte d’abnégation héroïque. Et lorsque, au final, Jupiter remporte son combat face à Balem en lui laissant la vie sauve et en brisant le cercle vicieux meurtrier (« Je ne suis pas ta mère »), elle abat la figure conservatrice de la soumission féminine qui l’avait autrefois assassinée (car, on nous le dit, elle ne supportait pas de vivre dans un système matriarcal, ce que Jupiter choisit de réformer). Le sort peu reluisant finalement réservé à Balem relie le conte aux traditions soviétiques, connues pour décerner des jugements particulièrement cruels aux manipulateurs (comme dans la version grimmesque de Cendrillon – encore elle –, dont les sœurs se coupent les pieds pour enfiler la chaussure, et finissent aveuglées après que des oiseaux leur mangent les yeux…).

L’ascension de Jupiter ne se fait donc pas vers son trône, mais vers une meilleure compréhension des mécanismes régissant son monde. Notre protagoniste représente l’héroïne active, capable de prendre des décisions allant à l’encontre des règles pré-établies du genre. Cela ne signifie pas qu’elle se transforme en guerrière aguerrie du jour au lendemain (ce qui n’aurait aucun sens dans le monde ici présenté), mais qu’elle tire parti de l’héroïsme fonctionnel de Caine pour surmonter les épreuves et influencer l’évolution du récit à travers ses choix. Cette mutation étant opérée à un niveau intradiégétique, au sein d’une proposition narrative cohérente, elle devient de ce fait organique, contrairement aux expérimentations parodiques (comme celles des Monty Pytthon, ou de films comme H2G2), dont l’impact est inévitablement réduit de par leur aspect ouvertement métatextuel.

Au final, la stratégie des cinéastes semble donner priorité à la perception et à la manipulation des lieux communs génériques, afin d’en faire les enjeux même de l’histoire, qui elle-même sert de vecteur à l’articulation de ces codes en restructuration de l’entité narrative. Par conséquent, la problématique essentielle du film ne revient pas à savoir si Jupiter va s’en sortir vivante, mais plutôt à se demander dans quelles mesures elle décidera de transformer son univers en fonction de ses propres choix – des choix résonant avec l’héroïne émancipée du 21e siècle –, et ce indépendamment de la structure féérique et science-fictionnelle traditionnelle. Ainsi, malgré certaines faiblesses indéniables, le dernier film des Wachowski se permet d’exploiter l’immensité du corpus narratif de l’imaginaire afin de suggérer de nouveaux sentiers à l’élaboration des histoires.

14 commentaires

  • Tomvalk mardi 10 février 2015 14 h 47 min

    Quel jus prétentieux.

  • Anodia mercredi 11 février 2015 0 h 03 min

    J’aime beaucoup votre interprétation et j’espère que vous ne tiendrez pas compte des commentaires lamentable tel que celui de Tomvalk.
    Bonne continuation!

  • Richard Collier mercredi 11 février 2015 0 h 49 min

    Cette énumération de références symboliques et intellos diverses ne parvient pas à me faire oublier que c’est un film pompeux, caricatural, à la psychologie pauvre et au scénario tellement convenu… ça me rappelle le coup du (mauvais) prof de cinéma qui affirmait que “Prometheus” était forcément un chef d’oeuvre puisqu’il évoquait la théorie des Grands Ingénieurs. Mais attendez… “Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal” aussi, non ?

    Ah, et la musique ! Avec tout le respect que j’ai pour Giacchino, sa composition de blockbuster pénible ressassée, ressassée… ressassée… jusqu’à l’écoeurement. Plus jamais. Jamais.

