On commence à connaître la chanson ! Tous les ans, les cinéphiles les plus intrépides se rendent un soir de septembre au Grand Rex pour braver le sommeil et les interdits le temps d’une nuit. Une nuit où tout peut arriver sur l’écran du plus grand cinéma de France, qui a rempli 2300 de ses 2400 sièges. Comme qui dirait, ça en fait du monde pour regarder des conneries !

Et si on pourrait penser que la formule a de quoi s’épuiser, il n’en est rien, pour la simple et bonne raison que la bêtise humaine n’a pas de limites, donc il n’y a pas de raison pour que le Nanar en ait.

Un crédo que la soirée nous aura une fois de plus implacablement prouvé, avec comme toujours des séries d’extraits et de bandes annonces stupéfiantes, nous rappelant que l’histoire du cinéma est un puits sans fond avec bien de sombres ramifications.
Et le gros du programme, les 4 longs métrages présentés, venait appuyer ça brillamment, tant pour leur contenu que pour leur histoire respective.

Le premier film par exemple, Dangerous Men, a mis 30 ans à voir le jour.
Non pas pour son ambition délirante, l’attente d’innovations technologiques ou quoi, mais bien parce que son réalisateur/scénariste/compositeur/producteur/producteur exécutif John Rad est passé outre des tonnes de galères pour livrer fièrement son film en 2005 dans 4 salles de Los Angeles pendant une semaine. Tout ça pour un film dont l’actrice principale s’est barrée en cours de route, un script remanié maintes fois et un résultat qui n’a absolument ni queue ni tête.
Bon, ça parle bien d’une femme qui manque de se faire violer tout en perdant son brave mari au même moment, et qui décide de tuer tous ses gros connards d’hommes. Non parce que hormis son amoureux, TOUS les hommes qu’elle croise sont littéralement des violeurs ! Excepté ce flic qui arrive au trois quarts du film, quand l’actrice principale n’est plus là, et qui est donc le frère du mec assassiné au début, venu pour le venger…
Il faut bien savoir qu’un tel truc, outre son montage venu de l’espace, sa continuité narrative distordue un nombre incalculable de fois et sa musique ultra répétitive à même de vous niquer le cerveau, dépasse largement le cadre de la morale, la demoiselle ayant des réactions franchement étonnantes face à l’adversité. Ça participe au charme de l’entreprise, qui semble tout droit sorti du cerveau malade d’un homme venant d’une autre dimension, venu tenter une expérience sur Terre.

Parce qu’il n’y a pas que le cinéma indé qui a le droit de se planter, MegaForce était là pour nous rappeler combien Hollywood peut être à la masse. En même temps, il nous le rappelle souvent, mais cela n’altérait en rien ce blockbuster qui s’était bien ramassé à l’époque, malgré son équipe de super soldats tout droit sortis des années 80 avec leurs combis moulantes dorées, leurs motos pleines d’autocollants flashys et leur amour de l’Amérique. Alors honnêtement, ce G.I Joe avant l’heure n’est pas très généreux en scènes d’actions, raison sans doute pour laquelle il n’a pas rencontré le succès à sa sortie. Ses dialogues en revanche lui permettent d’offrir de savoureux moments de cinéma has-been, d’autant que la version française cache bien des trésors, notamment la voix française de Bruce Willis, venue se fendre la poire à chaque réplique ! Le héros finit même par sortie « C’est toujours les bons qui gagnent, même dans les années 80 ! » Manque de pot pour lui, l’histoire lui a prouvé le contraire, et la nuit Nanarland était là pour leur rendre un hommage saillant !

Dans les autres joyeusetés offertes à nos mirettes, il y avait Tarkan contre les Vikings, sublime vestige de l’industrie cinématographique turque, mettant en scène leur héros national Tarkan dans l’un des nombreux volets de sa franchise. Tarkan, qui n’est pas le cousin falsifié de Tarzan, est un combattant trop beau, trop fort, trop classe, qui se retrouve ici à devoir affronter des vikings donc, et aussi des chinois. Parce qu’après tout, pourquoi pas ? Panoplies vêtues de fourrures flashys, kraken terrifiant en plastique, méchant digne d’un Astérix queer et héros nullissime qui passe ton temps à attendre que son fidèle chien à tout faire le sauve, Tarkan et les Vikings cultive plus le kitsch que l’épique.
Et franchement, n’est-ce pas franchement plus rigolo ?

Pour terminer sur les longs métrages, la nuit nous offrait Black Roses, un film de 1988 réalisé par John Fasano, un homme prétendument fan de hard rock qui réalisait sans s’en rendre compte un pamphlet anti-metal et musique de chevelus en tout genre.
Une petite bourgade pommée et tranquille des Etats-Unis voit sa jeunesse jusqu’alors bien sage sombrer dans le mystère et la délinquance alors qu’un groupe de glam rock joue plusieurs concerts en ville… M’enfin les mecs, on vous a jamais dit que le rock était une musique de satan ?!
On penserait voir un docu-fiction sur l’impact de Marilyn Manson aux USA, mais non, Black Roses est un joli nanar avec des personnages tous plus cons les uns que les autres, une morale lourdingue rabâchée constamment et des filles nues, parce qu’il faut bien se rincer l’œil aussi dans le rock’n roll !
Ça manque un peu de musique et de punch, mais c’est un film assez fascinant dans son incapacité à comprendre le message qu’il est en train de véhiculer. Remarque, comme tous les films de la soirée, Black Roses est fait avec une foi totale, sans une once de cynisme, et en devient un lapsus géant, sous forme de film. Tout existe ma bonne dame, c’est dingue !

Vous vous doutez bien qu’un tel programme, se terminant par une traditionnelle série de bandes annonces porno (!), avait tout pour chauffer la salle. Et comme à son habitude, l’ambiance était au beau fixe, puisque ça riait à gorge déployée, ça applaudissait à tout va, et des fois ça chantait dans le Grand Rex. 2300 personnes sont venues joyeusement se défoncer les neurones, et apriori tout le monde est partant pour la prochaine édition. Si vous voulez redécouvrir les joies de la déviance filmique poussée à son paroxysme, prenez d’ores et déjà rendez-vous pour l’an prochain, car on n’a pas fini d’halluciner !

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