Alors que Le Chaperon Rouge de Catherine Hardwicke arrive dans les salles obscures dans quelques jours (et Jean-Victor vous en reparlera dans l’Emission), il est bon de rappeler que le conte a connu d’autres tentatives de modernisation.

C’est le cas notamment avec Freeway. Pas question pour Matthew Bright de tenter de rendre l’histoire originale sombre et adulte tout en gardant l’époque, il préfère carrément transposer l’histoire à la fin des années 90 sur une autoroute.
Après, tant qu’à remuer les convention, autant le faire complétement. Et c’est d’autant plus le cas qu’il est ici question d’un film interdit au moins de 12 ans à sa sortie avec Kiefer Sutherland dans le rôle titre.

Un Dimanche, Une Critique est donc consacré à Freeway.

Freeway – sorti le 3 septembre 1997
Écrit et réalisé par Matthew Bright
Avec Reese Witherspoon et Kiefer Sutherland
Vanessa Lutz, une jeune femme qui vit dans un milieu défavorisé, se voit obligée d’entreprendre un voyage jusque chez sa grand-mère lorsque ses parents sont arrêtés par la police. Sur la route, sa voiture tombe en panne, et un inconnu lui offre alors de l’aider…

 

« -mère-grand, que vous avez de grands yeux ?
-c’est pour mieux voir, mon enfant.
-mère-grand, que vous avez de grandes dents ?
-c’est pour te manger ! »
Et en disant ces mots, ce méchant loup se jeta sur le petit chaperon rouge, et la mangea.

Faisant aujourd’hui partie intégrante de la culture populaire, le conte du petit chaperon rouge a été adapté et revisité un grand nombre de fois dans tous les médias. Parfait support d’expression morale d’une période donnée, ce conte s’est révélé très flexible quant aux visions personnelles des artistes l’utilisant. Bien qu’il serait fascinant de se lancer dans une observation exhaustive de son évolution, on ne va ici qu’évoquer la version de Matthew Bright intitulée Freeway.

Dès le générique, le ton est donné : la sexualisation évidente et presque outrancière des personnages dessinés, sur une musique délicieusement ambiguë de Danny Elfman, fait de Chaperon une aguicheuse et du loup un pervers libidineux. Au-delà de cette mise en évidence du sous-texte sexuel du conte, cette présentation ne s’éloigne cependant pas tellement des poncifs : le loup reste prédateur, et le chaperon reste proie apeurée. Souvenons-nous qu’une des lectures les plus répandues du petit chaperon rouge se place sous le prisme de la sexualité (le rouge évoquant le cycle menstruel et donc la puberté).

Ayant clairement fait comprendre au public qu’il souhaite s’amuser avec son sujet, Bright consacre alors la première partie du métrage à cerner la personnalité du nouveau chaperon rouge. Comme son modèle, Vanessa (Witherspoon, monumentale) se retrouve abandonnée à elle-même et doit se rendre par ses propres moyens chez sa grand-mère. Sur la route, elle rencontre le loup, et tombe dans ses griffes… jusqu’à un certain point.

Bien que l’exposition donne au spectateur des informations clés (illettrisme, mère prostituée par choix, beau-père pédophile), c’est dans la scène de la voiture, sur l’autoroute (‘’Freeway’’), qui fait ici office de forêt, que le scénariste-réalisateur redessine réellement les contours de ses personnages en les faisant se confronter. Le chaperon n’est plus propre sur elle ni bien élevée, et elle se rend chez sa grand-mère plus par nécessité que par réelle envie ; mais plus que tout, c’est la destruction de la figure maternelle, et la perte de repère qu’elle entraine, qui modifie profondément le rapport de forces entre la protagoniste et le loup.

La scène de la voiture se caractérise ainsi, par un engrenage : l’absence de repères moraux familiaux a renforcé la protagoniste cependant, sa fragilité psychologique légitime incite éventuellement le loup à abandonner ses beaux discours pour une approche plus directe. C’est alors que l’indépendance forcée de Vanessa, et son expérience prématurée de la vie, lui permettent de ne pas mordre aux belles paroles de son interlocuteur, et de retourner la situation à son avantage. Dans une résolution de mi-métrage écrite comme un acte final, Chaperon exorcise alors ses peurs et ses faiblesses, et s’affranchit de l’éternelle menace lupine. Comble de l’ironie, elle conclue son jeu de massacre par une prière à Dieu pleine de fausse innocence et d’hypocrisie.

On pense alors le récit terminé, or il n’en est rien. Chaperon, enfin libre, va devoir affronter le reste du monde, de la société, sans renier son évolution. Cette seconde partie s’avoue hélas un tantinet casse-gueule, tant l’écriture jusque-là efficace ne sait plus sur quel terrain jouer, lorgnant parfois du côté du thriller mal exécuté. Bright injecte toutefois des variations intéressantes à ses personnages.

En effet, le conte disait autrefois que le chaperon devait prendre garde à l’adolescence pour atteindre sainement l’âge adulte. Elle vivait donc bel et bien cette adolescence tant redoutée, or ici, le système judiciaire américain choisit de juger Vanessa comme une adulte, admettant de fait la disparition de la période de transition qui suit l’enfance.

Le chaperon doit également s’adapter à un monde qui n’est plus si manichéen : elle trouve des prédateurs parmi ses semblables et doit supporter le fait qu’un monstre, au sens figuré comme au sens propre, tel que Bob Wolverton (Sutherland), soit victimisé. L’unique solution, alors, est d’adopter une conduite désinvolte et désabusée, allant jusqu’à utiliser sexe et violence pour s’en sortir, et atteindre un idéal féérique simpliste (la grand-mère). Une fois encore, le conte est démystifié, et le petit chaperon rouge n’a d’autre choix que rejeter son propre conte en détruisant son univers une fois pour toutes.

Freeway n’est pas un grand film, loin de là. Le manque certain de talent de réalisateur de Bright empêche une narration totalement efficace, et l’ensemble manque cruellement d’ambition esthétique, mais le scénariste a tout de même réussi à relire son conte préféré à travers une grille contemporaine qui, si elle n’est pas bien subtile, a le mérite d’être franche et différente.

-Arkaron

1 commentaire

  • Kdace dimanche 1 mai 2011 2 h 45 min

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