  • petaire mercredi 11 février 2015 8 h 51 min

    J’ai enfin vu le film hier, et très franchement, je comprends que le film se plante. Ponctuer un film de références mythologiques ou utiliser des archétypes mythologiques n’en font pas une histoire mythologique, loin de là. Les 3/4 du film sont des scènes d’exposition : qu’est-ce qu’un Lycan, qui est Jupiter, qu’est-ce que ce mariage, bla bla bla… Mais jamais on ne se sent une seule seconde investis des enjeux des personnages. Jamais ! On nous expose un mariage et ses enjeux en 30 secondes chrono, et 4 scènes plus tard, le voilà à l’écran. Tout cela va bien trop vite, et psychologiquement parlant, rien ne marche, rien ne pousse à l’empathie, rien ne nous pousse à serrer les fesses face à la moisson prochaine de la Terre.
    On pourrait croire que c’est un argument de film français de merde, mais non, pas du tout. La mythologie est une émanation de notre psyché collective, l’aspect psychologique est donc primordiale. À aucun moment, on ne se sent investi des enjeux de Caine ou de la détresse de Jupiter. Les enjeux sont posés en deux secondes, et très mal en plus. C’est quand même un comble.
    Et c’est là que pêche, à chaque fois, les Wachos. S’ils prenaient plus leur temps, s’ils coupaient dans tout ce qui fait le gras de Jupiter Ascending ou de Speed Racer, à savoir des backstorys dont on se tape complètement (bonjour la backstory de Caine), et qu’ils laissaient l’action investir le champ psychologique – à savoir, développer des enjeux, mettre en avant des facettes psychologiques face à des épreuves titillant ces aspects – alors là, oui, je parlerais déjà un peu plus de récit mythologique. C’est effectivement le genre d’histoire qui mérite plus que ces 127 minutes bien étroites.
    “Je suis une bête sauvage qui mord tout ce qui est royal mais jamais on ne le ressent”
    Sense 8 ça va être un véritable test pour eux en fait. Ils sont capables de développer des univers de dingues, bien trop larges pour un seul film. Avec Netflix derrière, y’a de quoi être plus enthousiaste que cette bouse de The Strain, qui en plus de se taper les mêmes problèmes de personnages baclés, se choppe un production design bien pourrave.

  • petaire mercredi 11 février 2015 9 h 18 min

    (sans parler de toutes les scènes qui désamorcent ces faibles enjeux, genre la scène dans le champs de maïs, invraisemblable dans un script, plombée une scène plus tard par “en fait Jupiter n’a jamais été en danger de mort nous la voulons vivante, donc la prochaine fois ne craignez surtout pas pour sa vie”)

  • Arkaron mercredi 11 février 2015 9 h 45 min

    Petaire : Balem a toujours voulu tuer Jupiter, et c’est précisément le rôle des chasseurs de prime/keepers. Quand est-il dit que cet enjeu est annulé ?

  • petaire mercredi 11 février 2015 10 h 06 min

    C’est l’enjeu final pour Balem, oui, mais c’est aussi l’enjeu de cette scène. Et cet enjeu est sans cesse repoussé avec des artifices un peu bidon (nan mais en fait on doit se marier avant, nan mais en fait il faut que tu mettes ton poignet ici avant). Moi, personnellement, ça me pousse pas à ressentir le danger immédiat pour ce personnage.

  • Arkaron mercredi 11 février 2015 10 h 35 min

    D’accord, je comprends, mais justement, l’écriture du script me semble indiquer qu’on s’intéresse ici plus à la manipulation des poncifs qu’à savoir si Jupiter est en danger de mort (comme je le soulignais donc dans le dernier paragraphe de l’article). Tu me diras, un film parfait devrait pouvoir faire les deux sans porter préjudice aux enjeux dramatiques en privilégiant les enjeux narratifs : certes, je ne pense pas que le film soit irréprochable à ce niveau-là, mais il me parait cependant bien plus intéressant que ses concurrents.

  • rezga jeudi 12 février 2015 11 h 45 min

    bon un peu osef des références car j’ai le temps de m’y intéresser… mais on a beau dire le cinéma et ses scénari sont devenu tellement convenu que même les Wacho ne passent pas à côté de la happy end foireuse…

    Peur pour la vie de Jupiter… comment avoir peu pour sa vie…c’est la tête d’affiche, c’est un film hollywoodien… on sait tous que par de nombreuses pirouettes l’héroïne ne sera que très peu en danger. Perso j’adore le film, car que ça fait du bien de voir un univers non issue d’une franchise, un truc un peu original… mais le scénario dans sa substance est archi convenu, on voit tout les rebondissements arriver 10 km, que les trois frères et soeurs veulent la même chose, que Caine accourra à chaque fois pour sauver Jupiter, que le Terre sera sauvegarder blablablabla, l’être humain est à part blabla… bref, on essaye de te faire comprendre au début du film que l’humain n’est que du bétail sur un planête parmi tant d’autre (chose qu’ils seraient temps que les gens comprennent au lieu d’aller prier je ne sais quel dieu) pour au final finir sur : ouais mais t’as vu les humains de la terre ils sont pas comme les autres… pourtant quand tu les mets à presser dans la machine à Regenex le produit est le même :D

    Bref, voir des références mythologiques et tout le toutim, oui pourquoi pas il y en a… mais comme dirait Alfred Duller dans 99 francs, ça va faire les réagir leurs trois copains intello sur Paris :D

    Comme dis au dessus, les Wachos auront beau vouloir mettre un peu plus dans leur film, tant que ça teindra dans un film de 2h et que il aura plus une gueule de blockbuster qui fait boom à la michael bay ça ne servira pas à grand chose, Cloud Atlas sur ce point était bien mieux réussi… dommage c’est pas un scénario original

