Il y a des films dont on a envie de parler et pour lesquels on attend le moment opportun. C’est un peu le cas de Brisby et le secret de Nimh. En effet, le film est sorti pour la première fois en blu-ray ce 6 avril dans une édition souffrant d’une image malheureusement pas comparable avec celle des sorties Disney.

Ca reste quand même l’occasion de revoir ce petit chef d’oeuvre dans de meilleures conditions que votre vieille VHS d’époque qui prend la poussière au grenier.

C’est ce qu’a fait Basile. Voici sa critique.

 

LA CRITIQUE

Brisby est le premier film de Don Bluth, transfuge du studio Disney qui emmena avec lui une dizaine de collègues pour fonder Don Bluth Productions en 1979. Brisby tient autant du galop d’essai que de la profession de foi. Bluth souhaitait à tout prix raviver le type d’animation propre à Disney qu’il avait toujours admiré, un style tombé en désuétude pour des raisons d’économie. Avec un budget et surtout un délai de production deux fois inférieur à la moyenne d’un film Disney, le souhait de Bluth tenait de la gageure. À plus forte raison pour le premier film d’une bande de renégats à qui tout le monde promettait un échec certain pour avoir osé quitter le giron Disney.

Sorti dans le grand creux du début des années 80, où l’animation américaine était en piteux état et n’offrait donc aucune réelle concurrence, Brisby n’a pas bénéficié d’une exploitation en salles à la hauteur et n’a pas rencontré le succès. Par la suite, le marché de la vidéo permettra au film de se faire connaître et surtout apprécier par des milliers de foyers.


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Bluth a-t-il réussi son coup ? Son adaptation du roman Madame Frisby et les rats de NIMH de Robert O’Brien (le nom de Frisby a été changé à cause de Wham-O, l’entreprise qui possédait le copyright sur le jouet Frisbee…) contient indéniablement des traces de Disney dans sa facture. Le soin apporté aux décors, la richesse de la palette, la complexité des effets contribuent effectivement à donner cette « patte » Disney des décennies précédentes. Quant à l’animation en elle-même, si elle est bonne, voire techniquement impressionnante par moment (le corbeau Jeremy et ses ficelles), elle souffre hélas d’une froideur un peu mécanique. À mettre en cause également, le timing pas toujours juste, qui créé un décalage désagréable entre les personnages d’une même scène. Leurs interactions ne sont pas naturelles, ce qui vient parasiter le « jeu d’acteur » censé transmettre la charge émotionnelle de l’histoire. Le casting vocal est heureusement irréprochable, au même titre que la subtile bande-son de Jerry Goldsmith, qui signa là un de ses travaux préférés.

Pour en revenir à la fameuse charge émotionnelle de l’histoire, elle constitue le point de divergence majeure avec l’héritage Disney. Les droits de l’adaptation du roman d’O’Brien avaient déjà été proposés au studio, qui avait décliné au prétexte que le matériau était trop sombre. Sombre, Brisby l’est assurément. On assiste à plusieurs morts violentes à l’écran, l’ambiance vire parfois à l’épouvante (lors de la rencontre du hibou, avec en prime un passage bien gore à base d’araignées). En tant qu’adulte, il est toujours délicat de conseiller Brisby à des parents. Il faut néanmoins faire confiance à la capacité de résilience des enfants, et le film n’est pas dénué d’humour (merci à l’hilarant Jeremy). Le personnage principal, une veuve mère de 4 enfants qui fait tout pour sauver son petit dernier, détonne également dans la galerie des héros de films d’animation pour enfants.


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Toutes ces particularités rendent la vision de Brisby et le secret de NIMH indispensable. Le film n’est certes pas un chef d’œuvre du medium, mais c’est un film rare, qui expérimente dans une direction narrative relativement inédite tout en étant fermement attaché à respecter un classicisme formel hérité de films prestigieux. Bluth voulait « faire du Disney », sans autre prétention que de livrer une histoire solide et bien mise en images, et ce faisant il a pourtant réalisé un film qui possède clairement une identité et une ambiance à part. Tout n’y est pas parfaitement réussi mais le film mérite d’être (re)découvert, c’est rare autant de sincérité et d’amour du médium.

 

Un mot sur le blu-ray qui vient de sortir : son seul intérêt est d’offrir le film dans son format 1:85 d’origine (le dvd étant en 4/3). Pour le reste, on n’est pas chez Disney : malgré ses 30 ans d’âge, le film n’a pas bénéficié d’une belle remasterisation qui n’aurait pourtant pas été superflue. Ne vous attendez donc pas à redécouvrir l’image, il y a toujours du grain et des pétouilles. Dommage.

Pour ceux qui seraient intéressé par l’histoire de la production du film et par la carrière de Bluth, une lecture indispensable (dénichée par Jérôme, le webmaster de l’excellent www.forgottensilver.net ) : The Animated Films of Don Bluth par John Cawley. L’intégralité du livre est disponible gratuitement en ligne, alors n’oubliez pas de faire une petite donation via paypal.

1 commentaire

  • Gabrielle M. jeudi 8 mars 2012 17 h 51 min

    J’avais très peu d’informations pour ce dessin animé, alors merci pour cette petite critique.
    Je me suis sentie obligée de prévenir ma tante que le film est sombre avant de lui donner la cassette. Mais je pense que ce film reste une bonne expérience cinématographique pour des enfants et des adultes.

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