Ce dimanche, nous sommes en 1975 et nous allons parler catastrophe.

En effet, dans ce film de John Guillermin que tout le monde a vu au moins une fois, au moins étant jeune, il est question d’un immeuble qui s’effondre. Et dedans Fred Astaire, Paul Newman ou encore Steve McQueen, un casting de haut vol pour l’époque sans doute comparable aux réunions d’acteurs auxquelles nous avons droit aujourd’hui.

Un Dimanche Une Critique de ce 25 novembre est consacré à la Tour Infernale

 

Il arrive qu’Hollywood, dans sa folie des grandeurs, dans son ambition du spectacle sans limites, donne vie à des travaux aux proportions bien trop grandes pour ses fondateurs. C’est ainsi qu’au début des années 1970, les deux géants 20th Century Fox et Warner Bros. unissent leurs forces et leurs fonds pour combiner en un seul scénario les histoires de deux romans (The Tower et The Glass Inferno), dont ils avaient respectivement acquis les droits précédemment.

À l’origine de cette entreprise colossale, le producteur Irwin Allen, également réalisateur de seconde zone à ses heures perdues, réunit une distribution des plus prestigieuses. Voyez plutôt : William Holden, Fred Astaire, Richard Chamberlain et, pour se donner la réplique, Paul Newman et Steve McQueen, les deux vedettes les mieux payées de l’époque. Sans surprise, le tournage se déroule dans une atmosphère d’adversité constante, McQueen exigeant de tenir le rôle le plus héroïque (celui du pompier) et de partager exactement le même nombre de répliques que Newman.

Pour ajouter à la difficulté, Allen envisage des scènes pyrotechniques et de destructions extrêmement complexes, impliquant une logistique des plus encombrantes. Loin d’être décourager, le producteur confie les scènes de dialogues au réalisateur John Guillermin, tandis qu’il se réserve le contrôle total des scènes dites d’action.

Le résultat est des plus étranges. Sur ses deux heures et quarante-cinq minutes de pellicule, La Tour Infernale réussit l’exploit de proposer un grand nombre de scènes spectaculaires, malgré tout entrecoupées de dialogues pour le moins insipides et de jeux d’acteurs improvisés à la dernière minute. Il parait clair que l’entreprise n’avait qu’un seul et unique but : en mettre plein la vue. Il est donc tout naturel de constater que les acteurs, même les plus grands, s’effacent devant le réel protagoniste de l’histoire, une tour de verre comme il n’en fut jamais construite, premier élément significatif à apparaître à l’écran lors du générique d’ouverture.

Ce choix topographique donne une certaine qualité claustrophobique au métrage, plus par défaut que par volonté de mise en scène cependant. En effet, ce serait mentir que d’affirmer que The Towering Inferno est un bon film. Qu’il s’agisse de Guillermin lors des scènes de dialogues sans le moindre intérêt ou d’Allen lors des différentes explosions, les véritables idées de mise en scène sont rarissimes, noyées dans une banalité sans nom servant de véhicule amorphe à une série de catastrophes graduellement plus intenses.

S’il est impossible de reprocher un manque de travail aux équipes en charge des effets spéciaux, leur intégration à une intrigue n’ayant rien à dire les desserre, leur retirant toute intensité dramatique. Au final, le spectateur porte bien peu d’attention aux divers personnages, qui ne vivent en fait les événements que très passivement, nous offrant une prouesse ou un sursaut de courage de ci et de là, sans jamais présenter la moindre évolution.

Heureusement, me dira-t-on, l’immeuble est là pour sauver la mise. Présenté d’emblée comme étant l’épicentre du récit, sa majesté est appuyée à de nombreuses reprises par des plans en contre-plongée répétitifs mais assez espacés dans la narration. Si l’intérieur fut représenté par des décors entièrement fabriqués en studio, son aspect extérieur se base sur le Hyatt Regency de San Francisco, agrandi de 50 étages par un remarquable travail de matte paintings.

Impossible de ne pas faire un rapide rapprochement avec Piège de Cristal, qui reprendra au demeurant quelques situations de manière relativement similaire (la fête interrompue, la tentative de fuite par le toit et la présence fortuite d’un hélicoptère, les déambulations périlleuses dans les intestins d’un monstre d’acier, etc.), mais qui bénéficiera d’un véritable scénario et surtout d’un réalisateur talentueux.

Que faire, alors, si vous vous tombez par hasard sur ce blockbuster prototypique ? Prenez garde : son exposition est interminable, s’étalant sur trois quarts d’heure pour finalement ne pas raconter grand-chose. La Tour Infernal est gangrénée par des défauts présents dès l’origine du projet et la qualité du travail de ses artisans ne parvient pas à le sauver du naufrage artistique (on remercie tout de même John Williams pour sa musique toujours efficace). L’archétype du film qui fait tout péter… et même un peu trop.

 

La Tour Infernale (The Towering Inferno) – sorti le 5 mars 1975
Réalisé par John Guillermin
Avec Paul Newman, Steve McQueen, Fred Astaire
Lors de la soirée d’inauguration d’un building impeccablement pensé, un incendie se déclenche, piégeant tous ses occupants dans la tour de verre…

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