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Etrange Festival #4 : Other Like Me, Inexorable, Mad God

Other, Like Me

C’est un incontournable de l’Etrange Festival : pas une édition ne passe sans un documentaire sur un courant musical, un groupe ou un artiste en particulier.
Et cette année, on trouve Other, Like Me pour répondre à cette tradition, qui retrace l’histoire des groupes Coum Transmissions et Throbbing Gristle avec ses créateurs et participants multiples.

Initialement un collectif artistique tout droit sorti de la contre-culture anglaise, Coum Transmissions s’est fait connaitre dans les années 70 avec des performances publiques totalement perchées, qui donnaient à fond dans la provocation en invoquant les imageries pornographiques et totalitaires, avant de se transformer et de tomber à fond dans la musique avec Throbbing Gristle, laboratoire sonore complètement fou et expérimental qui allait être précurseur sur tout un tas de techniques de production, et à vrai dire inaugurer le genre musical de l’industriel, qui mélange pêle-mêle rock, punk et électro pour le résumer simplement. Une histoire assez folle donc, dont l’influence se répercute aujourd’hui sur des groupes cultes comme Coil ou Nine Inch Nails, et qui est ici racontée par ses géniteurs dans un film formellement assez sage, avec une succession de témoignages ponctués d’images d’archives et la structure la plus classique qui soit pour un documentaire.
Ce manque d’audace peut se comprendre par l’intervention de gens désormais quelque peu âgés, mais l’ensemble reste le témoignage d’une époque folle, et d’artistes à l’intégrité totale, qui ont voulu vivre leur art jusqu’au bout, en faisant fi de toute considération pécuniaire ou sociale, outrepassant le manque d’argent et de confort pourvu qu’ils puissent s’exprimer.

Une page de l’histoire importante de la scène underground anglaise, désormais clarifiée et documentée, même si le résultat est étonnement sage vu son sujet.

Other, Like Me (2020) de Dan Fox & Marcus Werner Hed



Inexorable


C’est toujours un plaisir de retrouver Fabrice Du Welz, dont le cinéma fiévreux et bouillonnant semblait avoir trouver sa vitesse de croisière depuis Alléluia et Adoration.
Inexorable semblait s’inscrire dans le sillage de ses deux précédents films, puisqu’on suit un auteur à succès joué par Benoit Poelvoorde qui s’installe dans le manoir familial de sa femme éditrice avec leur petite fille, et tout ce beau monde va être perturbée avec l’arrivée de Gloria, une jeune femme mystérieuse qui va vite s’immiscer dans leurs affaires.

Difficile de ne pas trop en révéler sur l’histoire, d’autant que le film repose sur une révélation somme toute assez prévisible, mais il y est question de passion dévorante, de secrets inavoués et inavouables, des fantômes du passé et de frustration, le personnage de Poelvoorde courant notamment avec le succès colossal et jamais réitéré de son premier roman tout en affrontant le syndrome de la page blanche.

Dans ce récit qui fricote parfois avec les thrillers érotiques des années 90, le comédien belge semble comme engoncé et fébrile, affichant la même folie et fragilité que dans ses interviews récentes, en ayant l’air sur le point d’exploser à chaque instant. Une situation d’autant plus étrange que c’est le cas inverse des autres membres de sa famille, dont une Mélanie Doutey qui joue une épouse intangible et très ferme. De cette peinture d’une famille stricte qui ne respire pas tellement le bonheur, Du Welz va venir tout faire dérailler avec le personnage de Gloria.

