En ce dernier week-end du mois de janvier, se déroule dans notre beau pays une festivité qui draine jeunes et moins jeunes sur les bords de la Charente, j’ai nommé le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême !
Ne voulant pas être en reste (et aussi parce que j’aime bien les petits miquets), j’ai décidé de vous parler aujourd’hui d’un film qui a donc un rapport étroit avec la bande dessinée, bien qu’il ne soit pas une adaptation directe d’un album ou d’une série.

Point de super héros en justaucorps (ou en armure), point de petit gaulois costaud, point d’héroïne en bikini métallique, seulement deux gars, une fille, quelques potes et des boutons plein la gueule : bienvenue dans le monde des Beaux gosses.

 

Les Beaux Gosses – Sortie le 10 juin 2009
Réalisé par Riad Sattouf
Avec Vincent Lacoste, Anthony Sonigo, Alice Tremolières
Hervé, 14 ans, est un ado moyen. Débordé par ses pulsions, ingrat physiquement et moyennement malin, il vit seul avec sa mère.
Au collège, il s’en sort à peu près, entouré par ses bons copains. Sortir avec une fille, voilà qui mobilise toute sa pensée. Hélas, dans ce domaine, il accumule râteau sur râteau, sans toutefois se démonter. Un jour, sans très bien comprendre comment, il se retrouve dans la situation de plaire à Aurore, l’une des plus jolies filles de sa classe.
Malgré des avances de plus en plus évidentes, Hervé, un peu nigaud, ne se rend compte de rien. Quand enfin il en prend conscience, Aurore refuse de sortir avec lui. Puis, sans prévenir, elle se jette dans ses bras. Enfin, il sort avec une fille !
Grand amateur de branlettes et de films X, Camel, son meilleur ami, convainc Hervé d’essayer de coucher avec sa copine. Devant son copain, Hervé se vante de sa virilité, mais quand il est avec Aurore, c’est une autre affaire…

Les gens bien informés vous diront que le réalisateur, Riad Sattouf, par ailleurs auteur de BD (récompensé justement en 2010 à Angoulême), a adapté ici son album Retour au collège, paru en 2005 (Hachette). Ils se trompent. Le scénario du film est une histoire originale, écrite directement pour le cinéma. Originale ? ce n’est pas aussi simple que ça…

Ce qui fait en effet une des grandes forces du film est son côté intemporel.
Ces ados des années 2000 ressemblent trait pour trait à leurs illustres aïeux des années 90, 80, 70 et j’en passe et du coup, on a un curieux sentiment de « déjà vu » durant la vision du film (mais un « déjà vu » qui fait sourire, je vous rassure). Comment Sattouf fait-il pour réussir là où tant d’autres subissent les effets de mode ?

Primo, il traite le sujet dans sa globalité.
Durant 1h30, tous les aspects de l’adolescence sont abordés : trouver son individualité tout en suivant une certaine norme sociale, s’émanciper de ses parents pour acquérir un véritable statut autonome et nouer des relations avec des personnes de son âge afin de construire quelque chose de nouveau. Et tout ceci, au travers du prisme universel de… L’AMÛÛÛR !

Et là où le film fait mouche, c’est que contrairement aux teen movies américains, l’amour adolescent est traité de manière réaliste, oscillant entre un sentiment fort, des pulsions hormonales et une certaine idée de l’orgueil (chez les américains, c’est soit l’un, soit l’autre). Ainsi le héros rompt avec la fille de ses rêves pour un détail (peu ragoûtant, il est vrai) alors qu’il ne pensait qu’à lui rouler des pelles à longueur de journée pour mieux se vanter auprès de ses potes. Mais tout au fond de lui, il sait que c’était la femme de sa vie (et sa vie est par conséquent ratée, évidemment).

