Je fais partie de ceux qui ont eu le nez creux en allant découvrir le film dont Alex va vous parler lors de sa sortie en salles.

Seulement promu par une campagne d’affichage (avec son image choc de Christina Ricci enchainée aux pieds de Sam Jackson), le film a eu une distribution catastrophique et méritait pourtant le déplacement, ne fusse que pour les amateurs de blues (mais tout le monde aime le blues, non ?).

Alex revient donc dans Un Dimanche, Une Critique de retour après une semaine de pause sur Black Snake Moan.

Black Snake Moan – Sortie le 30 mai 2007
Réalisé par Craig Brewer
Avec Samuel L. Jackson, Christina Ricci, Justin Timberlake

Il est de ces films des œuvres dont la qualité n’est pas toujours égale au box office. Il est de ces films où les boites de distributions ne savent pas forcément quoi faire. Parfois ils sont mauvais. Mais parfois, ils sont excellents. C’est le cas de Black Snake Moan, film de Craig Bewer sorti dans 17 salles dans toute la France à l’époque. Bewer avait déjà commencé avec Hustle & Flow, montrant son amour pour la musique (le film a d’ailleurs gagné un oscar pour sa chanson). Il récidive cette fois-ci dans le blues, au fin fond du Tennesse.

Le blues a toujours fait partie de Lazarus. Jadis, dans sa bourgade du Tennessee, il en jouait en virtuose chaque week-end pour faire danser les couples. Dix ans ont passé, Lazarus s’est marié, s’est rangé, a abandonné la musique, s’est laissé piéger par la routine, s’est fait plaquer. Un puissant désir de revanche, un vif ressentiment à l’égard de celle qui l’a trahi, des élans de violence incontrôlés, des rêves de plus en plus sombres composent désormais son quotidien.
Un matin, Lazarus découvre aux abords de sa ferme le corps à demi nu d’une fille couverte d’ecchymoses et laissée pour morte au milieu de la route. C’est Rae, que chacun connaît dans cette petite ville, et dont la plupart des hommes du coin ont profité. “Une traînée”, dit d’elle sa mère, qui n’eut pas le courage de la protéger d’un père incestueux et assista indifférente à sa précoce descente aux enfers…

Comment vendre l’histoire d’un vieux noir tombant par hasard sur une jeune nympho et décidant de l’aider en l’enchaînant à un radiateur ? C’est probablement ce qu’ont dû se dire les distributeurs. Et s’ils n’ont vu que l’histoire d’un film pour mec permettant de mater Christina Ricci en culotte pendant deux heures et enchaînée, ils sont visiblement passés à côté.
Au premier abord, le fond est assez basique. Deux marginaux ne se connaissent pas. Le premier, Lazarus était la star du village puisque tous les soirs, il remplissait le bar au son de sa guitare et du blues qui coule dans ses veines. Mais Lazarus a abandonné la musique et s’est installé avec sa femme qui l’a quitté pour son frère (vous suivez?). Depuis, il ne passe pas inaperçu et les bruits qui courent font légion.
De l’autre côté, Rae. Rae est considéré comme la traînée du coin. Sexy et toujours de court vêtu, elle  couché avec une bonne partie des hommes de la ville. Mais surtout, elle a un problème et ne peut s’empêcher d’avoir envie de sexe, si bien que ça en devient douloureux. C’est sur ses bases que commencent Black Snake Moan (littéralement les sanglots du serpent noir, référence à la chanson de Blind Lemon Jefferson). En effet, le film s’ouvre sur une citation du célèbre bluesman Son House puis enchaîne sur une scène de sexe. Le ton est donné.

