Le Paris Internation Fantastic Film Festival est déjà terminé. Le PIFFF, comme on l’appelle, s’est clôturé ce dimanche avec la remise des prix et la diffusion en avant-première de Tusk de Kevin Smith (dont nous aurons l’occasion de reparler prochainement, le film sortant directement dans les bacs en mars prochain).

Coté long-métrage, le Prix de la chaine Ciné Frissons a été attribué à Alleluia de Fabrice du Welz (voir notre critique). Le public, lui, a préféré attribuer l’Oeil d’Or à Spring de Justin Benson & Aaron Moorhead dont Jean-Victor vous parle justement ici-même.

Il enchaine ensuite avec quelques uns des films projetés pendant la nuit dédiée aux invasions extra-terrestres, ou le plaisir de revoir un bon vieux John Carpenter dans une grande salle de cinéma…

 

Spring (2014) de Justin Benson & Aaron Moorhead
Une jeune tête brûlée quitte les États‐Unis et part s’installer en Italie où il y fait la rencontre d’une “créature” de rêve…

Remarqués en festivals avec leur premier long métrage Resolution, Justin Benson & Aaron Moordhead n’en ont pas moins galéré une fois encore pour financer ce Spring, même si leur réputation va en grandissant avec leur participation récente au dernier V/H/S.
Spring donc, où l’occasion pour eux de plier bagage et de partir en Italie avec leur héros ricain endeuillé parce que tout juste orphelin, et qui va rencontrer un amour des plus étranges en terre transalpine. La douce est belle, intelligente, drôle et tout ce qu’il faut, mais elle recèle bien des secrets… Il faut bien avouer que Spring tire son épingle du jeu grâce à une envie de conter une histoire à la croisée des genres, où le fantastique rencontre la romance de plein fouet, chaque aspect du film embrassant l’autre dans une danse risquée, mais salutaire. En résulte un équilibre très fragile qui n’est pas aidé par un récit long à démarrer, et un 3ème acte bancal, où les dialogues sur explicatifs peinent à donner de la matière à une histoire qui va sans doute trop vite dans sa temporalité pour qu’on y adhère pleinement, et qui essaie de faire passer des choses énormes par des détails trop anodins. Il n’en reste pas moins une recherche approfondie et une quête d’originalité rafraichissante sur la mythologie qui sous-tend l’œuvre, n’enlevant en rien la sensation d’être face à un projet inabouti, peut-être trop ambitieux pour la jeune expérience de ce duo de cinéastes qui en veulent, et dont on prendra des nouvelles avec plaisir.

 

L’Invasion des Profanateurs (1978) de Philip Kaufman
Elizabeth s’aperçoit un jour du comportement étrange de son ami. Puis, peu à peu, d’autres personnes se transforment ainsi bizarrement. Pendant leur sommeil, une plante fabrique leur double parfait, tandis que l’original disparait.

Cette année, le PIFFF perpétuait la tradition d’une nuit à thèmes, et quel thème mes braves puisqu’il était question d’invasion extraterrestre ! Et pas du genre Independance Day avec explosions à tout va et grand spectacle : ici l’objectif est de titiller la paranoïa ou de tirer dans le tas !
Les fameux Body Snatchers trouvaient donc toute leur place ici, avec la version de Philip Kaufman menée par Donald Sutherland. Cette fameuse histoire de plantes qui changent la personnalité des gens en les aliénant entre eux n’a rien perdu de sa puissance évocatrice, et du sentiment d’isolement total dans laquelle elle plonge aussi bien ses héros que les spectateurs. Avec un calme apparent se transformant petit à petit en silence angoissant, Kaufman cristallisait le malaise d’un San Francisco en ébullition à la fin des années 70, où les institutions étaient dépassées par un peuple en crise.
Le film tire trop sur la longueur, d’autant plus que son issue devient vite inévitable et que les personnages commettent des actes que l’on sait dérisoire, mais cela s’inscrit dans une logique nihiliste d’une noirceur intacte, qui donne à cette version une intensité toujours prégnante.

 

Invasion Los Angeles (1988) de John Carpenter
Errant dans Los Angeles à la recherche d’un travail, John Nada, ouvrier au chômage, découvre un étonnant trafic de lunettes. Une fois posées sur le nez, elles permettent de détecter d’épouvantables extraterrestres décidés à prendre le contrôle de la planète.

Pour continuer dans le délire « Ils sont là », quoi de mieux que Big John et son mythique « They Live » ? Ce western existentialiste, tel que son réalisateur aimait à le décrire, continue d’impressionner par sa simple existence dans le système Hollywoodien tant on était là face à une œuvre qui rentrait dans le lard du système et de l’Amérique Reaganienne avec les crocs en avant. Avec son Roddy Piper découvrant grâce à des lunettes spéciales que les extra-terrestres contrôlent les humains et vivent parmi eux, le film offrait des visions d’un pessimisme et d’une férocité absolus. Bien que le rythme soit par moment un peu mou, et que l’on puisse passer totalement à côté du duel de catch complètement gratuit au milieu du film malgré sa générosité, Carpenter offrait ici un divertissement iconoclaste et subversif comme rarement.

 

The Blob (1988) de Chuck Russell
Un monstre étrange venu d’ailleurs, informe et gelatineux, dévore tout ce qui vit, en particulier les êtres humains, dont il se régale. Mais avant qu’il n’ait complétement digéré une ville dont il s’est régalé, Meg Penny et Brian Flagg, découvrent que le Blob fuit la neige carbonique, tels les vampires les crucifix…

Auréolés du succès de Freddy 3, Chuck Russell et son collègue d’alors Frank Darabont eurent la possibilité ensuite de mettre en chantier un projet qui leur tenait à cœur : un remake du blob !
Avec un budget confortable et une carte blanche, ils livraient là de l’exploitation horrifique dans la plus grande tradition, avec une petite bourgade américaine un peu paumée faisant les frais d’une gelée extraterrestre bouffant tout sur son passage. Les adolescents avec hormones en ébullition y passent évidemment en premier, et le film a la bonne idée de ne pas s’arrêter là : les prêtres, la famille ricaine et même les gosses en prennent pour leur grade. Structuré de la façon la plus classique et rabâchée qui soit, ce Blob de 1988 aurait cependant mérité plus de morts et d’effets gores malgré des scènes déjà bien ragoûtantes, le désir de ne pas trop perturber le public adolescent d’alors se faisant sentir. Cela dit, si vous cherchez une série B horrifique à regarder entre amis pour rigoler, ça fait le taf.

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