Le Paris International Fantastic Film Festival édition 2018, c’est parti. Jusqu’au 9 décembre, les amateurs de films de genre se bousculent au Max Linder à Paris pour découvrir des films comme ceux que nous évoquons ci-dessous. Les fans ont eu également la possibilité de voir Assassination Nation en amont de sa sortie salles et le nouveau film de Peter Strickland, In Fabric.

 

The Blood of Wolves (2018) de Kazuya Shiraishi

Dans la grande famille des mafias, les Yakuzas occupent une place toute particulière avec un style singulier, aidé par le tempérament de feu des Japonais dès lors qu’ils n’ont plus aucun tabou.

Yûko Yuzuki, une écrivaine locale, en sait quelque chose puisqu’elle a été frappée dans sa jeunesse par la folie des films de Yakuzas, et a décidé d’en faire sa version avec le roman « Le Loup d’Hiroshima », désormais porté au cinéma dans ce Blood of Wolves. On y suit un jeune flic pris sous l’aile d’un vétéran que rien n’arrête, et qui vont se retrouver plongés dans une nouvelle guerre de clans. Et le héros ne va pas être déçu du voyage, puisqu’il sera tout aussi choqué par la violence de son tuteur, et enquêtera secrètement sur lui…

Corruption, manipulation, meurtres et mecs givrés qui hurlent à tout va, The Blood of Wolves ne déroge pas tellement des canons du genre, et pour peu que vous ayez déjà vu des yakuzas chez Takashi Miike, chez Kitano, chez Sono Sion ou chez n’importe quel cinéaste japonais, vous serez en terrain conquis. Kazuya Shiraishi livre un film qui peine à tirer son épingle du jeu à cause d’une réalisation impersonnelle et d’un script qui sent bon le déjà vu, ce qui n’empêche en rien l’ensemble d’être pour le moins agréable malgré un troisième acte qui tire trop sur la corde.

Même si la violence promise n’a rien de délirant, le film préserve un rythme soutenu, et multiplie les situations bien bordéliques, où l’apprentissage du personnage principal et l’appréhension de son nouvel environnement sont loin d’être de tout repos. À réserver donc aux amateurs.


Await Furthers Instructions (2018) de Johnny Kevorkian

Le repas de Noël en famille, c’est une tradition qui peut vite tourner à la basse besogne pour peu que vous ne soyez pas proches de votre fratrie. Et si en plus ça fait un bon moment que vous n’avez pas vu la maman pot de colle, le papa sévère, la sœur débile et raciste et le grand père alité qui combine tous les défauts précités, ça promet un bon moment, surtout si vous débarquez avec votre copine d’origine indienne que personne n’a jamais vu. Histoire de pimenter l’évènement, Johnny Kevorkian inflige à tout ce beau monde, et au héros qui n’avait rien demandé, de rester enfermé dans la demeure familiale puisque le matin de Noël, toutes les issues sont condamnées par un matériau étrange, et toutes les communications sont coupées, sauf pour la télé qui affiche « Await Further Instructions », se préparant donc à donner des tâches à tout ce beau monde…

Démarrant comme un épisode de Black Mirror fustigeant le Brexit à tout va, ce petit budget anglais va mettre les nerfs de ses personnages à rude épreuve pour mieux dévoiler leurs bas instincts. Ça ne suffira pas au film, qui embrassera sur la fin un fantastique bien schtarbé, quelque part entre Cronenberg et The Twilight Zone, qui sert de prétexte suprême diluant pas mal toute la dimension politique du film, même s’il a le mérite de foncer tête baissée dans son délire.
Alors ce qu’on n’a pas dit, c’est que la forme est loin d’être joyeuse, avec des comédiens pas super inspirés qui débitent des dialogues tout aussi basiques et peu crédibles, ce qui n’est pas très engageant. On est pas loin du téléfilm amateur, bien loin des modèles précités
.
Mais la curiosité étant un vilain défaut, et le concept du film intriguant, on se laisse porté l’air de rien pour voir jusqu’où va aller le pétage de câble, et le film réserve quelques surprises en la matière, assumant ouvertement ses références et gagnant en crédibilité formellement à mesure qu’il dérive.


Next of Kin (1982) de Tony Williams

L’Ozploitation, c’est ce cinéma Australien en plein essor dans les années 80 grâce à des mesures locales favorisant l’industrie cinématographique. Même si le résultat est peu connu globalement chez nous excepté quelques titres comme Mad Max bien évidemment ou Wake in Fright, certains films se sont taillés une réputation au fil des ans, comme ce Next of Kin, ou « Montclare : Rendez-Vous de l’horreur », reparti avec un prix au festival fantastique de Paris en 1982. Sauf que depuis, le film était passé sous le radar et il aura l’occasion de revenir sur le devant de la scène avec un blu-ray l’an prochain.
L’occasion de redécouvrir l’histoire de cette jeune femme héritant suite au décès de sa mère d’une immense maison de retraite qui ne va pas tarder à jouer des tours à la demoiselle.

Devant déjà gérer avec ses souvenirs d’enfance et son deuil, l’héroïne va petit à petit sentir une présence menaçante en ses lieux, et il faut dire que croiser les vieux patients la nuit n’a rien de rassurant. Oui, parce que les vieux ça fait peur enfin. Ce qui est étrange avec un titre pareil, c’est finalement la réputation qu’il se traine. Non pas que Next of Kin soit complètement inintéressant, puisqu’il possède quelques fulgurances visuelles, avec des hallucinations et des crises d’hystérie au ralenti qui marchent toujours. Mais c’est assez pauvre sur toute la durée du film, et la tension peine à décoller à un moment tant l’histoire reste somme toute très simple au final avec quelques éléments farfelus si on met l’intrigue à plat, sans parler d’une réalisation jouant la carte de la sobriété la plupart du temps.

Le film croule là encore sous ses influences (le considérer comme le Shining australien n’aide pas vraiment) mais passé ses origines, il n’y a rien ici de mémorable : juste un film d’exploitation symptomatique de son époque et de son pays de production, qui vaut avant tout pour son intérêt historique plus que pour son contenu cinématographique lambda.

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