Ce dimanche est l’occasion d’accueillir un petit nouveau. Florian lit CloneWeb depuis longtemps, est un fidèle sur les réseaux sociaux notamment Twitter et s’est proposé d’écrire pour la rubrique. Voici donc son premier papier, consacré à RockNRolla de Guy Ritchie.

RockNRolla – Sortie le 19 novembre 2008
Réalisé par Guy Ritchie
Avec Gerard Butler, Tom Wilkinson, Mark Strong
Caïd londonien, Lenny travaille à l’ancienne. Ce qui ne l’empêche pas de savoir à qui graisser la patte et de pouvoir faire pression sur n’importe quel ministre, promoteur immobilier ou malfrat en vue. D’un simple coup de fil, Lenny est capable de soulever des montagnes. Mais comme le lui dit Archy, son fidèle lieutenant, Londres est en train de changer : les mafieux des pays de l’Est, comme les petits voyous, cherchent tous à bouleverser les règles du milieu. Désormais, c’est toute la pègre londonienne, des gros bonnets aux petits poissons, qui tente de se remplir les poches en se disputant le coup du siècle. Mais c’est Johnny Quid, rock star toxico qu’on croyait mort, qui a les cartes bien en main…

Guy Ritchie est au cinéma ce que les Pyrénéens de Lindt sont au chocolat : le spécialiste d’une catégorie. Alors il a beau avoir réussi son Sherlock Holmes, il n’en demeure pas moins que son truc c’est les films de gangsters britanniques. Les films de mafieux où le meurtre n’est jamais la solution et où tout se casse la gueule pour un rien. Lock, Stock & Two Smoking Barrels est loin de m’avoir convaincu ; Snatch avait le luxe de nous offrir un nouveau penchant sur le jeu d’acteur de Brad Pitt et sa faculté à reproduire des accents incompréhensibles. RockNRolla ne prétend à aucun moment surpasser ces deux films, pourtant à mon sens il l’a fait sans même s’en rendre compte.

Dans le premier film, tout est basé sur de l’argent et deux fusils de collection ; le second met l’accent sur l’argent seulement ; le troisième se sert du contexte monétaire pour explorer des facettes trop peu mises en avant au cinéma : l’art et le gambling. J’entends par ‘gambling’ que chacun prétend être ce qu’il n’est pas, Handsome Bob en est l’exemple criant du film. Tous les acteurs se révèleront uniques, parfaits dans leurs rôles et tous se font avoir. Gerard Butler s’est trouvé un rôle taillé où il s’en prend plein la face mais s’en sort en beauté ; Thandie Newton brille de par sa seule présence, moulée dans des tailleurs de luxe et dansant un twist…original ; Tom Wilkinson joue la réserve, mais sur un accent si violent et charismatique que la moindre de ses répliques vous emportera ; Mark Strong est égal à lui-même, mythique. Mais de tous c’est Toby Kebbell qui incarne le personnage le plus emblématique. Symbole d’une génération perdue, d’une époque révolue où la drogue et la musique régissaient les vies, poussant aux extrêmes le goût de la mort et du rock il saura mettre les mots sur le sens de la vie. Je pense d’ailleurs que sa réplique vaut le coup d’être lue/écoutée, mais juste avant je place les choses dans leur contexte [SPOIL].

Johnny Quid joue un solo de piano tout en citant ce qui suit, et au même moment, ailleurs, Lennie se fait défoncer à coups de club de golf. S’en suit la plus magnifique des métaphores de la vie, le tout pour un paquet de cigarettes. Je cite :

« Meet me in the pub in two minutes. You see that pack Virginia killing sticks on the end of the piano. All you need to know about life is retained within those four walls. You will notice that one of your personalities is seduced by the illusions of grandeur, a gold packet of king size with a regal insignia. An attractive implication toward glamour and wealth. A subtle suggestion that cigarettes are indeed, your royal and loyal friends, and that Pete, is a lie. Your other personality is trying to draw your attention to the flip side of the discussion, written in boring, bold, black and white, is the statement that these neat little soldiers of death, are, in fact, trying, to kill you. And that Pete, is the truth. Oh, beauty is a beguiling call to death and I’m addicted to the sweet pitch of its siren. That that starts sweet ends bitter; and that which starts bitter ends sweet. That is why you and I love the drugs… »

Je ne saurais traduire l’idée car même après l’avoir écouté des dizaines et des dizaines de fois je n’en ai toujours pas véritablement cerné le propos.

Ritchie troque les fusils et les diamants pour un tableau, un tableau porte bonheur qui se trouvera être au centre de l’intrigue la plus farfelue jamais écrite. Partez d’un deal entre deux mafieux, ajoutez-y des braquages honteux, un indic véreux et saupoudrez le tout avec du Lou Reed, les Clash et un live de The Subways. La magie de Ritchie va opérer à chaque plan et c’est aussi sur ce point que l’art prend une place prépondérante par rapport à ses deux autres films. Il tâtonnait, il se cherchait, dans RockNRolla il affirme son style, coupant les plans juste où il faut et utilisant les ellipses à merveille pour nous faire comprendre l’intrigue sans la raconter. Le tableau n’est pas la seule marque d’art du film, la caméra de Ritchie est sans doute ce qui séduira encore plus. La peinture n’en étant probablement qu’un reflet.

De tous les personnages, Roman et Mickey sont les seuls « ratés », mais cela sans doute par manque de temps, Ritchie ayant préféré mettre l’accent sur des parties clés du passé de Johnny Quid, simplement pour que l’on comprenne le personnage de Lennie. Hommage subtil aux longs films de gangsters américains, probablement. Aujourd’hui plus personne ne se risque dans un long métrage de plus de trois heures. L’époque du Parrain et des Affranchis n’est plus. Pour marquer ce point tous les personnages, Archie mis à part, sont pitoyables, tous sont des clichés. Et ces clichés, imbriqués les uns dans les autres forment un canevas unique et indéfectible. A tel point que le sentiment final s’approchera du : « et ensuite ? ». Le message final laissant à croire à une suite qui n’arrivera sans doute jamais.

Guy Ritchie s’évertue à nous livrer la vision d’une mafia anglaise aussi puissante que pathétique. A travers des jeux de lumières maîtrisés, des plans uniques et toujours différents il parvient à insuffler un souffle nouveau, qui s’emporte dès que la musique démarre. La chanson d’introduction I’m A Man, faite par les français Black Strobe est le mirroir d’une époque et d’un style ; un style que Ritchie ravive et enflamme. Au final, le point fort du film est résumé dès la première citation : « What’s a RockNRolla? […] It’s not about drums, drugs and hospital drips. Oh no. There’s more there than that my friend. We all like a bit of the good life. Some the money, some the drugs, others the sex game, the glamour or the fame. But a RockNRolla, oh he’s different. Why? Because a real RockNRolla, wants the fucking lot. »

– Florian

4 commentaires

  • syphiss dimanche 17 octobre 2010 9 h 46 min

    :’)
    Merci CloneWeb.

  • Misutsu dimanche 17 octobre 2010 11 h 38 min

    Ritchie a essayé de nous refaire le coup du film de malfrats, fun et délirant. Mais on s’ennuie ferme avec celui-là.

  • Syphiss dimanche 17 octobre 2010 12 h 35 min

    C’est pourtant le seul qui m’a fait plaisir. Bien filmé, un scénario où on ne se perd pas à chaque changement de plan et surtout avec la bande son.

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