Il fait froid sur la France. Alors ce dimanche, avec Danny qui signe la critique, nous avons décidé de vous réchauffer.

On va évoquer un film de Paul Verhoeven qui a, depuis, été décliné sur tous les supports : séries télés, comics, jeux vidéos, téléfilms, (mauvaises) suites au cinéma et projet de remake. On va vous parler d’Alex Murphy.

Un Dimanche, Une Critique est consacré à Robocop.

 

 

Robocop – Sortie le 20 janvier 1988
Réalisé par Paul Verhoeven
Avec Peter Weller, Nancy Allen
A l’aube de l’an 2000, Detroit est la proie du crime et de la corruption. Pour pallier ce terrible état, les services de police inventent une nouvelle arme infaillible, Robocop, mi-homme, mi-robot, policier électronique de chair et d’acier qui a pour mission de sauvegarder la tranquillité de la ville. Mais ce cyborg a aussi une âme…

 

Connu pour son style provocateur et excessif, le réalisateur Paul Verhoeven a réussi à mener une incursion dans le genre de la science-fiction pour y apposer son style et son point de vue. Dans cette optique, une des œuvres marquantes de sa filmographie est Robocop.

Premièrement, parce que le film possède plusieurs qualités, tant dans sa mise en scène que dans ses thèmes abordés ou sa symbolique. Ensuite, par la création d’une icône du cinéma hollywoodien. Et enfin, par le fait qu’il a engendré une licence commerciale qui a malheureusement totalement vidée le concept et son personnage de sa substance.
A cette période où il décide de travailler pour Hollywood, il lui livre un film qui se permet d’être une critique acerbe des Etats-Unis de l’époque (et peut-être encore d’actualité sur certains détails) et même si il est vrai que le long-métrage est caricatural en de nombreux points (comme pour la caractérisation des personnages par exemple), décrivant une violence bien souvent grotesque entourée d’humour noir et de cynisme, il s’agit ici de créer une représentation déformée d’une réalité afin de mieux en montrer les défauts même si il faut pour cela choquer, quitte à ce que des spectateurs s’arrêtent à cela ou n’adhèrent pas à sa forme, quand bien même le fond reste pertinent.

Le film se passe dans un futur proche décrivant les Etats-Unis tel qu’il pourrait le devenir si ses travers et ses défauts étaient amplifiés. L’ultra-violence est devenue banale, le cynisme est omniprésent et l’entreprise OCP possède de plus en plus de mise sur la ville de Detroit. Pour cette entreprise, tout est question de business aux dépends des individus et tout ce qui peut servir à augmenter le profit et à améliorer les moyens de gagner plus d’argent est vu comme quelque chose de positif. Le cinéaste décrit ainsi à travers des idées de mise en scène (faux journaux télévisés, fausses publicités) tout un contexte social, politique et économique.

Alex Murphy (Peter Weller) est un agent de police, un bon mari et un bon père de famille, un homme bien qui croit en ce qu’il fait. On ne peut que s’attacher à ce personnage malgré le fait qu’il nous soit rapidement présenté. Tout comme les autres membres des forces de l’ordre, il est pris dans des directives que la police subit, lui qui se retrouve muté dans un autre secteur. Il devient ainsi le collègue d’ Anne Lewis, dur à cuire sans qui la quête de Robocop ne sera pas possible et qui se trouvera être l’un des seuls repères sur lequel ce qui reste de Murphy pourra s’appuyer, ayant su reconnaître en Robocop son ancien partenaire.

La mise à mort de Murphy, en plus d’être un véritable acharnement de la part du criminel Clarence Boddicker (Kurtwood Smith) et de ses complices, est aussi une souffrance psychologique et émotionnelle à un tel point qu’elle en devient donc doublement traumatisante. Néanmoins, ce passage n’est pas gratuit et reste une nécessité, s’inscrivant également dans une logique de symbolisme. Laissé pour mort, Murphy est récupéré par l’OCP pour servir à la création d’un robot.

Paul Verhoeven réussit à soigner l’entrée en scène de son protagoniste principal, à le magnifier quand le besoin s’en fait sentir pour mieux faire ressortir son invulnérabilité en utilisant parfois la contre-plongée lors de moments de bravoure de Robocop.
Flambant neuf, il nous est présenté comme un être invincible, imperturbable, incorruptible, obéissant et faisant respecter la loi mieux que n’importe quel policier car ne ressentant pas d’état d’âme, uniquement crée pour être au service de la justice. En résumé l’employé modèle disponible à tout moment. Mais ce que n’avait pas prévu les dirigeants de l’OCP, c’est que leur produit finisse par se rebeller.

