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Etrange Festival #4 : El Infierno, Meat, Viva la Muerte…

4e jour à l’Etrange Festival avec une programmation toujours aussi hétéroclite pour Basile et Jean-Victor.

On commence par Viva la Muerte, un film de 1971 diffusé dans le cadre d’une carte blanche à Jean Pierre Mocky et que nous avions déjà chroniqué l’année dernière lors de sa diffusion à Lyon. La suite contient un film hollandais dans l’univers … d’un boucher (Meat), une comédie dans laquelle deux morts vivants partent en quête de la bien aimée de l’un d’eux (Dead Heads) et le plus gros succès mexicain de 2010 (El Infierno).

Le prochain compte-rendu contiendra, lui, des super héros en collants !

 

Viva la Muerte (1971)
Réalisé par Fernando Arrabal & Hassen Daldoul
Avec Anouk Ferjac, Núria Espert, Mahdi Chaouch
Pendant la guerre civile en Espagne, le jeune Fando découvre que sa mère a dénoncé son malheureux père. Cherchant ce qu’il est devenu, il se heurte à un monde sauvage, se réfugiant dans un univers de perversions et de folies.

Jean-Victor :Premier film diffusé dans le cadre de la carte blanche offerte à Jean-Pierre Mocky, Viva la Muerte a été choisi par ce dernier pour son statut historique en France, celui de premier film libéré de la censure à sa sortie grâce à Jack Lang. Pur film surréaliste dans la trempe des Bunuel et autres Jodorowsky, ce classique par ailleurs fondateur du mouvement artistique Panique montre la confrontation entre un jeune garçon et les horreurs de la guerre civile espagnole. Au travers de ce parcours posant des questions sur le sens des responsabilités, l’œuvre se caractérise par des fulgurances ultra violentes et métaphoriques, amenant le thème principal du film sur de nombreux terrains, aussi politiques que religieux. Un drame puissant, étouffant et dont certaines images vous hanteront longtemps après.

 

 

Meat
Réalisé par Maartje Seyferth & Victor Nieuwenhuijs
Avec Titus Muizelaar, Nellie Benner, Elvira Out
Pour oublier sa vie minable, un boucher entre dans la tête de Roxy, une jeune femme qui l’obsède et passe son temps à tout filmer en vidéo…

Jean-Victor :Quand les allers et venues d’une triangle amoureux se retrouvent autopsiés par le caméscope d’une employée, le tout au sein d’une boucherie, cela donne Meat. Ce film danois assez unique en son genre joue sur la métaphore pour le moins évidente entre la viande et le corps humain (pas besoin de vous faire un dessin) pour dépeindre avec une froideur clinique les ébats glauques de ce misérable endroit. Si l’imagerie du film et son idée principale peinent à tenir la distance, les intrigues tournant autour de ce trio étrange achèvent le spectateur par l’ennui qu’ils dégagent, à moins d’être captivé par l’ambiance spéciale de cet objet filmique, trop appuyée pour être tout à fait honnête.

 

 

Dead Heads – Sortie prochaine en DVD
Réalisé par Brett Pierce & Drew T. Pierce
Avec Michael McKiddy, Ross Kidder, Markus Taylor
Deux zombies inexplicablement cohérents se réveillent au milieu d’une attaque de morts-vivants et décident de prendre la route pour retrouver l’amour perdu de l’un d’eux.

Basile : Comédie horrifique à la Shaun Of The Dead, Dead Heads peine à convaincre. Le principe d’être zombifié dès le début et d’aller néanmoins chercher sa dulcinée ne présente pas d’emblée beaucoup de potentiel. Mais quand en plus l’écriture se fait poussive et le casting inégal, l’entreprise est vouée à l’échec. On suit donc avec peine les tribulations de Brent et Mike tout en sachant qu’on aura tout oublié sitôt la séance terminée. Le film peine également à cacher son petit budget et le choix d’une photo “façon grincheuse” n’est pas des plus judicieux. Bref, difficile de tenir la distance avec Tucker & Dale, dans la même catégorie.

 

 

El Infierno (2010)
Réalisé par Luis Estrada
Avec Damián Alcázar, Joaquín Cosio, Ernesto Gómez Cruz

Jean-Victor : Imaginez qu’un succès national de la trempe des Petits Mouchoirs ou des Choristes se révèle être une charge ultra virulente et sans concession face à la situation actuelle du pays? Transposez plus ou moins ça au Mexique et vous obtenez El Infierno. Racontant le retour au pays d’un homme ayant passé les 20 dernières années aux Etats Unis et retrouvant sa terre natale encore plus rongée qu’à son départ, le film de Luis Estrada dépeint sans détour l’état politique et social désastreux d’une nation ravagée par la drogue et la corruption. Allumant tout ce qui bouge avec une virulence honorable, le film se paie en plus le luxe d’être un vrai divertissement de masse, avec des personnages attachants et un humour dévastateur, tout en sachant émouvoir quand il veut. Une balance équilibrée à la perfection, faisant d’El Infierno un vrai succès populaire tout en étant un manifeste hallucinant.
Et si l’existence même du film relève de l’énigme, le miracle réside véritablement dans le fait qu’El Infierno a été le plus grand succès Mexicain l’an dernier, à tel point que le président mexicain lui même a demandé suite à ça de mieux prendre soin de l’image du pays.
Forcément, quand on appuie là où ça fait mal…

Basile : Le coup de tonnerre dans un ciel sans nuage. Extraordinaire entreprise de démolition, El Infierno est une charge furieuse, décomplexée et insolente envers ce qu’est devenu le Mexique aujourd’hui. Et cette charge est d’autant plus redoutable qu’elle allie un humour noir à une technique irréprochable. Car El Infierno est un film très soigné et si sa réalisation n’a rien d’ostentatoire, elle n’en vient pas moins souligner avec efficacité la performance extraordinaire de son casting. On ne perd pas une miette du jeu des acteurs qui nous font vivre cette histoire tragicomique de cartel et de misère avec une jubilation évidente. On ne peut être qu’admiratif devant El Infierno, qui allie un jusqu’au-boutisme admirable, une qualité d’écriture (comme dans toute bonne comédie noire, on ne fait pas que rire) et de réalisation, une charge sans concession qui dynamite tout ce que le pays compte comme institutions (armée, police, clergé, politique) et enfin un véritable carton populaire au box office. C’est pas demain la veille qu’on verra un tel cyclone débouler chez nous. En attendant, El Infierno n’est sorti qu’au Mexique seulement, et ça, c’est bien dommage.

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