Dans les prochaines semaines, on parlera beaucoup d’un train circulant à toute allure sur une voix enneigée.

Il y a eu quelques précédents, dont le film de Tony Scott qui est évoqué plus bas, et un autre qui ressort en version restaurée dans les salles de cinéma ce 4 septembre. Hasard du calendrier ou volonté de profiter du succès probable du Transperceneige, le film d’aventure sorti en 1986 revient sur les écrans avec un Jon Voigt plus impressionnant que jamais.

Un Dimanche Une Critique est donc consacré à Runaway Train.

 

La genèse de Runaway Train est assez particulière. En effet, le scénario a été écrit par … Akira Kurosawa. Nous sommes en 1966 et l’étranger fait de l’oeil au réalisateur légendaire des Sept Samouraïs. Il écrit alors un scénario qui aurait dû être son premier film en couleur. Mais les aléas de production sont nombreux, il faut de la neige et le metteur en scène ne parle pas assez bien anglais. En 68, le tournage est abandonné.
On reproche souvent à Hollywood de recycler des idées et de manquer d’originalité. Si c’est vrai à l’heure actuelle, ça l’était déjà dans les années 80 puisque l’histoire de Kurosawa est ressortie du placard. Des scénaristes se mettent au boulot pour retravailler l’histoire (qui, semble-t-il, n’a que peu de rapport avec l’originale). Après la tentative japonaise, c’est à un Russe que le projet sera confié puisque la Cannon choisit Andrei Konchalovsky pour se charger de la mise en scène. Si le nom du réalisateur ne vous dit rien, en plus des dizaines de films réalisés dans son pays dont Siberia, il est connu pour avoir mis en scène Tango et Cash.

Vous verrez en le (re)découvrant que le film mélange les genres. On commence donc dans une prison de haute sécurité en Alaska, avec son directeur particulièrement retord et l’un de ses prisonniers particulièrement rebelle, grande gueule et un peu cinglé. Et quand l’un va s’évader avec un complice, l’autre va se mettre à le chercher pour l’abattre. Du film de prison, on va vite passer au survival dans le froid du Grand Nord, séquence courte mais qui n’est pas sans rappeler Le Territoire des Loups de Joe Carnahan puis au film de train.
Les deux évadés montent en effet dans un train composé de plusieurs locomotives attachées entre elles. Ce qui ne savent pas, c’est que le conducteur a eu un accident et qu’il sont à bord d’un train fou !
Le spectateur va alors passer du huis clos entre les deux hommes tentant de se réchauffer dans le train aux plans larges des montagnes enneigées où le train prend de la vitesse pendant qu’une équipe de contrôle tente de voir ce qu’ils peuvent faire.

Sacrément bien ficelé, haletant, Runaway Train est porté par sa réalisation maitrisée et ses deux interprêtes principaux absolument parfait. C’est à se demander comment quelqu’un avec le talent de Jon Voight a ensuite pu aller s’emmerder dans des blockbusters idiots comme Benjamin Gates. Le comédien livre une prestation époustouflante de personnage barré et jusqu’au boutiste dans un long métrage très marqué “années 80”, alternant véritables décors naturels et trains filmés d’hélicoptères avec quelques mate paitings à l’incrustation assez affreuse.
Le film est 80s jusque dans certaines scènes parfois brutales, barrées ou carrément macho. Le personnage féminin qui intervient dès la deuxième moitié du film est particulièrement mal traité par les deux prisonniers. Des aspects qu’on aurait bien du mal à imaginer en 2012 où l’on fait bien attention à la censure et à ne froisser personne.

J’évoquais la brève ressemblance avec le Territoire des Loups, on peut également parler des similitudes avec Unstoppable. Runaway Train étant sorti il y a près de 30 ans, c’est bien lui qui a inspiré les deux autres et non l’inverse mais difficile de ne pas penser au film de Tony Scott tant les points sont communs. De la même manière, les deux réalisateurs ont choisi de donner une apparence de “monstre de fer” à la locomotive du convoi, filmé comme un personnage à part entière que rien n’arrête. Quelques scènes, notamment une collision entre un long convoi et le train fou, sont communes aux deux films. Il est donc évident que Scott a vu le film de Konchalovsky et s’en est inspiré, au moins un peu. Au delà, il est évident que l’univers de ce genre de film est assez limité et qu’il est évident qu’on ne peut que retrouver des choses déjà vues.

En dehors d’un film un peu “too much” cherchant à recoller les morceaux avec son début, Runaway Train est donc un excellent film, sans doute trop méconnu, que la ressortie en version restaurée devrait vous permettre de voir dans des conditions optimales. Les films du genre sont trop peu nombreux alors, quand ils sont réussis, autant ne pas s’en priver. Et ça permet de patienter un peu en attendant Le Transperceneige.

 

Runaway Train – Sortie le 21 mai 1986 – Ressortie le 4 septembre 2013
Réalisé par Andrei Konchalovsky
Avec Jon Voight, Rebecca De Mornay, Eric Roberts
Deux évadés d’un pénitencier s’enfuient sur un train fou, dont le conducteur est tombé de la locomotive. Parviendront-ils à l’arrêter ?

2 commentaires

  • chasseneige lundi 2 septembre 2013 20 h 58 min

    Ce film est une perle, je corrobore vos impressions !

  • SKY.CAPTAIN lundi 9 septembre 2013 16 h 48 min

    J’ai vu le film en salle lors de sa première sortie. C’était une merveille… Je l’ai revu récemment et c’est toujours une merveille.
    “Même la bête la plus féroce connait la pitié. Mais je ne la connais point, et ne suis donc pas une bête.”
    Une merveille !

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