La critique de ce dimanche a été rédigée par Loic, un fidèle de CloneWeb à qui on devait déjà le papier sur Perfect Blue publié il y a quelques mois.
Il revient aujourd’hui avec une critique consacrée à Dressed to Kill, le film de Brian de Palma sorti en 1981 sous le titre de Pulsions et initialement publiée dans le magazine papier helvétique Daily Movies

Dressed to Kill (Pulsions) – Sortie le 15 avril 1981
Réalisé par Brian De Palma
Avec Michael Caine, Nancy Allen, Angie Dickinson
Kate Miller, la cinquantaine et frustrée sexuellement, suit une psychothérapie. Sentant la jeunesse lui échapper, elle va succomber à un inconnu rencontré au musée.
Cette rencontre lui sera fatale : en revenant chercher la bague qu’elle avait oubliée chez son amant, elle rencontrera la mort dans l’ascenseur. Liz Blake, prostituée, a vu la scène dans le miroir de la cabine : une blonde a lacéré Kate Miller avec un rasoir.
Cette blonde n’est pas encore une femme, mais “une femme dans un corps d’homme” à qui son psychothérapeute, le même que celui de Kate Miller, refuse l’agrément pour une opération de changement de sexe.

Difficile de l’avouer, mais Brian De Palma n’est guère plus que les vestiges du grand cinéaste d’autrefois. Dans cette chronique quelque peu nostalgique, éveillée par la présence de la rayonnante Nancy Allen au NIFFF, nous allons nous replonger dans l’un de ses films les plus aboutis, un chef-d’oeuvre de mise en scène et à la tension paroxysmique: « Dressed to Kill ».
Issu de cette génération fiévreuse de cinéastes-cinéphiles du ”Nouvel Hollywood”, De Palma commence sa carrière avec quelques comédies avant d’enchainer avec des thrillers au petit budget (« Sisters » en 1973, l’incroyable « Phantom of the Paradise » en 1974). Mais c’est surtout en 1976 avec l’adaptation de « Carrie » de Stephen King qu’il acquiert une réputation critique et commerciale. Puis, en l’espace de deux ans, De Palma réalise probablement ses deux films les plus réussis, à savoir « Dressed to Kill » (1980) et « Blow Out » (1981).

Plusieurs informations circulent quant à l’origine de « Dressed to Kill »: l’espionnage sur pellicule commandé par la mère de De Palma pour prouver l’infidélité du père, ou encore les résidus d’un scénario, « Cruising », qu’il n’a pu réaliser – qui tomba dans les mains de William Friedkin. Le pitch? Difficile de le résumer sans en révéler des retournements de situation cruciaux. Car oui, le film repose sur des twists; De Palma aime manipuler son audience. « Dressed to Kill » est avant tout une démonstration de talent jubilatoire, un exercice de style impressionnant, dans lequel le réalisateur ne cache pas ses influences les plus brûlantes pour le cinéma. On ne tarde pas à remarquer l’ombre pesante du maître du suspens Alfred Hitchcock, déjà dans le lourd retournement de situation qui s’opère au milieu du film, qui rappelle la perte des repaires de « Psychose ». Mais l’influence se ressent également dans les mouvements de caméra, par leur précision millimétrée et par leur soudaineté, dans l’apparition brute de violence, ou encore dans le souci de détails minutieux. Loin d’être un handicap pour De Palma, ce dernier s’appuie sur ces références, ce qui lui permet une aisance dans l’évolution de son récit, fascinant de maestria, dans lequel il ose même revisiter la culte scène de la douche, qui n’a finalement rien à envier à l’originale.

Il serait honteux de ne mentionner qu’Hitchcock dans les références de « Dressed to Kill », car un autre pan du cinéma à suspens s’avère également cité: le giallo, slasher italien dont les ambassadeurs sont les légendaires Dario Argento et Mario Bava. Au-delà des ressemblances purement scénaristiques (le meurtre en ouverture, la découverte d’un cadavre impliquant le personnage dans une sombre histoire, la menace omniprésente du tueur), le film affiche des caractéristiques esthétiques similaires. Ce fétichisme pour les armes blanches, valorisées par de nombreux gros plans, constitue un échelon conséquent dans l’élaboration d’une tension exponentielle. La beauté de ces armes – d’une lame de rasoir en l’occurrence, arme de prédilection dans la plupart des gialli – vient appuyer l’oxymore thématique et visuelle, celle de la valorisation esthétique de phénomènes finalement aussi hideux que la mort et que l’acte de tuer. De Palma soutient ce contraste par ses mouvements de caméra classieux, d’une précision chirurgicale, et en usant d’un cinémascope phénoménal.

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Paradoxalement, cette spécificité technique, par la grandeur de l’espace filmé, accroît l’impression d’enfermement des personnages, alors à la merci de leur bourreau. Il n’y a qu’à voir cette scène pivot du meurtre dans l’ascenseur, d’une maîtrise absolue, qui oppose l’espace clos de l’élévateur à l’espace a priori ouvert du couloir. De Palma domine les espaces et s’en sert comme d’un outil pour ses personnages. A ce propos, la scène dans le musée, entièrement muette, durant laquelle l’impressionnante Angie Dickinson se livre à un jeu de séduction avec un étranger, construit une tension phénoménale grâce aux regards et aux mouvements (de caméra et des personnages). Avec sa maîtrise absolue de la technique, ses dialogues acérés et ses acteurs en grande forme (le dialogue final entre Nancy Allen dénudée et Michael Caine semi-stoïque brille d’efficacité), « Dressed to Kill » s’impose comme un tour de force estomaquant, dans lequel De Palma démontre tout son talent.

– Loic

Critique initialement publiée dans le magazine Daily Movies

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