C’est cet équilibre, tout en subtilité et lourdeur, que Riad Sattouf est parvenu à faire passer. Alors, attention, ne nous emballons pas, on n’est pas non plus dans Le grand Meaulnes ou L’éducation sentimentale, on a quand même droit à des vannes bien au raz du slip et à de l’humour de toilettes de vestiaires mais ça passe car ce ne sont pas les aboutissements des gags.
Je m’explique : dans American pie, par exemple, on a droit à des gags sur l’éjaculation précoce, « rhôôô » et point final.
Dans les Beaux gosses, les gars se masturbent en matant la voisine et blam, un mec se suicide en passant devant la fenêtre : « rhôôô » encore mais avec en plus surprise donc rupture donc humour.

Seconde explication pour la réussite de tonton Riad, d’un point de vue formel, il est resté assez évasif, en ne datant pas son intrigue et en utilisant des archétypes (ça c’est un passage qui va plaire à L’Ouvreuse).

Ainsi, la fille inaccessible s’appelle Aurore, comme la princesse de la belle au bois dormant et le comparse du héros se nomme Kamel, ce qui signifie « parfait, achevé », plutôt cocasse pour un adolescent en formation, ceci pour souligner le décalage et donc la drôlerie de ce personnage.
Quant au personnage principal, il répond au doux nom d’Hervé.

Qui s’appelle encore Hervé au XXIe siècle ? Personne, mais double interprétation pour ce prénom puisqu’il renvoie évidemment à des références de la révolte adolescente dans la culture française : Hervé Vilard et Hervé Christiani qui ont chanté la liberté et le désir de vivre (« Il est liiiibre, Max » ou « Ta vie sera la mienne, méditerranéenne ») mais Hervé, c’est aussi R-V, pour « rendez-vous », rendez-vous avec la vie, rendez-vous avec l’amour, comme un message plein de promesses lancé vers le bonheur de l’avenir, du moins après être passé chez l’othodontiste…

Bon, allez, j’arrête ma sémiotique à deux balles, et pour parler vraiment de la forme, je dirais que Sattouf a tout simplement joué la carte de la sobriété, choisissant des acteurs naturels (à peine professionnels en ce qui concerne les jeunes et sans maquillage ou presque) et des décors simples (tournage à Rennes, collège des années 70, quartier populaire, etc.), on est bien loin du bling-bling du film Lol (et je pense que le film vieillira mieux aussi).
Ce dépouillement est au service d’un des gros atouts du film : ses dialogues. Je ne vais pas vous dresser ici la liste des répliques qui font rire, mais certaines valent leur pesant de Biactol (et c’est bien là, la marque de fabrique de Sattouf : ses bd sont des mines)(enfin…faut creuser parfois, hein).

Et les adultes dans tout ça, me direz-vous ?
Eh bien parlons-en deux minutes, des adultes, parce que figurez-vous que dans ce film… il n’y en a pas !
Bien sûr, il y a des parents, des professeurs, mais ce que l’on découvre, c’est qu’ils sont aussi immatures, inconstants et caractériels que leurs congénères pubères. Comme si, finalement, le fameux « âge adulte » n’existait pas (ou plus ?) et que le mal-être adolescent soit voué à se prolonger toute la vie. Triste perspective ? ben ma foi, on fait avec, résigné mais avec un peu d’espoir, sans avoir besoin de tout casser, à l’opposé d’un Fight Club bourré de testostérone et donneur de leçons.

En résumé : loin des productions américaines abêtissantes et toujours empreintes d’une certaine morale, ici, on est face à des situations réalistes ou du moins crédibles et des interactions entre les personnages qui le sont encore plus. C’est obligé que vous ayez vécu ou assisté à une des scènes du film (bon surtout les mecs, évidemment). Les acteurs sont bons : les jeunes ne sont pas tip top c’est sûr, mais avec une vraie sincérité et de l’énergie.

Bref, un excellent film sur la jeunesse, très drôle et bien fait, qui souligne à quel point les ados sont tous les mêmes, quelle que soit leur époque.

NB : tendez bien l’oreille parfois, car en bons ados de base, les acteurs parlent super vite et n’articulent pas forcément.

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