C’est en visionnant l’épisode de BiTs consacré aux récompenses cinéma et notamment aux fameux Razzie Awards que j’ai eu envie de revoir des films de Paul Verhoeven.

Le cinéaste, souvent décrié et nommé pour “ses mauvais films” par le jury des récompenses en forme de fruits, a toujours eu l’habitude de livrer en réalité des films brillants, souvent en avance par rapport à leur époque.
En 1992, il sort donc un film souvent évoqué pour ses scènes de sexe mettant en images Sharon Stone dans le plus simple appareil et Michael Douglas. Mais ce n’est pas ce qu’il faut en retenir.

Un Dimanche, Une Critique est consacré à Basic Instinct.

 

Ce ramassis de fantasmes gras et poussiéreux donne le point de vue du film, celui du mâle moyen et de sa libido laborieuse et sans surprise.
– Frédéric Strauss, Les Cahiers du Cinéma, Juin 1992

Paul Verhoeven me manque. Oserais-je dire qu’il manque au cinéma, lui qui n’a pas tourné pour le grand écran depuis l’excellent Black Book ? Réalisateur habitué à faire des films “cash”, il a marqué Hollywood de son emprunte dans les années 90 avec seulement une poignée de titres, de Robocop à Hollow Man en passant par Total Recall ou Starship Troopers. Ses films cachent toujours un message sous couvert d’une histoire qui aurait pu être classique si elle avait été réalisée par quelqu’un d’autre. Souvenez vous du film de science fiction mettant en scène Casper Van Diem, beau et bronzé, illustré par de nombreux messages de propagande militariste. Starship Troopers n’est pas seulement un film se déroulant dans l’espace où des soldats vont casser du monstre. Au second degré, c’est une dénonciation de l’ultra militarisation de notre société.

De la même manière, l’excellent Basic Instinct n’est pas un simple film érotique. C’est d’abord et avant tout un puissant thriller psychologique, ce qu’on a tendance à vite oublier.

Nick Curran est flic à San Francisco, le genre de policier à remonter doucement la pente. Il avait plongé dans la coke et l’alcool suite à un accident ayant causé la mort d’une famille. Il est clean, et va nettement mieux qu’avant. Du moins jusqu’à sa rencontre avec la sulfureuse romancière Catherine Tramell, soupçonnée du meurtre d’une star du rock. L’enquête va l’amener à se rapprocher de la jeune femme pour mieux la cerner… et basculer à nouveau, tout en cherchant à savoir si elle est vraiment coupable.

On se souvient surtout de cette histoire pour les différentes scènes de sexe qui la ponctue : la première qui se termine dans le sang, la seconde très brutale puis celles entre Michael Douglas et Sharon Stone, où le personnage féminin a d’énormes orgasmes la faisant s’effondrer sur ses victimes – parfois armée d’un pic à glace. Certes, les scènes sont osées, parfois assez explicites et Verhoeven en cache le moins possible. Certes, à l’époque elles avaient fait beaucoup de bruit mais de l’eau a coulé sous les ponts et le spectateur est peut-être désormais d’avantage “habitué” à ce genre d’imagerie qu’auparavant.

Mais ce n’est en rien le cœur de l’histoire. Son centre névralgique, c’est le parcours de deux personnages. D’un coté, celui incarné par Sharon Stone, aussi sublime que troublante, aussi manipulatrice que sexy et qui a besoin de morts pour écrire ses bouquins. De l’autre, le flic qui replonge dans les pêchés, la gourmandise et la luxure en tête alors qu’il était parvenu à plus ou moins s’en tirer. Et si le personnage de Michael Douglas passe son temps à être troublé, et on le comprend, le spectateur capte assez vite qu’il n’y a pas de doute sur l’identité de la meurtrière. Tout l’intérêt repose donc sur la manière dont elle se fera attraper et sur la manière de conclure.

Porté par un Paul Verhoeven en bonne forme et un Jerry Goldsmith livrant une de ses meilleures bandes originales, Basic Instinct est une histoire forte de manipulation -pour le coup dans tous les sens du terme. Certes, quelques clichés et faux raccords viennent perturber la chose mais on prend un vrai plaisir à suivre l’évolution des personnages et à se demander comment ce joyeux bordel va se terminer. Tourné en 1991, le film est évidemment le reflet de son époque et on pourra râler sur le traitement de l’homosexualité (ou plutôt de la bisexualité et de l’amante de Sharon Stone décrite comme un homme) mais il est bien probable qu’il aurait été différent en 2014 même dans les mains de Paul Verhoeven.

Porté par des acteurs impliqués, voir possédés, Basic Instinct est un thriller sulfureux mais un thriller d’abord. Du cinéma comme on n’en fait plus. Et c’est pourquoi Paul Verhoeven ne peut que nous manquer.

 

Basic Instinct – Sortie le 8 mai 1992
Réalisé par Paul Verhoeven
Avec Michael Douglas, Sharon Stone, Jeanne Tripplehorn
Nick Curran, inspecteur de police à San Francisco, enquête sur le meurtre d’une star du rock, Johnny Boz, tué de trente et un coups de pic à glace par une inconnue alors qu’il faisait l’amour. Nick apprend que le chanteur fréquentait Catherine Tramell, riche et brillante romanciere. Au cours de son enquête, il s’apercoit que les parents de Catherine sont morts dans un accident suspect, que son professeur de psychologie a été assassiné dix ans plus tôt à coups de pic à glace et qu’enfin, une de ses meilleures amies a, en 1956, tué ses trois enfants et son mari.

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