Les critiques se bousculent pour écrire le dimanche, sans doute parce que la rubrique est de plus en plus populaire…

Après Karine et son engouement pour une comédie musicale dimanche dernier, c’est au tour de Danny, un habitué de CloneWeb et de son forum de s’y coller.

Pour sa première fois, le bougre a choisi un film bien trop peu connu et pourtant diablement réussi.
Un Dimanche, Une Critique est donc consacré à Dark City, d’Alex Proyas.

 

 

Dark City – Sortie le 20 mai 1998
Réalisé par Alex Proyas
Avec Rufus Sewell, Jennifer Connelly, William Hurt, Kiefer Sutherland
John Murdoch se réveille dans une chambre d’hôtel. Amnésique, il découvre qu’il est accusé de meurtres en série. Cherchant des réponses à ses questions, John attire l’intérêt du psychiatre Paul Schreber, de l’inspecteur Bumstead et des Etrangers…

Voici une œuvre qui n’a pas vraiment cartonnée au box-office, mais qui s’est forgée une solide réputation et un statut culte, ce qui est amplement mérité dans son cas.

La trame scénaristique rappelle, au début en tout cas, une histoire dans l’esprit d’un polar des années 50. Il suffit d’observer des détails comme les costumes des personnages principaux ou les décors des lieux pour s’en rendre compte, et par la fonction de personnages comme l’inspecteur Bumstead, (William Hurt) qui représente l’archétype du flic droit et obstiné, et celle d’Emma Murdoch (Jennifer Connelly), une chanteuse de cabaret. Néanmoins, Le déroulement de l’intrigue prend une autre dimension lorsque l’on constate que la quête d’identité de John Murdoch fait apparaître des événements étonnants qui impliquent les Etrangers.

Ces créatures inquiétantes rappellent le mythe du vampire, et plus particulièrement le vampire Nosferatu du film de Murnau. A partir de là, il n’est pas étonnant de voir que le long-métrage d’Alex Proyas assume un esthétisme et des références issus de l’expressionnisme allemand (le repaire des Etrangers en est aussi un bon exemple).
Les Etrangers ne possèdent pas d’individualités, c’est une chose que l’on peut constater par la façon dont ils se nomment. Car contrairement aux humains, ils se définissent par des noms communs ou des adjectifs (Mr. Quick, Mr. Wall, etc…). Le personnage de Mr. Hand devient une exception à la règle par la force des choses, son individualisme faisant de lui un Nemesis de John Murdoch. Cet affrontement de l’individualité face au collectif est une des fondations du scénario.

Le personnage central, John Murdoch, (incarné par l’acteur Rufus Sewell) cherche à savoir qui il est, et veut vivre libre. Le film symbolise cette quête du bonheur par un endroit appelé Shell Beach, une plage paradisiaque à la fois si proche (tout le monde y est apparemment allé) mais inaccessible (personne ne connaît le chemin). De façon plus métaphorique, la quête de John Murdoch est tout ce qu’il y a de plus naturel, chaque être humain pouvant facilement s’y identifier.

La recherche d’individualité et de son identité, par rapport à soi-même et par rapport à un système à la fois omniprésent et invisible pour le commun des mortels, est abordée sous différents angles de ce qui fait la spécificité de l’être humain, et renvoient John Murdoch et Bumstead à leurs questionnements personnels. D’abord par la personnalité humaine elle-même (suis-je sûr d’être qui je suis par mon comportement), puis par les souvenirs (les souvenirs forment-ils la personnalité d’un individu), et enfin par les sentiments (illustrée par l’histoire d’amour entre John et Emma).

La thème de la folie est aussi abordée. Que ça soit par la situation de John Murdoch, ou à travers le cas du collègue de l’inspecteur Bumstead, tentant d’expliquer sa théorie sur la réalité. Paul Schreber (Kiefer Sutherland) y correspond aussi en tant que psychiatre, mais sert également d’archétype du savant fou, et Il est un pilier essentiel du scénario.

Le travail visuel du réalisateur ne passe pas seulement par une ambiance particulière, fruit du résultat du « choc des genres », mais aussi par une capacité à mettre en lumière des points importants de l’intrigue, comme les symboliques de la spirale et du temps, et l’omniprésence d’objets ayant un rapport avec des souvenirs. Par la puissance de sa mise en scène, le réalisateur insiste sur des détails qui prennent tout leurs sens une fois que le spectateur possède toutes les pièces du puzzle en main.

Si en lisant ces lignes, vous avez la sensation que Dark City vous rappelle la trilogie Matrix, c’est bien vu car le film est effectivement une des nombreuses références de la trilogie de Lana et Andy Wachowski.

Alex Proyas réussit donc le tour de force de mélanger énormément de références culturelles, mais de façon homogène, pour livrer un film chargé en symboliques à la fois intelligent, beau et fascinant

– Danny

3 commentaires

  • FredP dimanche 16 janvier 2011 13 h 14 min

    Culte tout simplement. Dommage que Proyas ne soit jamais arrivé à refaire aussi bien.
    Mais c’est pas pour rien qu’il était dans mes premiers “cultes du dimanche” :)

  • Koko86 dimanche 16 janvier 2011 13 h 58 min

    Pfffffff je l’ai vu et revu ce film, un perle…

  • Yoda dimanche 16 janvier 2011 15 h 48 min

    J’ai vu ce film il y a longtemps, ça me donne envie de le revoir. J’ai lu dans une interview de Kiefer Sutherland que la production avait délibérément mis ce film de côte pour laisser la place à Matrix.

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