En ce dernier dimanche de janvier, Arkaron a décidé de revenir sur un blockbuster de la fin des années 80 avec un Eddie Murphy enchainant les rôles suite au succès du Flic de Beverly Hills (dont la suite sortira d’ailleurs quelques mois seulement après le film qui nous intéresse.

Le film en question montre un Eddy Murphy qui n’est rien d’autre que … l’Elu. Sans doute l’avez vous vu en VHS peu après sa sortie et oublié dans la foulée

Un Dimanche Une Critique est consacré à The Golden Child, l’Enfant Sacré du Tibet

 

The Golden Child (L’Enfant Sacré du Tibet) – sorti le 1er avril 1987
Réalisé par Michael Ritchie
Avec Eddie Murphy, Charles Dance, Charlotte Lewis, Victor Wong
Chandler Jarell, un détective privé spécialisé dans les cas d’enfants portés disparus, est contacté par la jeune Kee Nang, qui lui demande de l’aider à retrouver l’enfant sacré, sans qui le monde serait plonger dans le chaos. Bien que dubitatif, Jarell décide de se charger de l’affaire et se retrouve embarqué dans une aventure qu’il n’aurait même pas imaginé…

 

Aujourd’hui les enfants, nous allons parler de la censure.

Certes, le sujet s’est quelque peu galvaudé à force de ramonage médiatique : et vas-y qu’on censure ci, et vas-y qu’on censure ça. À force de va et vient, on sent plus rien passer, et ça glisse comme dans du beurre. Vous allez me dire que je suis un vieux d’la vieille, avec ma rhétorique à deux balles qui n’essaie même pas de se faire passer pour autre chose qu’un sermon (ce qu’elle est). Bon. Mais (n.b : ne jamais commencer une phrase avec « mais » dans la vraie vie, hein) il faut être conscient que la censure a évolué avec le temps. Les normes morales et la nature de ce qui est tolérable à la vue du public ont changé. Pour illustrer mon propos, je me propose d’observer une relique cinématographique vieille de plus de vingt-cinq ans, un film qui avait osé, en son temps, transgresser les règles des genres pour atteindre la postérité. Un film qui, aujourd’hui, ne pourrait voir le jour que dans nos rêves les plus fous.

Tout commence dans un temple frappé par les puissances neigeuses et éoliennes du Tibet. Jusque là tout va bien. Soudain, une partition de synthé/guitare électrique trop outrageusement ostentatoire pour être honnêtement crédible vient nous assurer d’une chose : quoi qu’il arrive dans la suite de cette histoire, nous nous en souviendrons jusqu’à la mort.

Cette introduction pose les bases d’un des nombreux genres que le film souhaite réunir : l’aventure surnaturelle mais réaliste vue par les américains. Pour ce faire, c’est très simple, il suffit de commencer par dépayser le spectateur (Tibet), de lui présenter des personnages exotiques (des asiatiques), puis d’introduire un grand méchant stoïque de type caucasien qui peut se téléporter. Qui de mieux, pour jouer ce rôle, que le futur Benedict de Last Action Hero ?

Retour aux États-Unis. Seulement comme on a déjà perdu cinq minutes de l’heure et demi de film, la scène d’introduction du héros se voit mêlée à celle qui introduit son pays. Successions de plans sur les drapeaux américains, des plans sur le prix du gazole, un plan de Malboro, un plan de Doughnut, les pieds du protagoniste qui sortent de sa voiture, et ça suffit pour qu’on comprenne qu’on va avoir droit à un héros badass comme jamais. Quelle n’est pas notre stupéfaction, vous vous en doutez, lorsqu’on voit Eddie Murphy apparaître à l’écran !

Pause, vérification de la jaquette et du synopsis, non c’est bon, c’est bien ça, verre de tequila frappée, c’est reparti.

Loin d’être remis de son premier haut le cœur, le spectateur doit alors subir cinq nouvelles minutes de transgressions ininterrompues : Eddie Murphy sauveur d’enfants perdus, Eddie Murphy jetant un œil ironique sur un magazine pornographique pour les gens de bon goût, Eddie Murphy dénonçant la superficialité des médias dans une émission télévisée : c’en est presque trop pour le public non-aguerri.

Alors que cette effervescence idéologique semble se calmer, nous voici présentés à Charlotte Lewis, jeune prétendante au métier d’actrice qui a manifestement bien appris son texte. Et c’est tout. Ce qu’on croit être le coup de grâce porté à la suspension d’incrédulité tombe alors comme un poil dans le potage : Eddie Murphy est l’élu !

Fier de lui, le film continue de mélanger adroitement les genres : ésotérisme à deux balles aidé par des effets fauchés, philosophie orientale occidentalisée magnanimement offerte par Victor Wong (que vous avez vu dans Jack Burton, Prince of Darkness, Bloodsport, Tremors ou encore 3 Ninjas Kick Back), enquête âpre tirée des meilleurs romans noirs, et scènes d’action plus vraies que nature, avec toujours la même jeune femme au t-shirt mouillé mais sans sous-vêtements qui botte les fesses d’une bande de motards amateurs de hard-rock.

Cependant, le clou final vient dans le climax du film. En effet, après avoir prouvé sa valeur d’élu unique (on y croit), Eddie Murphy souffre la perte de sa bien-aimée et doit affronter seul Benedict, qui se révèle en fait être bien plus qu’un simple téléporteur. Dans une course-poursuite haletante à la virtuosité de mise en scène irréprochable, le spectateur assiste impuissant à un affrontement au sommet entre Eddie Murphy et un démon ailé tout droit venu des enfers.

Un affrontement au sommet entre Eddie Murphy et un démon ailé tout droit venu des enfers.

Voilà, voilà.

Au sortir du film, l’impression d’avoir été victime d’une tournante artistique est presque aussi forte que celle d’avoir vu un Sonny Chiba tout public. Alors vous voyez les enfants, dans quel état est la censure de nos jours ? Inflexible, resserrant ses liens sur les artistes qui se voient obligés de se conformer à une norme politiquement correcte, et empêchant la création de nouveaux films cultes. Nous vivons une époque bien sombre.

1 commentaire

  • b4ss dimanche 29 janvier 2012 10 h 26 min

    Un film culte pour toute une génération ^^

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