  • Arkaron jeudi 12 février 2015 12 h 30 min

    “Peur pour la vie de Jupiter… comment avoir peu pour sa vie…c’est la tête d’affiche, c’est un film hollywoodien…“

    Personnellement, je trouve ça un peu dommage (et cynique) d’être certain de connaître la fin d’une histoire avant d’entrer dans la salle, d’autant que les Wachowski n’ont pas vraiment écrit que des fins heureuses pour leurs héros, Hollywood ou pas (on pense à Matrix, V For Vendetta, et certains segments de Cloud Atlas). Et puis, comme indiqué dans l’article donc, j’ai personnellement dévolu mon attention à un tout autre enjeu pendant la vision du film, dès lors qu’il est apparu évident que les réals commençaient à réorganiser leurs composants narratifs. C’est justement en ça que je trouve l’approche intéressante. Et je ne pense pas que la conclusion soit foireuse car elle réussit à combiner la résistance aux poncifs du genre (Jupiter n’enfile pas le manteau de reine sans se poser de questions) tout en menant à terme le récit initiatique entamé. Pour moi, c’est on ne peut plus logique. :)

    Sinon, je ne comprends pas bien quand est-ce qu’on nous dit que les humains de la Terre ont quelque chose de plus que les autres dans l’univers ? Le second de Balem évoque certes leur qualité industrielle, mais sinon, rien n’en fait une population bien spéciale. La présence de Jupiter sur Terre tient d’un hasard mathématique, car elle aurait pu naître sur n’importe quelle planète habitée (et les terriens ont toujours conté des histoires sur les terriens, normal).

    Quant à la longueur problématique, je suis d’accord, c’est bien trop court. Attendons Sense8 pour voir ce qu’ils feront avec une durée plus généreuse. :)

  • Michaelson mercredi 11 mars 2015 19 h 06 min

    Cet article réussit à être encore plus pompeux et soporifique que le film lui-même.

  • SPECTATEURSTUPIDE jeudi 23 avril 2015 15 h 56 min

    L’HISTOIRE D’AMOUR LA PLUS NUL, aucun sentiment ni ressentiment,
    Aucune logique… un scifi-opéra, lol,lol,lol… un, deux, trois partez!!!
    PAUVRE CHAWPIPI… en plusieurs films ça aurait pu le faire…
    les seuls qui ont bossé ce sont les studios d’effets spéciaux. ils ont montré qu’ils savaient dessinées, mais pas animées.
    Les producteurs voulaient une fois de plus, lancer un film avant les autres… et se faire du fric! Honte aux réalisateurs, une constante des films américains depuis des lustres…
    CONSEIL: au chômage tout ces ringards. Tournez vous vers les films asiatiques, avec des réalisateurs asiatiques, et virez ces producteurs a frics.

  • Olivier vendredi 8 mai 2015 1 h 14 min

    Etrange de prendre appui sur un film qui semble lui-même n’avoir pas complètement posé ses codes.
    Les Wachowski mélangent le comique involontaire avec la grâce poètique, les clichés avec une volonté de recréer…
    Le film pourrait sans doute servir d’inspiration aux étudiants en cinéma et aux écrivains de SF, mais il n’ira pas plus loin. Dommage, il envoie tout de même l’espoir d’une petite brise fraîche sur la SF, qui en a besoin.

  • beewax dimanche 4 octobre 2015 0 h 49 min

    j’adore ce film , je l’ai regardé traduite en différents français et même la version blu ray n’est pas toujours parfaite , bien rien ne vaut en version originale (oulala channing ta voix…) enfin bref, je sais vous trouvez le scénario basique mais une fois que ceci est convenu je dirais qu’on prend inévitablement plaisir à “voyager” sur Terre et dans l’espace! Je n’aime pas spécialement Mila Kunis mais elle joue son rôle (bien que parfois un peu trop froide) , pas vu de sentiments? et les larmes naissantes dans les yeux de caine quand son pote lui dit d’aller la chercher sous la tonne d’ouragans? Punaise Channing tatum je l’ai scruté pendant les dialogues il est parfait même quand il ne parle pas ! En tous les cas je trouve excellent que ce soit la fille qui fasse les avances au gars ,lequel recule 2 fois mais est de plus en plus sous le charme, et j’aime même la réplique pourrie sur “j’aime les chiens…” ça me fait sourire et moi aussi je suis comme caine je trouve ça mignon ce dérapage (acte manqué) !Bref, scènes d’actions incroyables , les bottes je kiff désolée pour les blasés de la sf !

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