Ne sortez pas de chez vous, Météo France a lancé un avis d’alerte à la tempête touchant presque toute la France en ce dimanche. Profitez-en donc pour lire une nouvelle critique de Guillaume. Cette fois-ci, il vous parle de ce qui est pour beaucoup de gens le meilleur film de super-héros.
“Un Dimanche, Une Critique” de ce 28 février est consacré aux Indestructibles.

Les Indestructibles – Sortie le 24 novembre 2004
Réalisé par Brad Bird
Bob Parr était jadis l’un des plus grands super héros de la planète. Tout le monde connaissait « Mr indestructible », le héros qui chaque jour sauvait des vies et combattait le mal. Contraints de raccrocher leurs super-costumes quinze ans plus tôt, Bob et sa femme Helen, l’ex-Elastigirl, ont pris une nouvelle identité et s’efforcent de mener une vie normale avec leurs trois enfants, Violette, Flèche et Jack-Jack dans une banlieue anonyme.
Jusqu’au jour où Bob reçoit un mystérieux message pour une mission top secrète : sauver le monde…

Après vous avoir parlé de l’animation japonaise et française, il fallait bien que je m’attarde un moment sur l’animation américaine. Et vu la grosseur du catalogue, pas évident de faire un choix… quoique.

Vous connaissez mon goût pour l’intelligence, j’ai donc choisi un réalisateur (et a fortiori un studio) intelligent : Brad Bird.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas le bonhomme, disons que c’est un gars qui est tombé dans les dessins animés quand il était tout petit : il visita les studios Disney à onze ans et à partir de ce jour-là, il décida qu’il allait faire de l’animation (ce qu’il fit d’ailleurs, il finit son premier court métrage à treize ans). Plus tard, il poursuivit ses études d’animateur aux beaux arts et eut dans sa classe un certain John Lasseter, futur fondateur des studios Pixar.

Brad Bird travailla ensuite pour Disney, puis pour Fox, notamment sur les Simpsons, avant d’aller chez Warner où il réalisa le magnifique Géant de fer, un film devenu culte chez tous les amateurs d’animation mais qui n’eut pas de succès au box office, malheureusement (je vous en reparlerai peut être une autre fois). Après cela, Brad fut recontacté par son vieux pote Lasseter qui l’invita à travailler pour Pixar sur ce qui allait devenir Les Indestructibles.

Fin de l’intro, entrons dans le vif du sujet. Alors je préviens tout de suite, on va parler un peu super héros.

Non les filles, ne partez pas, non ! On va en parler de façon intelligente, pas comme des gamins de douze ans ! enfin… pas tout de suite…

Car là est le talent de Brad Bird : avec Les Indestructibles, il a probablement réalisé l’un des meilleurs films de super héros qui existe (vous me direz, les bons films de super héros, y’en na pas des masses) mais je dirais même mieux : il a créé une des meilleures histoires de super héros qui existe.

Alors bien sûr, il n’a rien inventé mais son film est une brillante synthèse, une digestion intelligente de 70 ans de comic books. Et il réussit là où beaucoup d’autres se cassent les incisives : il rend les super héros réalistes.

Mais attention, hein, juste ce qu’il faut, on n’entre pas dans les détails des origines, on se fout de tout ce qui est technique et on ne fouille pas les tréfonds de l’âme torturée du personnage névrosé qui s’habille en collant parce qu’il a eu un gros problème d’oedipe non réglé ou parce qu’il a plein de sous et qu’il aime les gadgets.

Non. C’est un film de super héros alors on balance des super héros clés en main. Ici, le réalisme passe par les relations humaines, les relations familiales voire les relations de couple.

En effet, c’est le premier film d’animation (le seul ?) à traiter d’une façon aussi mature la notion de couple : on est témoins de la double vie du mari, on voit les personnages se disputer, on ressent les doutes d’Helen qui soupçonne un adultère… des notions TRÈS inhabituelles chez Disney et dans les films animés en général (car destinés à un public familial). Avec cette famille de héros, on voit clairement les références à la série des Quatre fantastiques (surtout que les pouvoirs sont quasi similaires) et on retrouve les chamailleries entre les personnages, donc pas trop de nouveauté, mais ici, chaque personnage compte : les enfants jouent un véritable rôle (alors qu’ils sont souvent des potiches dans la bd) ; et les rôles sont beaucoup plus cloisonnés : famille d’un côté, costumes de l’autre (du moins jusqu’à la fin exutoire).

Brad Bird montre ici qu’il est beaucoup plus malin que son public, il ne lui donne pas ce qu’il veut, il lui donne ce dont il a besoin : « ok, vous voulez un film de super héros ? Vous allez voir, avec nos super animateurs et nos images de synthèse, on va vous faire un truc qui va tout déchirer !! » Eh bien non. Bird ne prend pas vraiment le contre-pied de ce postulat mais il va plus loin : oui, il y a des scènes d’action et elles servent parfaitement l’intrigue c’est vrai mais l’essentiel n’est pas là : l’essentiel c’est sa vision (définition ?) du super héros.

