Hasard de la programmation, les deux films de ce quatrième jour passé au PIFFF pourraient être regroupés sous un même thème, celui des films réalisés par des gens connus pour faire autre chose dans le monde du cinéma.

Ainsi, Jean-Victor a vu Crave mis en scène par Charles de Laurizika connu surtout pour réaliser des making of – d’Alien à Amazing Spider-Man et un film intitulé The Seasoning House, habitué des festivals où il a été multi-nominés. Ce dernier est réalisé par Paul Hyett, spécialiste des effets spéciaux et du maquillage, ayant notamment bossé sur Attack the Block ou Harry Brown.

Etait-ce une bonne idée de passer derrière la caméra pour faire de la fiction ?

 

Crave (2012) de Charles de Laurizika
Photographe de scènes de crimes, Aiden est progressivement rongé par la violence qui l’entoure et sombre dans une paranoïa sans retour.

Réalisateur de making-of depuis un sacré bout de temps (il était déjà sur celui de Blade Runner !), Charles de Laurizika s’est dit que ce serait sympa de passer à la réalisation. Il satisfait ses désirs avec ce Crave, qui donnait l’eau à la bouche à la vue de son équipe technique, le production designer de Blade Runner étant lui aussi de la partie.
Le héros y est un photographe de scènes de crime dont la vie morose et pas toujours très rigolote est perturbée par des visions de plus en plus violentes, le bonhomme souhaitant plus que tout sortir de sa torpeur et devenir un héros du quotidien, prêt à exploser le premier emmerdeur venu dans la rue dans une justice expéditive. Mais entre les visions et la réalité, il y a souvent un gouffre… Durant son exposition, Crave lance quelques pistes intéressantes sur le désir de Monsieur Tout-le-monde de se démarquer et de faire quelque chose d’utile pour le bien de tous, de devenir un héros. Une note d’intention qui va se retrouver parasitée par une romance un rien cul-cul la praline, qui va malheureusement prendre le pas sur le reste du film, et s’approprier comme elle peut tout le délire autour de la justice expéditive et des névroses du personnage principal.
Le récit en devient très prévisible et banal, la pseudo morale du film autour du loser plus victime qu’autre chose menant à un final qu’on voyait venir à des kilomètres.
Ca en devient plutôt embarrassant tant on sort de la salle en se demandant qu’est-ce que le réalisateur a essayé de nous dire devant un film somme toute complètement anodin si on le prend tel quel. Et comme il n’y a pas l’air d’avoir grand chose derrière…

 

The Seasoning House (2012) de Paul Hyett
Séquestrée dans un bordel servant de repaire à des criminels de guerre, une jeune sourde muette prépare son évasion.

Trainant sur les tournages de productions horrifiques anglaises tels que Doomsday ou La Dame en Noir pour y pratiquer son talent dans les effets spéciaux de maquillage, Paul Hyett change de poste pour ce Seasoning House au sujet assez hardcore. Le film raconte le parcours cauchemardesque d’une jeune fille muette et sourde qui fût enlevée dans un bordel des Balkans dans lequel elle va s’occuper des jeunes filles voyant des mercenaires leur passer dessus à longueur de journée. Avec un sujet aussi casse-gueule que celui-çi, on risquait de tomber dans la putasserie à chaque seconde et pourtant, l’introduction tout en ralentis pose une atmosphère onirique des plus inattendues. Œuvre féministe s’il en est, The Seasoning House reste du côté de son héroïne, construit sa dramaturgie dans une série de flashback et d’échos rappelant Martha Marcy May Marlene et parvient à faire naître de la poésie dans un environnement rongé par tous les pores.
Si le passage imposé au survival se révèle plus mécanique et attendu, il fonctionne néanmoins et s’avère efficace par la brutalité de la chose, le metteur en scène ne reculant devant rien sans pour autant tout rendre explicite bêtement.
Bref, un tableau inattendu et sensible durant une bonne heure et demi.
Quand soudain, c’est le drame.
Vous connaissez ses films que l’on pensait terminé et qui en rajoute une couche parce qu’ils ne savent pas se réguler eux-mêmes ? The Seasoning House en est l’exemple parfait, avec un dernier quart d’heure qui tourne au grotesque dans sa volonté de relancer une énième fois la tension et l’action. Avec un final grandiloquent et grotesque, le film tombe dans les travers qu’il avait su plus ou moins éviter jusque là, et flingue complètement tout ce qu’il avait subtilement posé. Non pas que le reste soit parfait, loin de là, mais vu la qualité de son traitement, on était prêts à passer sur pas mal de petits défauts, dont certains personnages un peu à la masse dans leur écriture.
Ce dernier quart d’heure enfonce tous les mauvais clous, d’autant qu’on peut parfaitement le couper du film sans altérer son fonctionnement.
Le beau tableau qu’on voyait se profiler depuis le début se mange donc un pot de peinture au dernier moment, et devant un tel gâchis, on ne peut qu’être énervé…

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