Au premier abord, on assiste à une quête de soi. Les deux sont perdus et essayent de se refaire. Ainsi donc ils vont arriver à s’aider l’un l’autre. Rae va donc permettre à Lazarus de se reconstruire après avoir perdu sa femme. De se reconstruire par la musique. Et Lazarus va également aider Rae à sa maladie. Ceci atteint son apogée lors de deux scènes émotionnellement très fortes : lors de l’orage où le titre du film prend tout son sens. La lumière vacille, Rae est libre de partir et malgré tout, elle reste. Samuel L. Jackson sort sa guitare et de sa voix rauque entame ce magnifique morceau qu’est Black Snake Moan. Le même serpent qui a mordu la jeune fille, qui elle même essaye de l’oublier. Ce sera d’ailleurs la dernière fois où on voit le flashback de son père. Le serpent noir est parti. Enfin, pour la deuxième, c’est lorsque Laz’ joue pour la première fois depuis plusieurs années dans son bar. Il le comprend dès qu’il entre. Le pub est plein à craquer. Tout le monde est là pour lui. Rae y compris. Christina Ricci se déhanche d’ailleurs en slow-motion pendant une bonne partie de la soirée, et quand celle-ci se voit entourée de mecs, même si en temps normal, ils auraient déjà fini dans les toilettes, là, rien ne semble la tenter.
Finalement on se rend compte que Lazarus est le père que Rae n’a jamais eu. Mais sous cet axe banal qu’on semble voir un peu partout se cache quelque chose de bien plus intéressant.

Il est intéressant d’analyser l’utilisation de la chaîne pour contrer les pulsions sexuelles de Rae. D’un point de vue externe, la chaîne est un symbole de soumission, de servitude et de captivité. Ce symbole est d’autant plus ambigu quand on voit sujet du film, en sachant que Rae est une nymphomane et que Lazarus est un vieillard célibataire. Craig Bewer jouera d’ailleurs constamment là dessus et la chaîne restera fortement sexualisée. Mais cela va bien plus loin. Au sens sémiologique, la chaîne exprime la relation entre deux êtres opposés (Ricci et L. Jackson). Également, la chaîne est le symbole de l’amour, de lien entre deux personnes, et donc de chasteté, qui correspond donc, en quelques sortes, au pardon de Rae par Dieu (puisque la chaîne relie également la terre au ciel) mais aussi à l’antithèse de sa nymphomanie. Enfin, cette chaîne, symbole de soumission, permettrait à Lazarus de prendre le dessus sur une personne alors qu’il vient de subir sa femme sans rien n’y pouvoir faire. En prenant le dessus sur Rae, il reprend également le dessus sur lui-même. 
Ce qu’on ne voit pas tout de suite, ce que le film évoque explicitement lors de la première rencontre de Rae et Lazarus, c’est l’exorcisation. Oui, Black Snake Moan est aussi et surtout un film d’exorcisme. Ceci est donc parfaitement montré lorsque celui-ci s’arrête devant sa maison, posant sa bible et criant des psaumes devant la jeune fille complètement déboussolée. Et même si ceci sera malheureusement et un peu laissé de côté, une ombre d’exorcisation plane pendant les 2h du film. En effet nous verrons donc à plusieurs reprises les démons intérieurs de la protagoniste et Dieu intervient régulièrement via le personnage du pasteur. Certaines scènes musicales en sont le parfait exemple. Le blues est ainsi mis ici à l’équivalent de Dieu. Ceci aurait cependant peut être du être d’avantage développé.

Cette finesse d’écriture est accentuée par des acteurs au top, comme à leur habitude, dirons nous. Christina Ricci brûle la pellicule et son antithèse de Samuel L. Jackson, excellent, crée une alchimie parfaite. Mettant parfois mal à l’aise, faisant parfois rire, les émotions transmises par Black Snake Moan sont très bien dosées. Craig Bewer est amoureux de la musique et ça se sent tant les passages musicaux sont léchés. L’utilisation de slow motion est quant à elle très ingénieuse et le reste de la réalisation est excellente. Enfin, un mot sur la BO quand même, puisque c’est clairement le troisième personnage du film. Et bien c’est simple, le blues habite le film comme il habite Lazarus. Notons que L. Jackson s’en sort haut la main au niveau des interprétations.

Bouleversant, choquant, beau, Black Snake Moan ne prend pas de pincette et nous mord comme rarement un film peut nous mordre. Ce n’est que lors des 15 dernières minutes que le serpent relâchera son étreinte.

2 commentaires

  • Cool lundi 23 mai 2011 12 h 47 min

    Excellent acteur

  • mutuelle swiss life lundi 23 mai 2011 11 h 05 min

    aaahhh l’inévitable Samuel L. Jackson toujours de bon films en perspective :)

Ajoutez un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs marqués * sont obligatoires.