Nous sommes dimanche et vous êtes peut-être sur le point d’aller à la plage ou dans un gros bouchon pour vous y rendre. Que ça soit donc au milieu de voitures immobiles ou sur le sable, vous pouvez toujours occuper votre temps en lisant cette nouvelle critique.

Danny a décidé de parler aujourd’hui de ce qui est considéré par beaucoup comme le meilleur film de super héros, rien que ça. C’est peut-être un peu beaucoup mais c’est aussi sans doute le meilleur de Shyamalan.

Un Dimanche, Une Critique est consacré à Incassable.

 

 

Incassable – Sortie le 27 décembre 2000
Réalisé par M. Night Shyamalan
Avec Bruce Willis, Samuel L. Jackson, Robin Wright Penn
Elijah Price souffre depuis sa naissance d’une forme d’ostéogénèse. S’il reçoit le moindre choc, ses os cassent comme des brindilles. Depuis son enfance, il n’a de cesse d’admirer les superhéros, des personnages qui sont tout l’opposé de lui-même. Propriétaire d’un magasin spécialisé dans les bandes-dessinées, il épluche pendant son temps libre les vieux articles de journaux à la recherche des plus grands désastres qui ont frappé les Etats-Unis. Il se met alors en quête d’éventuels survivants, mais y parvient rarement.
Au même moment, un terrible accident ferroviaire fait 131 morts. Un seul des passagers en sort indemne…

 

On pourrait dire que le film de super-héros est devenu au fil du temps une sorte de genre à part entière. Bien qu’il serve généralement de moyen de créer des films de divertissement à gros budget, il arrive que certain de ses films arrivent à dépasser cette considération pour proposer une alternative sur la forme, sur le fond, ou bien sur les deux. Le film critiqué ici prend le parti d’être principalement une œuvre de réflexion sur les comics de super-héros et sur ce qu’il représente, tout en élargissant son propos pour le relier ainsi à notre monde. Car ce qu’il faut voir, c’est qu’il s’agit ici de partir du principe que le réalisateur à cherché à déconstruire la structure de ce qui fait l’histoire d’un super-héros pour ne se concentrer que sur ce qui fait sa substance.

Tout débute lorsque le personnage de David Dunn, joué par Bruce Willis, devient le seul survivant d’un accident s’en sortant sans la moindre petite blessure. D’ailleurs, le fait que le personnage de Bruce Willis ait comme initial D.D. rappelle le moyen mnémotechnique que Stan Lee prétend avoir utilisé à une époque pour des personnages de Marvel Comics tels que Peter Parker (Spider-Man), Matt Murdock (Daredevil) ou Bruce Banner (Hulk). De plus, si l’on prend en compte le fait que les rôles de Monsieur Tout-le-Monde sauveurs de la Terre de la carrière de Bruce Willis ont beaucoup marqués le public, David Dunn en devient un contre-exemple puisqu’il est censé être quelqu’un d’extraordinaire menant une vie normale.

Tentant de reprendre le cours de sa vie après ce terrible événement, il rencontre sur son chemin Elijah Price (Samuel L. Jackson), un homme à la fois inquiétant mais qui peut attirer la sympathie, voire même parfois la pitié et qui remet en cause la perception de David sur sa propre vie. En effet, Elijah Price, atteint de la maladie des os de verre et fan de super-héros depuis l’enfance, met ceux-ci sur un piédestal aussi bien en tant qu’oeuvre culturelle que comme une sorte de miroir de notre propre monde. Ce dernier point est mis en doute et il est intéressant de constater que le réalisateur installe également le trouble dans la perception de chacun sur les événements. Elijah Price a-t-il trouvé quelque chose de spécial chez David Dunn grâce à cet accident ou est-il devenu fou à cause des différents traumatismes lié à sa maladie et cherche-t-il un but à son existence, quitte à empoisonner la vie d’un autre homme ?