À titre d’illustration, l’ouverture du film est un brillant exemple de « je te prends par la main et je t’emmène plus loin » : le film commence par des images d’archives, filmées en super 8, qui sont des interviews des super héros au temps de leur gloire, au moment où ils sont très populaires et déjà, là, on voit bien que c’est le côté humain qui est mis en avant ; aucun de ces héros ne parle avec grandiloquence ou mystère ou bougonnerie, ils parlent comme des gens normaux. Être un super héros dans les film de Bird c’est juste avoir un métier un peu différent des autres, c’est tout.
Et là, pour ce début, tous les lecteurs de comics qui attendaient un grand thème musical symphonique et une scène d’action qui secoue le caleçon sont complètement désarçonnés. Mais Bird les rassure, la scène d’action vient ensuite : une poursuite, de la bagarre, des explosions… tout y est, ouf ! mais elle se termine par… un mariage ? Re-désarçonnement. Et puis on enchaîne avec… l’interdiction des super héros ?! Mais c’est pas possible ! Oui mais attends, petit fanboy, regarde, regarde comment le héros vit la chose, ce qu’il ressent et installe-toi dans ton fauteuil, tu vas assister à son retour en grâce.

Et ceci est le mot clé du film : le retour.
Retour des super héros, retour à l’enfance, retour à l’insouciance, retour à une certaine époque dorée où tout était simple et facile (le film est clairement orienté années 50). Ce que Bird nous propose ici, c’est d’assumer cette part d’enfance qui sommeille en nous : après avoir tué nos idoles durant l’adolescence, refaisons les vivre à nouveau (même si elles sont un peu nunuches). D’ailleurs, dans le film, c’est grâce ou à cause de ses enfants qu’Helen choisit de reprendre sa carrière (Bob lui, est toujours resté un grand gamin)(qui a dit « comme moi » ?).

On peut aussi y voir la volonté d’un retour à une certaine légèreté dans les histoires de super héros qui ont été assez plombées par des ambiances très « sombres » depuis le milieu des années 80 (la fameuse adolescence évoquée plus haut). Attention, légèreté ne signifie pas simplicité mais juste un peu moins d’introspection et de noirceur (ça va quoi, faut aussi que les gosses de 13 ans puissent les lire ces histoires).

En guise de conclusion, je citerai le grand Terry Gilliam.
Pendant un temps, à la fin des années 80, Terry a tenté d’adapter au cinéma Watchmen, l’histoire de super héros culte d’Alan Moore qui raconte, entre autres, la disgrâce et le retour de justiciers masqués (tiens comme c’est bizarre). Il y renonça non pas parce que, pour l’époque, cela représentait un énorme défi technologique, mais tout simplement parce qu’Alan Moore lui avait dit que ce n’était pas possible de faire cette adaptation.

Mais le temps a passé et vous savez sûrement que ce film a finalement vu le jour (hélas) en 2009. Interrogé sur le sujet, Terry expliqua qu’il était stupide de faire ce film car, en dehors des raisons d’Alan Moore, les Indestructibles avaient déjà traité, et de brillante manière, le même sujet !
Là où Alan Moore appuyait pour faire mal, Brad Bird montre qu’un avenir est possible et que les super héros pourraient avoir leur place dans la société (en tant qu’espions par exemple, le film étant farci de références à James Bond aussi).

Mais bon, après tout, ne prenez pas tout ça au sérieux, les super héros, c’est cool, avant toute chose, n’est-ce pas Frozone ?

– Super G.

6 commentaires

  • FredP dimanche 28 février 2010 9 h 49 min

    Tiens ça me donne bien envie de le revoir en ce dimanche de tempète

  • Hellboy dimanche 28 février 2010 10 h 30 min

    Yeah ! Vas-y Fred !
    Bon je sais que je n’ai fait que survoler ce film aux multiples lectures mais je n’avais pas la place ni le temps de le traiter convenablement. Ceci dit, si déjà, ça vous donne envie d’y jeter un coup d’oeil alors je suis ravi !

  • Dark-Movie dimanche 28 février 2010 10 h 41 min

    J’ai du le voir bien 5-6 fois mais c’est vra

  • Dark-Movie dimanche 28 février 2010 10 h 41 min

    mais c’est vrai que la ça me donne bien envie de le rererere…voir ^^ merci bien !

  • The_Geek59 dimanche 28 février 2010 11 h 55 min

    Super Critique Hellboy! Je me le passerais bien cette après midi tiens… :D

  • sebiomega lundi 1 mars 2010 14 h 49 min

    Critique un peu courte mais pertinente, pour ma part c’est vraiment mon Pixar favoris avec les Toy Story.
    Petite remarque, dans l’introduction je note cette phrase: “Cette fois-ci, il vous parle de ce qui est pour beaucoup de gens le meilleur film de super-héros.”
    Et pourtant ce chef d’oeuvre était absent de la liste pour l’élection du film de la décennie du mois dernier, dommage j’aurais voté pour lui…
    ( et puis madame Indestructible est trop excitante avec ses courbes généreuses, I Love You ElasticGirl …: )

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