Robocop va peu à peu lutter pour retrouver une humanité perdue. Des bribes de son ancienne vie se manifestent et il va donc, à travers une enquête pour retrouver ses meurtriers, redécouvrir ce qui a été son ancienne vie en tant que Alex Murphy.
Cette investigation va le mener à découvrir la corruption de l’OCP et à le confronter au personnage de Dick Jones (Ronny Cox) ainsi qu’au robot ED-209, dont la conclusion de cette bataille est l’occasion de voir l’une des scènes marquantes du film qui se révèle être un lynchage en règle pour Robocop, à savoir des rafales de tir de la part de policiers. Lors d’un final intense, il se venge de ses assassins et met à jour la corruption de l’entreprise, retrouvant du même coup une dignité et une identité qu’il avait perdu en tant qu’homme, en tant que flic et qu’il retrouve désormais.

La musique composée par Basil Poledouris arrive à la fois à faire ressortir le côté robotisé du héros par une musique puissante et héroique, notamment dû au morceau Rock Shop qui possède une dominance de cuivres et de percussions, ou bien à créer un son plus « organique » lorsque le côté humain de Murphy se manifeste, repérable en particulier lorsque Robocop redécouvre la maison où vivaient la famille de Alex Murphy avec une utilisation de violons qui se fait ressentir.

En analysant l’histoire et les caractéristiques de Robocop, on peut constater qu’il semble appartenir à l’archétype du super-héros, car comme la plupart des super-héros il s’agit d’un homme normal qui subit un traumatisme plus ou moins grand et finit transformé, acquérant généralement des capacités extraordinaires qu’il met bien souvent au service d’innocents.
On peut y voir aussi l’archétype du shérif, de celui qui doit faire respecter la loi dans un univers violent tout en assénant des répliques bien senties. Cette manière de fusionner des symboles purement américains porteurs de certaines valeurs est un moyen de faire du protagoniste principal une autre référence de ce pays, dans un contexte ou le peuple aurait besoin de se raccrocher à quelqu’un ou quelque chose pour les protéger.

On peut aussi penser à une comparaison avec le mythe du monstre de Frankenstein (l’Homme défie Dieu en inventant une créature grâce à la science et en utilisant des morceaux de cadavre, la créature se rebelle et veut une identité afin de pouvoir être considéré comme un individu à part entière malgré qu’il ne sera jamais véritablement humain). Cette frontière fascinante entre la vie et la mort est bouleversée de par la simple existence de Robocop. Sa manière de montrer sa fragilité et ce qui reste de son humanité (en ôtant son casque) perturbe et fascine tant il passe d’une facette à une autre, et ainsi abandonner son côté mécanique et donc son invincibilité afin de montrer ses restes humains pour pouvoir récupérer son humanité.
Paul Verhoeven détient lui aussi une analyse toute personnelle de son œuvre, comparant Murphy/Robocop à un équivalent du Christ, l’histoire du film suivant le principe vie/mort/résurrection et dont la scène de l’exécution serait pour lui une crucifixion.

Tout en étant le produit d’une gigantesque industrie et de ce fait une partie d’un système (que cela soit pour le personnage ou le film), Robocop porte en lui une réflexion et un certain recul sur son propre monde.

6 commentaires

  • b4ss dimanche 5 février 2012 7 h 14 min

    Un film tout simplement génial !!!

  • Obiwan_k_nobi lundi 6 février 2012 8 h 55 min

    Salut !!

    Je suis d’accord avec B4SS c’est un super film !
    J’aimerais juste signaler que, malgré la très bonne critique, le prénom de Murphy est ALEX et pas JOHN.

    @+

  • Marc lundi 6 février 2012 10 h 20 min

    Corrigé. John Murphy, c’est le compositeur de musiques de films

  • Mery lundi 6 février 2012 21 h 44 min

    Très bon film peu importe notre génération.
    PS: Les critiques du dimanche sont-elles faites par le même rédacteur? Quoi qu’il en soit je les trouve très constructives et ça donne envie de se matter les films une fois encore :D

  • Marc lundi 6 février 2012 22 h 57 min

    Non, il y a le nom de chaque rédacteur tout en haut sous le titre

  • Misutsu mardi 7 février 2012 15 h 36 min

    Robocop c’est tout de même un robot qui se prend pour un humain juste parce-qu’il a des résurgences de la mémoire du pauv’ type qui lui a servi de matériaux. A la fin du film, Robocop n’est pas redevenu Murphy, c’est toujours un robot dont le programme est parasité et altéré par ces résurgences, et en cela ça fait un peu peur. Dommage d’ailleurs que dans le 2ème film ne repose pas sur l’idée d’un nouveau Robocop parasité, lui, par la mémoire d’un psycopathe, puisque le dit psycopathe qui sert de matériaux n’est jamais réellement mort contrairement à Murphy.

Ajoutez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués * sont obligatoires.