Sa rencontre avec Elijah Price et l’accident de train renvoie David à son passé, l’obligeant à reconsidérer les choix qu’il a effectué tant sur le plan professionnel que sur le plan personnel. Car au delà de cette métaphore du super-héros, on pourrait tout simplement voir les choses de façon plus terre-à-terre et mettre entre parenthèses l’angle « surnaturel ». David Dunn subit la lassitude, la crise de la quarantaine, les conséquences de ses choix. Son métier d’agent de sécurité dans un stade le ramène à ce qu’il aurait dû être, un grand sportif qui se serait épanoui et qui a renoncé à son rêve.

Le principe de la lutte est présent tout au long du métrage, la lutte principale étant celle entre les points de vue opposés de David et Elijah : la rationalité de David, en dépit d’avoir survécu à quelque chose qui aurait peut-être dû le tuer et le point de vue d’Elijah, comme si celui-ci semblait avoir une perception totalement différente de la réalité. Cette dualité prend encore plus de sens lorsque l’on constate tous les tenants et les aboutissants de ce qui va établir leur relation, chose que l’on découvre au fur et à mesure du récit et dont le final du film, d’une simplicité et pourtant redoutablement efficace car incroyablement bien amené, devient le point culminant.

Mais on y remarque aussi la lutte pour un homme et une femme de sauver leur couple. David et Audrey Dunn (jouée par Robin Wright Penn) tentent tant bien que mal de se comprendre, même si l’on voit une divergence de points de vue qui n’éclate pas puisqu’elle est suggérée par les conversations qu’Elijah va avoir séparément, d’abord avec David puis avec Audrey.

On y voit aussi le cas de la thématique de la relation père-fils. Le fait que David soit mis sur un piédestal par son enfant paraît compréhensible, mais le point de vue d’Elijah le conforte dans l’idée que son père est exceptionnel. Le fils de David idéalise t-il son père comme le ferait un enfant de son âge ou a-t-il raison de le considérer comme un héros ? Le point de vue de cet enfant lui permet peut-être de déceler ce que David pense n’avoir jamais eu ou avoir perdu. Son fils est donc l’un des seuls liens pour que le personnage de Bruce Willis retrouve un moyen d’être en paix avec lui-même.

Pour ce qui est de la mise en scène, on remarque le sens précis du cadrage dont fait preuve le cinéaste à plusieurs reprises. Par exemple, sa manière d’installer David entre deux murs ou de le positionner dans un cadre de porte peut rappeler la sensation que l’on éprouve pour les personnages de comics « enfermés » dans des cases. Le personnage d’Elijah Price et de David Dunn possèdent tous deux une symbolique très forte suggérée par des accessoires et des couleurs qui leur sont respectivement associés. Elijah Price s’est construit un univers dont les objets sont métalliques ou en possèdent la texture, est régulièrement vêtu de violet et utilise une canne en verre. Quand à David, il s’abrite derrière un K-Way par temps de pluie, vêtement qui possède à la fois la fonction d’iconisation de ce personnage et lui sert de protection contre l’eau (élément important du scénario). Quand aux teintes grisâtres observées, des touches de couleur qui surgissent parfois sont loin d’être de simples artifices et font ressortir des éléments importants.

Enfin, James Newton Howard réussit avec brio à développer des musiques accompagnant la sensation diffuse d’étrangeté et de tristesse du film, ou laissant libre cours au thème musicale qui suggère la portée héroique des actes de David, en l’occurrence le marquant The Orange Man.

Délivrant une ambiance à la fois banale et fantastique, maîtrisée et sobre, mélancolique et portant néanmoins un peu d’espoir, Incassable reste un film qui réussit son approche originale et personnelle sur le thème principal qu’il traite.

