Après une petite pause de fin d’année, la saison 2012 des critiques du dimanche peut commencer.

Et en cette période faste de l’actualité aventureuse vidéoludique (ne dites pas le contraire, ça sent le Skyrim et le Skyward sword à plein nez !) Guillaume a choisi aujourd’hui de nous parler d’un film d’animation qui a tenté de jeter un pont entre cinéma et RPG (les jeux de rôles/d’aventure vidéo) tout en restant grand public.

Un Dimanche, Une Critique est consacré à Brave Story.

 

 

Brave Story (Bureibu sutōrī) – Sortie le 6 février 2008
Réalisé par Kôichi Chigira
Avec les voix originales de Takako Matsu, Eiji Wentz, Miki Imai
Wataru, jeune écolier de 11 ans, ne rêve que d’une vie tranquille entouré de ses parents. Mais la réalité est toute autre : son père quitte la famille, laissant sa mère dans un état de choc tel qu’elle finit à l’hôpital. Wataru voit le monde s’écrouler autour de lui. Sa rencontre avec Mitsuru, le nouveau de sa classe, va tout changer. Il lui montre le chemin d’un monde magique où les souhaits deviennent réalité pour ceux qui le méritent.
En franchissant la porte qui mène à Vision, Wataru va enfin pouvoir changer son destin ! Il part alors à la recherche de la Déesse de la Destinée qui pourra peut-être sauver sa mère et sa famille…

 

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un film étrange.

Étrange parce qu’en le regardant, on ne peut s’empêcher de se demander si c’est bien un film d’animation que l’on est en train de suivre ou s’il s’agit d’une partie de jeu vidéo.
En effet, les amateurs de jeux de rôles cybernétiques japonais (tels les Final Fantasy, Dragon Quest ou autres Legend of Zelda) ne seront pas dépaysés tant le scénario est calqué sur un épisode vidéoludique de ces séries : on suit un jeune héros malingre, armé d’une épée magique, perdu dans un monde d’heroic fantasy peuplé d’étranges créatures mi-hommes mi-animaux, il va subir toute une série d’épreuves afin de récolter des joyaux qui garniront son épée et prouveront sa valeur. Cet aspect jeu vidéo est assumé dès le moment où Wataru arrive à vision puisque sa toute première épreuve servira à établir des statistiques afin de déterminer sa classe de départ et de lui remettre son équipement (il sera un guerrier alors que son camarade de classe sera un sorcier. On y est en plein, là, non ?)

Alors, j’entends déjà les plus aguerris d’entre vous s’écrier : « Mais quel boloss, celui-là, il nous la fait à l’envers : il a même pas pigé que ce film est adapté d’un jeu vidéo, comme Hitman, Resident Evil ou Professeur Layton ! »
Eh bien détrompe-toi, jeune ami, ce film n’est pas du tout adapté d’un jeu, ni même d’un manga(1) mais d’une série de romans de Miyuki Miyabe qui signe aussi le scénario du film (encore un exemple de l’étrangeté de l’objet). Donc voilà, haha, je t’ai bien eu.

Toutefois, le spectateur peut déceler l’origine littéraire de l’histoire car ce qui surprend c’est l’incroyable noirceur sous-jacente du film (chose que l’on n’aurait pas trouvé dans un manga ou un jeu vidéo). On est loin du Japon, habituellement présenté dans les séries ou films animés. Ici, la famille japonaise modèle (celle de Wataru) traditionnellement montrée dans moult séries et films d’animation, vole en éclat par pur égoïsme du père : le fils se retrouve seul avec sa mère et celle-ci sombre dans la maladie.
Quant à Mitsuru, les raisons pour lesquelles il se rend à Vision sont d’un sinistre rarement vu en animation. Cet écart entre l’esprit bon enfant, gentillet qui règne à Vision et le monde « réel » est vraiment déstabilisant mais j’avoue que c’est aussi ce qui fait l’intérêt du film.

De plus, le scénario, à l’instar d’un bon jeu vidéo, suit un crescendo qui mène à une conclusion sous tension et un dénouement empreint de philosophie orientale. Bon, dit comme ça, on a l’impression de voir un film intello mais c’est parce que j’extrapole, hein, en réalité, c’est un film assez léger, destiné à un public relativement jeune. J’en veux pour preuve un design épuré, des personnages mignons par-ci par-là mais l’ensemble reste toujours très élégant, ce qui est une des marques de fabrique du studio Gonzo (non, rien à voir bande de pervers), responsable de séries animées de qualité comme Gankutsuou / Le Comte de Monte-Cristo, Samurai 7 ou Blue Submarine 6.

Une des autres marques de fabrique du studio c’est le mélange images de synthèse/animation traditionnelle. On trouve donc de telles séquences dans Brave Story et je dois bien reconnaître qu’elles sont inégales : autant certaines sont bien cohérentes et fluides, autant d’autres font vraiment tiquer à cause de la mauvaise intégration des deux types d’images (et puis reconnaissons-le, jusque très récemment, les japonais n’étaient pas très talentueux en matière d’animation de synthèse).

Pour en revenir à l’étrangeté du film, il y a aussi la relation assez « passionnée » entre les deux héros de l’histoire. Wataru est ami avec Mitsuru et lui voue une grande admiration qui peut paraître assez ambiguë à nos yeux occidentaux mais qui est une tradition narrative au Japon (à titre d’exemple, souvenez-vous des regards mouillés et des étreintes des chevaliers du zodiaque entre eux ou des ados qui se parlent en hurlant dans Akira). Enfin, je dis ça, ya rien de dérangeant, hein, c’est juste un peu surprenant, quoi.

En définitive, que penser de ce film ?
Ma foi, c’est un bon divertissement. Il a des défauts, certes, et même s’il reprend les mêmes thématiques du Voyage de Chihiro sans en atteindre la poésie, c’est un film qui offre de belles séquences, des impressions inédites et qui permet de rapprocher gamers et spectateurs.

Une petite partie ?

(1) Le jeu vidéo Brave Story existe bel et bien mais il est postérieur au film. Quant au manga, il a débuté en 2004 et s’est terminé près de quatre ans plus tard, soit bien après la sortie du film. De plus, il met en scène un héros plus âgé et par conséquent, un univers plus mature.

3 commentaires

  • Dantès dimanche 15 janvier 2012 13 h 00 min

    Ce film est une grosse grosse bouze !

    Il est magnifique visuellement, mais ca ne fait pas un film.

    C’est le même symptôme qu’avec Les Contes de Terremer, mais en pire.

  • Monsieur G. dimanche 15 janvier 2012 13 h 59 min

    Cher Dantès, je reconnais aisément que ce film n’est pas un chef d’oeuvre, mais pour passer un dimanche après-midi tranquille devant sa télé, il convient amplement (c’est aussi un des objectifs de cette rubrique). Il est peut être conseiller à des spectateurs/trices assez jeunes et amateur/trices de jeux vidéo.

  • DantèS lundi 16 janvier 2012 13 h 45 min

    Je vous trouve trop gentil dans votre critique. (ou c’est moi qui suit plus acerbe que vous, c’est une question de point de vue). Je l’ai vu au cinéma et je regrette d’avoir perdu de l’argent. Je sais meme plus, mais je crois bien que je suis sorti avant la fin. Comme vous le dites, c’est un jeu vidéo en film, c’est donc aussi intéressant que regarder un pote jouer pendant une heure et demi.

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