Manque de bol, tout ça paraît souvent artificiel par des rouages de scénario un peu faciles, où les situations énormes ont lieu sans que les personnages prennent le temps 2 secondes de se poser la moindre question pour retirer les doutes semés ça et là, tout le monde y allant tête baissée quand bien même les problèmes éventuels sont visibles à des kilomètres.
Difficile dès lors de croire au glissement du scénario vers le drame, quand tout le récit refuse systématiquement la moindre communication entre ses persos, son aspect « inexorable » semblant forcé et peu évident malgré un travail assez organique sur l’image en pellicule 16mm comme sur ses précédents. Reposant plus sur des figures de genre qui peinent à cacher ses ficelles et ses artifices, Du Welz rate quelque peu le coche malgré l’identité intacte qu’il infuse à son film, et côtoie malheureusement le ridicule par endroit, même s’il semble aussi clôturer un chapitre de sa filmographie au passage.

Vivement sa future réinvention ?

Inexorable, de Fabrice du Welz – Sortie en salles 26 janvier 2022



Mad God

Il y a des projets tellement longs et titanesques dans leur conception que leur simple accomplissement est déjà un évènement en soi. Mad God en fait indéniablement partie, puisque c’est celui d’une vie, et de pas n’importe laquelle ! Si le nom de Phil Tippett ne vous dit rien (malgré le documentaire à son sujet sorti l’an dernier dont on avait parlé dans Happy Hour !), c’est l’un des plus grands animateurs de l’histoire de cinéma, ayant fait ses armes sur la stop-motion et la go-motion dans des films comme Star Wars ou Robocop, et ayant réussi sa transition vers le numérique puisque le monsieur était en charge d’une partie des effets spéciaux sur d’autres petits films comme Jurassic Park & Starship Troopers, excusez du peu !

Mais depuis les années 80, Phil Tippett avait un projet secret, celui de créer un long-métrage en stop-motion qui serait le vaisseau de toutes ses envies et de tous ses délires, et il le mit de côté avant de le ressusciter avec le soutien de ses équipes dans les années 2010, notamment au détour d’une campagne de crowdfunding.
Après en avoir sorti des bouts sous forme de courts-métrages, le bien-nommé Mad God arrive donc dans sa forme terminale, celle d’un long-métrage radical et totalement délirant, où l’on commence par suivre un explorateur tout de cuir vêtu avec un masque à gaz, qui va descendre et explorer les bas-fonds d’une terre ravagée.
Cette descente aux enfers littérale va alors donner lieu à une série de tableaux tous plus surréalistes et démentiels les uns que les autres, où Tippett déverse son imaginaire sans limites avec une galerie de créatures ragoûtantes, de décors apocalyptiques et de scènes cradingues, montrant notamment mille et une façon de tuer les âmes déchues et errantes des bas-fonds.

Sans le moindre dialogue, et en vrillant petit à petit à un récit plus symbolique et allégorique, Mad God s’impose comme une fresque hors-normes, qui aligne les éléments tous plus dégueulasses les uns que les autres, l’esthétique purulente du film ne semblant avoir aucune limite dans son avalanche de crasse, de pus et de sordide, tissant l’air de rien les schémas autodestructeurs de l’humain à travers ses pires cauchemars, tout en livrant une vision définitive des enfers, comme si ce cher Phil les avait vu de ses propres yeux et avait mis tout son talent à l’ouvrage pour en livrer la représentation la plus littérale possible.
On ne compte plus les plans fous tant le tout est une démonstration de force et de la maestria de son auteur, qui multiplie les décors décadents et les cadres démesurés qui outrepassent l’aspect artisanal de son art, même si une partie du film utilise des acteurs réels et des fonds verts, cassant quelque peu le charme de la technique qui anime l’ensemble du film, comme si Tippett avait voulu gagner du temps sur certaines passages. Ces parties restent heureusement minoritaires et n’entachent pas trop la cohérence visuelle de l’ensemble, qui part même dans des expérimentations sensorielles permettant à Tippett de citer directement Kubrick et son 2001.

Si on sait bien qu’un tel voyage laissera bon nombre de spectateurs sur le carreau à cause de son aridité, Mad God semble bel et bien être le travail d’une vie, un geste artistique unique aussi génial qu’extrême, qui signe une nouvelle fois l’immense talent de son créateur fou.

Mad God (2021) de Phil Tippett

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