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Etrange Festival #3 : Limbo, Bruno Reidal

Limbo

Réalisateur hong-kongais ayant émergé à la fin des années 90, Soi Cheang s’est fait connaître pour certaines œuvres radicales dont Dog Bite Dog, avant de se tourner vers un cinéma plus commercial, comme la dernière version du Roi Singe comprenant 3 films en seulement 4 ans, ou le remarqué SPL 2.
Limbo marque donc un retour aux sources, avec l’adaptation du roman chinois Wisdom Tooth, à savoir un polar poisseux où deux flics enquêtent sur des bouts de corps retrouvés dans les ordures de part et d’autre d’Hong-Kong.

Un jeune officier qui sort d’école et aux idéaux encore intactes, allié à un vieux de la vieille usé et désenchanté pour faire face à un serial-killer retors, ça ne vous rappelle rien ?
Le film de Soi Cheang a un mal fou à donner de la chair en début de métrage à ce schéma vu et revu, sur lequel va venir se greffer un personnage féminin qui va en prendre plein la tronche tout du long, le tout étant évidemment la peinture quelque peu nihiliste d’une humanité au fond du trou, ce que le long-métrage traduit par son univers visuel, où les ruelles sont couvertes de détritus et de crasse, le bas-peuple ayant du mal à s’émanciper de cette montagne de déchets qui fait partie intégrante de sa vie.

Si le film peine à creuser son duo principal au-delà des clichés du genre, l’enquête va petit à petit reprendre du poil de la bête à mesure qu’elle les plonge dans une spirale infernale, les bougres ayant mis le doigt dans un engrenage dont il ne soupçonnait pas les profondeurs abyssales, notamment au détour de séquences brutales, comme une poursuite dans un immeuble où le duo se sépare et où le chaos règne à tout bout de champ, les ténèbres pouvant être beaucoup plus proches des personnages qu’ils ne le pensent.
Le schéma fataliste du film est comme souvent dans ce genre de production poussé à l’extrême, même si le récit grille ses cartouches un peu vite dès son intro en flash-forward, mais l’intérêt pour Soi Cheang est plus dans le parcours de ses protagonistes, ce qu’il dépeint via une mise en scène spectaculaire qui porte clairement le film bien au-dessus de son postulat de base.

Avec un noir et blanc absolument magnifique dans un contraste très poussé et fiévreux, Limbo décuple son atmosphère lourde et poisseuse, offrant certains plans renversants et écrasant les silhouettes des personnages au milieu de cette horde de déchets, comme si tout ça se passait parfois six pieds sous terre en enfer. Cette beauté macabre, maladive et tenue de bout en bout est d’autant plus un miracle qu’elle a été décidée en post-production, le film étant initialement prévu en couleurs, et le tout confère parfois une sensation de cauchemar éthéré, permettant au film de dépasser ses canevas scénaristiques radicaux certes mais ultra prévisibles, par une expérience visuelle totale.

Limbo, de Soi Cheang (2021)

Bruno Reidal

Bruno Reidal, c’est un peu l’ancêtre des tueurs qui défraient la chronique aujourd’hui, un Xavier Dupont de Ligonnes des temps anciens, le petit fermier catho que personne ne craignait jusqu’au jour où ce gaillard de 17 ans a tué et décapité un gamin de 12 ans.

Cette histoire vraie inspire aujourd’hui un film à son nom au principe intriguant puisqu’on part des échanges avec les autorités suite au drame pour retracer toute la vie du meurtrier jusqu’au fait.
En se basant sur les écrits de Reidal, qui a tout mis sur le papier en prison, et les entretiens réels avec la justice, le réalisateur Vincent le Port signe ici un premier film qu’il présente lui-même comme étant très littéraire, la voix-off du personnage rythmant tout le récit, qui adopte une approche assez naturaliste à l’écran pour essayer de comprendre le cheminement de ce gosse perdu, asocial et tourmenté, qui passait ses journées à se masturber en s’en voulant d’aller ainsi sur le terrain du mal.

Un vrai prospectus pour l’église catholique en somme, qui s’avère passionnant dans ses velléités, mais assommant dans l’exécution, le film étant d’une monotonie absolue.
Déjà parce que la voix du comédien Dimitri Doré est ainsi dirigée, le bougre n’ayant aucun variation dans la voix tel un homme déjà mort, et qu’outre quelques phrases sur son chemin intérieur, il vient surtout expliciter chacun de ses faits et gestes, que l’on voit en même temps à l’écran, mais sans y apporter de variation justifiant la redite audiovisuelle. Un procédé lourd, qui pèse sur tout le film et aplatit tout le récit, puisque chaque séquence est ainsi traitée, chacune suivant l’autre avec la même voix, le même ton, les mêmes répétitions perpétuelles, et de temps en temps une musique très discrète pour ponctuer le tout.
Difficile dans ses conditions grisâtres de susciter de l’émotion ou un début de sensation, et lorsqu’arrive le passage tant redouté et annoncé depuis le début, il a tendance aussi à se noyer dans cet encéphalogramme plat, qui visait sûrement à retranscrire le mal-être de son sujet et son incapacité à trouver du positif dans son existence.

Si tel est le projet, c’est effectivement réussi, mais de notre côté, ce caractère monocorde a eu bien du mal à susciter quoi que ce soit si ce n’est de l’ennui.

Bruno Reidal, de Vincent le Port – Sortie en salles le 23 mars 2022

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