Nous sommes dimanche, les fêtes approchent, vous allez sûrement passer une heure ou deux à décorer votre sapin. Quoi de mieux qu’un bon film qui évoque Noël. Voici donc la critique de … Piège de Cristal.
N’hésitez pas à laisser vos avis sur ce film culte dans les commentaires.

Die Hard (Piège de Cristal) – Sorti le 21 septembre 1988
Réalisé par John McTiernan, avec Bruce Willis, Alan Rickman, Bonnie Bedelia.
John McClane est un policier de New-York qui espère passer un réveillon de Noël agréable, à Los Angeles avec sa femme et ses enfants. Hans Gruber et son équipe de terroristes espèrent quant à eux faire le casse du siècle en pillant le coffre de la tour Nakatomi le même soir. Leur plan est parfait, à un détail près: John McClane…

Ah, Noël. La neige, les lumières, les sapins et les cadeaux, les buches glacées et les mandarines, les contes et les chants font de ce folklore l’un des plus riches et des plus attendus de l’année. Et pour cause, certains ont même la chance d’avoir les faveurs de Santa, et partagent ainsi leur réveillon à Los Angeles avec une troupe de terroristes internationaux et polyglottes dans un immeuble de 40 étages, pieds nus, avec des fusils automatiques en guise de jouets. C’est pas le rêve ça? Enfin, le rêve de la majorité des petits garçons, en tout cas.

Le petit nom du père Noël, en cette année 1988, c’est John. John McTiernan. À ne pas confondre avec notre guide lors du parcours initiatique qui nous attend, à savoir le seul, le vrai, l’unique John McClane. Trêve de superlatifs, venons-en au sujet.

Notre héros, plus anti-héros qu’autre chose, est un policier en vacances, pas vraiment marié ni divorcé, pas vraiment invincible mais chanceux dans son malheur, pas vraiment con mais un peu porté sur l’humour qui tache quand même (mais c’est pour ça qu’on l’aime). Ou plutôt, l’aime-t-on parce que c’est un des types les plus cools du monde? Oui mais alors dans ce cas, en quoi est-il si cool, le John? Et pourquoi, sacrebleu, ce film donne-t-il toujours autant la patate 21 ans après sa sortie?

Premièrement, le moins que l’on puisse dire de McTiernan, c’est qu’il sait raconter une histoire. Dans ce conte de Noël pas comme les autres, il nous berce à grands coups de caméras placées avec une efficacité redoutable: le spectateur devient témoin, impuissant mais pas passif, de cette aventure sur vitaminée ; et voilà que le père Noël nous a déjà apporté notre premier cadeau: des yeux pour voir. Impossible alors, de ne pas remarquer le souci du détail avec lequel le scénario est construit, ou devrions-nous dire, se construit lui-même, excroissance par excroissance, comme un organisme qui n’a de cesse de s’étendre, tout du moins jusqu’au point de nouement maximum, porté à son paroxysme, à l’instar des autres ingrédients du cocktail Die Hard. Ici, nul besoin de complexité structurelle alambiquée visant à perdre le spectateur peu attentif: tout est question de monter les marches l’une après l’autre. Ça paye pas de mine, comme on dit, mais un dialogue anodin à l’atterrissage d’un avion, ou un cadre retourné dans un moment d’agacement, voilà ce qui fait la différence entre une partie d’échec avec Hans Gruber et un concours de j’ai-la-plus-grosse avec Thomas Gabriel.

Si McTiernan s’évertue à déconstruire certains clichés, c’est pour mieux les remettre sur pieds ensuite. Ainsi, les agents de police et du FBI passent gentiment pour des amateurs avant de trouver la rédemption grâce à un acte héroïque de notre Al Powell des familles. L’utilisation de ces codes révèle un amour véritable pour le film d’action en cela qu’ils sont manipulés mais jamais dénaturés.

Trop bon dans sa réalisation, McTiernan ne se dispense pas d’imposer un rythme effréné à son personnage, sans jamais tomber dans la répétition ou la facilité. L’immersivité du récit est quant à elle renforcée par divers procédés, soit d’ordre purement narratif (la formation habile de rapports triangulaires), soit de mise en abîme (“Now I know what a TV dinner feels like.”). Est-ce à dire que le spectateur doit s’identifier à McClane? Difficile, étant donnée la situation peu commune dans laquelle il se trouve.

John McT. et John McC. ont chacun leur voie à nous faire découvrir. Papa Noël, d’abord, nous entraîne sur le fil du rasoir dans un brillant exercice de style où il trace la limite entre l’improbable et l’impossible, où il nous fait découvrir le seuil qui délimite le réaliste de son opposé, nous obligeant ainsi à nous interroger sur notre propre incrédulité. Toujours au bord du gouffre du surhumain, Die Hard se maintient en parfait équilibre sur sa corniche. La tension, omniprésente, oblige le témoin des évènements à rester sur ses gardes, prêt à envoyer valser son incrédulité dans les airs, mais ne trouvant jamais l’occasion propice pour la libérer.

McClane, quant à lui, fait écho à son créateur et s’occupe de nous embarquer vers de nouveaux horizons, car non seulement costaud, il est aussi équilibriste. Lui aussi face à son propre pouvoir, celui de transformer un conte de Noël pour toute la famille en bain de sang réservé aux cinéphiles sadiques mais pas si méchants, John introduit sans crier gare la vie adulte dans le monde des enfants. John, c’est un gars blasé de son boulot, blasé des voyages, blasé de la vie en somme. Vraiment? Ou est-ce un homme positif, ironique, drôle et dynamique? John, c’est un peu de tout ça en fait. John McClane, c’est un peu le cousin, le tonton, ou même le grand frère qu’on aurait tous aimé avoir: celui qui nous fait entrer doucement dans ce monde pourri et gris qu’est celui des adultes, sans pour autant oublier les joies et la légèreté de notre enfance.

C’est peut-être en ça, finalement, que ce film et son héros restent aussi cools plus de vingt Noëls plus tard. Yippy-kai he, motherfuckers!

– Arkaron

1 commentaire

  • Xidius dimanche 13 décembre 2009 13 h 40 min

    Meilleure critique du dimanche qu’on ait eu jusqu’alors? Yippe Kay Yeah!

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