En ce dimanche de long weekend, Danny, qui prend manifestement goût à l’écriture de critiques, s’attaque à un mythe : Dracula

Le personnage est mythique. Créé en 1897 par Bram Stoker, il a connu de nombreuses interprétations dont plusieurs de Christopher Lee pour la Hammer mais on retiendra aussi, en vrac, le jeu vidéo Castlevania, l’apparition dans Buffy, celle dans Blade Trinity (interprété par Domic Purcell) ou encore celle contre Batman dans le long-métrage dérivé de la série animée The Batman.
Le film est également mythique car considéré comme une des meilleures interprétations de Bram Stoker.

Un Dimanche, Une Critique est donc consacré au film de Francis Ford Coppola : Dracula.

Dracula – Sortie le 13 janvier 1993
Réalisé par Francis Ford Coppola
Avec Gary Oldman, Winona Ryder, Keanu Reeves
En 1492, le prince Vlad Dracul, revenant de combattre les armées turques, trouve sa fiancée suicidée. Fou de douleur, il défie Dieu, et devient le comte Dracula, vampire de son état. Quatre cents ans plus tard, désireux de quitter la Transylvanie pour s’établir en Angleterre, il fait appel à Jonathan Harker, clerc de notaire et fiancé de la jolie Mina Murray. La jeune fille est le sosie d’Elisabeta, l’amour ancestral du comte…

En 1992, Dracula a bénéficié de la vision de Francis Ford Coppola, décidant à son tour de l’installer sur le grand écran. Personnage mythique traité avec plus ou moins de fidélité par les diverses adaptations le mettant en scène, il faut reconnaître que celle de ce réalisateur est remarquable sur bien des points.

L’histoire de Dracula, connue même par ceux qui n’ont jamais ouvert une seule page du roman de Bram Stoker tant le personnage a été transporté sur divers médias, se revendique comme fidèle au livre original. Néanmoins, il a été reproché au cinéaste le fait d’avoir insisté sur la relation entre Dracula et une mortelle, quand bien même elle aurait les traits de la jolie Winona Ryder. Il faut voir ici qu’il s’agit d’une adaptation et bien que l’on ait tout à fait le droit de ne pas être en accord avec la vision d’un auteur sur un personnage ou un univers, il arrive parfois qu’une « trahison » plus ou moins grande du matériau d’origine permette d’approfondir ou d’avoir un nouvel angle intéressant sur les caractéristiques et les thématiques abordées. Car cette histoire d’amour est le lien fort qui unit Dracula à Wilhelmina Murray et va mettre en évidence des thématiques qui sont considérées comme devant s’opposer inévitablement.

Gary Oldman met son talent au service de son personnage afin de nous faire ressentir toute la palette d’émotions qu’il subit, livrant un monstre qui sert de miroir à notre propre humanité, un immortel, un damné solitaire et fascinant symbolisant la puissance (physique et mystique), la nature (Dracula est lié aussi à la symbolique animalière) la sexualité, le désir physique, en résumé des pulsions, des notions et des sensations qui, en y réfléchissant, sont humaines ou proches de l’humain mais «refoulées» ou rejetées par la société où vit Mina.

Quand à cette dernière, c’est une jeune femme vivant au XIXè siècle, période à laquelle la raison et l’intellect doivent l’emporter sur la passion, où les avancées scientifiques et les conventions sociales sont mis en avant, où le sexe est diabolisée et où la religion catholique prend la place de seul rempart contre ce qui est censé représenté le Mal et donc tout ce que représente Dracula. De plus, Mina est promise à un autre homme, Jonathan Harker, et le fait qu’elle se détourne de ce dernier pour un autre est un deuxième péché, celui de l’adultère. Pour que Dracula et Mina puissent être ensemble, le compromis est donc impossible.

Concernant l’interprétation des autres acteurs du film, mention spéciale à Anthony Hopkins qui, bien qu’il soit un peu plus en retrait, offre son charisme à la légère excentricité et à la forte personnalité de Van Helsing, antagoniste tout désigné de Dracula du fait de sa fonction d’homme de foi et de science.

Pour ce qui est de la musique et de l’image, le film délivre une puissance visuelle et sonore ainsi qu’une esthétique considérée comme gothique de par la qualité et le soin amené par le cinéaste, que cela soit par exemple pour montrer les pouvoirs dont fait preuve Dracula, pour l’atmosphère sombre se dégageant du film ou pour faire en sorte que les scènes d’attaques de vampires soient chargés en tension sexuelle.

On peut dire que Dracula a eu droit à une belle interprétation de la part de Francis Ford Coppola.

6 commentaires

  • Arkaron dimanche 12 juin 2011 11 h 10 min

    Pas sûr de moi à 100%, mais ce film n’était-il pas une commande? Quoiqu’il en soit, je partage l’avis de Danny, c’est une grande réussite qui a bien vieillie, avec en prime des idées de mise en scène formidables (l’attaque sur Lucy, grands dieux du cinéma, j’en ai toujours des frissons).

    Même les côtés qui peuvent paraître kitsch s’intègrent magnifiquement au film. Genre Dracula qui lèche la lame de rasoir comme dans un vieux film érotique italien des années soixante-dix correspond à cette vision du personnage.

  • Hellboy dimanche 12 juin 2011 11 h 28 min

    Cher arkounet, en parlant de kitsch, il faut préciser que tous les effets spéciaux du film sont des effets analogiques ! Coppola a donc usé de vieeeux stratagèmes pour jouer avec les ombres, surimprimer la pellicule, ou utiliser des maquettes de différentes tailles.

  • coolool dimanche 12 juin 2011 12 h 03 min

    Film qui a mal vieillit selon moi, et qu’est-ce que c’est que cette choucroute ridicule qu’il a sur la tête, hein? Franchement…Les musique et l’interprétation de Gary Oldman me plaisaient à certains moments.

  • Van Helsing dimanche 12 juin 2011 16 h 40 min

    On sent dans cette critique le fan suffisamment éclairé pour mettre le doigt sur les plus du film de Coppola ! Il est donc bon de souligner l’opposition du monde de Dracula (la face cachée de l’homme?) et celui plus victorien du “Crew of Light”. Cependant, on peut s’attendre à beaucoup plus dans le cadre d’une critique du dimanche sur Dracula. L’oeuvre déborde d’allusions, de métaphores et de mises en abimes qui auraient été interessantes à souligner et à exploiter dans une critique; de plus tous les personnages relèvent d’une importance non négligeable grâce aux diffèrents effets de Dracula sur eux (en partant de Renfield à Harker en passant par Lucy). On en reste sur sa faim quoi !!! A noter, la petite reference interessante de Stephen Sommers à Coppola dans The mummy; La momie changée en filet de sable qui rentre dans la chambre de Miss Evy à travers le trou de la serrure, comme Dracula le fait en tant que fumée verte dans la chambre de Miss Wilhemina. Et puis, ne pas oublier pour ce qui est des effets spéciaux que Coppola a usé de vieux effets (antérieurs à 1993) pour amplifier la sensation d’étrange étrangeté. A revoir, et à re-critiquer (j’espere par Danny) sur cloneweb !!!

  • THOR dimanche 12 juin 2011 17 h 12 min

    critique très brève: pour moi la meilleur adaptation de Dracula qui soit!!!

  • Olivier dimanche 12 juin 2011 18 h 05 min

    De toute façon ça ne peut pas être pire que Dominic Purcell ou Richard Roxburgh, les deux Dracula les plus grotesques de ces dernières années.

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