A l’occasion de sa ressortie en salles le 15 décembre prochain du film dans une version restaurée, je vous propose de revenir en ce dimanche sur un film sorti en 1949.

Réalisé par Michael Powell et Emeric Pressburger et mettant en scène notamment Deborah Kerr, le film a eu de nombreuses récompenses et est considéré par Martin Scorsese comme son préféré. Rien que ça devrait vous donner envie de découvrir les lignes qui suivent !

Un Dimanche, Une Critique est donc consacré au Narcisse Noir.

Le Narcisse Noir – Sortie en France le 20 juillet 1949, ressortie le 15 décembre 2010
Réalisé par Michael Powell, Emeric Pressburger
Avec Deborah Kerr, Sabu (II), David Farrar
Sur les contreforts de l’Himalaya, une congrégation de nonnes s’établit dans un ancien harem avec l’intention de transformer le lieu en dispensaire. Dean, un agent anglais, est chargé de les aider à construire l’école qui servira à éduquer les enfants de la région, mais il se heurte rapidement à la sœur Clodagh qui trouve ses manières incorrectes. Au sein de la communauté, la solitude pèse de plus en plus sur les cœurs, et les tensions s’exacerbent…

Michael Powell & Emeric Pressburger ont beau être inconnus du grand public, ces deux réalisateurs anglais ayant œuvrés dans les années 40 et 50 sont considérés comme les maîtres du technicolor, fameux procédé de colorisation de l’image. Cinéastes majeurs de l’histoire du cinéma et aujourd’hui supportés par des hommes comme Coppola ou Scorsese, dont la fondation avait par ailleurs remasterisé Les Chaussons Rouges, ces anglais font toujours l’actualité avec la ressortie ce mercredi dans quelques salles en France de l’un de leurs chefs d’œuvres, Le Narcisse Noir.

Nouvelle ressortie dans une remasterisation flamboyante, pour un film envoutant à plus d’un titre.
Le Narcisse Noir, tourné en 1947, est tiré d’un roman de Rumer Godden et est connu principalement pour son travail photographique tout bonnement titanesque. Racontant l’arrivée d’une congrégations de religieuses anglaises dans un palais situé sur l’un des flancs de l’Himalaya et les perturbations au sein de la communauté causée par le lieu et la présence d’un agent anglais leur servant de guide, le film a été entièrement tournée en studio sous la volonté de Powell, qui désirait garder un contrôle totale sur toute la production et éviter que celle-ci ne soit écrasée par un tournage trop coûteux en milieu naturel.

Avec l’aide du spécialiste des trucages Poppa Day, ayant fait ses premières armes auprès de Méliès, et celle du directeur photo Jack Cardiff, les hommes vont alors mettre en place des trucages visuels et des astuces de tournage multiples pour livrer un résultat encore aujourd’hui hallucinant de beauté, de maîtrise et surtout, aussi surprenant que cela puisse paraître encore aujourd’hui, de crédibilité.

Que ce soit lors des plans aux perspectives colossales et vertigineuses, dans les décors majestueux offerts pas les différents paysages exotiques ou tout simplement dans le rendu des couleurs absolument hallucinant, Le Narcisse Noir est un film à la beauté plastique immédiate et intacte, pensée par un metteur en scène qui transcende totalement son histoire au sein de toutes ces images mémorables. De la froideur glaciale de la blancheur pourtant éclatante des vêtements des nonnes aux bleus provocateurs de l’amazone locale avec son regard perçant, chaque image laisse transparaître tous les tourments des personnages à travers une palette colorimétrique usée jusque dans ses derniers retranchements et posant le film comme un modèle de splendeur encore aujourd’hui.

Cette perfection picturale, qui aura valu d’ailleurs un Oscar spécial au film, est pensée par le réalisateur pour servir une histoire passionnante, dans laquelle cette communauté religieuse va être mise à l’épreuve émotionnellement et aussi bien pour le cœur que pour le corps et l’esprit, dans une œuvre à l’atmosphère unique, balancée entre les désirs refoulés et la dureté des sentiments.
Ne laissant absolument rien au hasard, Powell fait preuve de justesse dans tous ses choix, avec des acteurs renversants comme le duo Deborah Kerr et David Ferrer, la froideur gracieuse de l’une se confrontant à la virilité exacerbé de l’autre pour un choc des passions provoquant une certaine ivresse chez un spectateur galvanisé par un ensemble de saveurs aussi subtiles que puissantes.
La narration laisse même l’ambiance générale prendre le dessus, cette dernière tenant tellement de l’hypnose qu’elle se suffit à elle-même pour emmener le spectateur voyager dans une sorte de rêverie étonnante, troublante et nous berçant sans même que l’on s’en rende compte.

Quand la foi se trouve ébranlée par une sexualité latente ne demandant qu’à devenir extase, c’est un feu d’artifices de sensations pour ce bijou du cinéma britannique, auxquels certaines préfèreront peut être la magnificence resplendissante des Chaussons Rouges mais qui se doit d’être vécu.

Il se trouve que le Narcisse Noir se trouve être le film préféré de Martin Scorsese et après un tel moment de cinéma, on a aucun mal à le comprendre.

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