3 commentaires

  • PJ2 dimanche 17 juillet 2011 10 h 47 min

    Il y a ceux aussi qui lisent cette critique et qui sont sur le point d’aller au boulot :p

  • Misutsu dimanche 17 juillet 2011 12 h 38 min

    Tout m’a semblé parfait dans ce film, l’ambiance, la musique, les acteurs, l’intrigue, la mise en scène, l’économie des dialogues. Un des meilleurs voir peut-être le meilleur film de super-héro que j’ai pu voir ! Aaahhh l’époque où Shyamalan était inspiré et faisait de bons films :/

  • MacReady mercredi 27 juillet 2011 5 h 05 min

    “Car ce qu’il faut voir, c’est qu’il s’agit ici de partir du principe que le réalisateur à cherché à déconstruire la structure de ce qui fait l’histoire d’un super-héros pour ne se concentrer que sur ce qui fait sa substance.”

    Cette phrase ne veut absolument rien dire.
    Disons plutôt que Shyamalan (qui écrit, comme à son habitude, le film) déconstruit tout l’attirail ornemental d’un récit de super-héros classique, en transposant son merveilleux et son folklore dans un contexte “réaliste”, pour ne se concentrer que sur la structure, et donc la substance.
    En fait, c’est un des meilleurs films du monde, parce que Shyamalan ne se sert pas du contexte réaliste pour sa simple originalité “moderne”, mais effectue une vrai tour de force.
    Au lieu de faire d’une histoire purement merveilleuse un reflet de la réalité, Shyamalan fait l’inverse. Dans un jeu de miroir renversant, il crée un reflet “réaliste” (toujours faire attention à ce mot, mais je trouve pas mieux en l’occurence) d’une histoire archétypale de super-héros où chaque élément merveilleux vient trouver son double symbolique dans un univers morne et proche du quotidien. L’intégration du super-héros dans une fiction prenant place dans le quotidien même qui vit naître sa création devient miroir révélateur de sa capacité à révéler lui-même le monde.
    Alors effectivement, c’est un procédé éminemment moderne, mais dont le génie n’a d’égal que la puissance d’évocation incroyable qu’il confère à son récit.
    “Incassable” est un film qui cherche à révéler la présence du mythe dans un monde où il semble être devenu impossible d’en déchiffrer les incarnations: quoi de plus cohérent que de traiter de la fiction super-héroïque, cette prolongation contemporaine du mythe, populaire de par la tradition, mais dépossédée du caractère sacré qui lui fût autrefois attribué, tout comme de la légitimation culturelle accordée aux mythes originels.
    “Incassable” met en scène une découverte progressive d’éléments super-héroïques dans une mise en scène du monde réel: Shyamalan nous fait progressivement redécouvrir l’incroyable prégnance du mythe dans notre quotidien, et ce en quoi il résonne constamment avec notre monde.

    Parce que Shyamalan est un de ces génies qui nous permet de ressentir pleinement ce en quoi nos existences sont faites de récits, et inversement.
    Sauf que contrairement à un Spielberg ou un Cameron, il s’inscrit dans un traitement ultra-moderne du matériau narratif, parfois à l’excès (“La Jeune Fille de l’Eau”), mais réussissant, comme avec “Incassable”, le tour de force hallucinant d’instaurer une implication totale du spectateur dans son récit, alors même qu’il joue à en déconstruire les codes.
    On pourrait penser aux Frères Coen, qui possèdent aussi cette capacité incroyable de mêler à une grande prise au sérieux de la fiction un discours autour de cette dernière. A la différence importante que ces derniers travaillent autour d’un vide spirituel, d’une absurdité étrangère au cinéma de Shyamalan.
    Ces derniers se recoupent pourtant avec leurs derniers films respectifs, dans lesquels ils abandonnent entièrement l’aspect métatextuel de leurs oeuvres au profit d’un traitement classique qui cherche l’immersion entière du spectateur dans un univers fictionnel clos sur lui même et qui ne dois jamais trahir ses artifices.

Ajoutez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués * sont obligatoires.